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Danièle Obono : « Je ne partirai pas »

Danièle Obono : « Je ne partirai pas »

« Black, confident, cocky; my name, not yours; my religion, not yours ; my goals, my own; get used to me. » Ou dit autrement : j’y suis, j’y reste, je ne partirai pas ! J’y suis, j’y reste et je ne marcherai pas au pas. J’y suis, j’y reste et je ne me soumettrai pas. « Get. Used. To. Me. » Je suis la France insoumise. Je suis 17 autres, 7 millions d’autres, des millions d’autres.

En février dernier, quand Jean-Luc Mélenchon a présenté sa candidature à l’élection présidentielle et lancé le mouvement de « La France insoumise », j’avoue, j’avoue : j’ai tiqué. C’est mon côté gauche anti-impérialiste. Entre autres… Mais j’ai quand même signé, comme on dit. J’ai signé parce que j’ai été convaincue par la clarté de l’analyse et de la stratégie (ça c’est mon côté marxiste ;), par la perspective de se lancer, enfin, en campagne (le côté mouvementiste), et en gardant en tête les points, les questions, les contradictions qu’il faudrait débattre et dépasser pour construire ensemble. J’ai donc signé et je me suis lancée. J’ai contribué à l’élaboration du programme et participé à la première convention nationale. J’ai co-organisé un groupe d’appui local et l’élaboration des livrets thématiques. Je me suis rendue aux quatre coins du pays présenter « L’ Avenir en commun », discuter, débattre, convaincre… J’ai rencontré cette France insoumise. Elle est devenue « ma » France insoumise.

Certain•e•s, y compris parmi des ami•e•s et camarades, ne comprennent pas toujours bien pourquoi ou comment moi, une internationaliste anti-impérialiste, militante intersectionnelle afro-féministe et antiraciste, j’ai pu me retrouver candidate de la France insoumise élue à l’Assemblée nationale. D’autres, comme celles et ceux qui vomissent leurs tombereaux de haine sur les réseaux sociaux depuis ces derniers jours, en abhorrent l’idée même et refuseront toujours, de toute façon, d’en accepter la réalité. A ces dernier•e•s, comme l’avait déjà si bien dit le boxeur poète, mi abeille mi papillon, aux rageux de son temps, je n’ai qu’un seul message à adresser : « Black, confident, cocky; my name, not yours; my religion, not yours ; my goals, my own; get used to me. » Ou dit autrement : j’y suis, j’y reste, je ne partirai pas ! J’y suis, j’y reste et je ne marcherai pas au pas. J’y suis, j’y reste et je ne me soumettrai pas. « Get. Used. To. Me. »

Je suis la France insoumise.

Celle des Parisiennes qui en 1789 marchèrent sur Versailles pour réclamer au roi du pain et des droits. Celle de Solitude, la Fanm Doubout, qui vécut libre et mourut pour la liberté. Celle de l’Union des femmes, de Louise l’institutrice, Nathalie l’ouvrière relieuse, Elisabeth l’aristocrate russe, des « pétroleuses », des communardes. Celle des ouvrier•e•s et syndicalistes qui arborèrent sur leurs vestes le premier triangle rouge pour exiger la journée de 8 heures.

Je suis la France insoumise comme l’étaient les tirailleurs africains, sujets de l’Empire, qui laissèrent leur vie dans les tranchées de la Grande guerre. Comme l’était Lamine Senghor, gazé à Verdun, docker à Marseille, dirigeant ouvrier, militant internationaliste et candidat communiste dans le 18e arrondissement de Paris. Comme l’étaient les militants indigènes de l’Union intercoloniale et du journal « Le Paria » précurseurs de la Tricontinentale.

Je suis la France insoumise revendiquant la mémoire et les luttes des grévistes de 1936 qui arrachèrent au Front populaire les congés payés ; de Missak Manouchian et des 22 autres membres des FTP-MOI exécutés par le régime de Vichy et les Nazis le 21 février 1944 ; des porteurs et porteuses de valise du réseau Jeanson et des manifestant•e•s du 17 octobre 61 ; des ouvrier•e•s qui occupèrent leurs usines et des étudiant•e•s qui lancèrent des pavés en mai 1968.

Je suis la France insoumise qui a marché contre le racisme et pour l’égalité en 1983 ; celle qui a bloqué le pays pour sauver la Sécu en 1995 ; celle qui a dit non au Traité constitutionnel et celle qui s’est révoltée dans les quartiers populaires en 2005 ; celle qui a fait abroger le CPE et celle s’est opposée à la loi travail.

Je suis 17 autres, 7 millions d’autres, des millions d’autres. Qui ne plieront pas. Qui ne se soumettront pas. La tête dure, le cœur tendre, poings levés, bras ouverts. Convaincu•e•s, déterminé•e•s. Pour que viennent les jours heureux et le goût du bonheur. Ca prendra le temps qu’il faudra, mais ça viendra.

A ’tôt,

D.

Médiapart

Publié le 25 juin, 2017 dans France, Politique & Loi, Société & Culture.

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