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« L’Archéologue » Thierry Jamin et les Extraterrestres

« L’Archéologue » Thierry Jamin et les Extraterrestres

Avant toutes choses je tenais à féliciter Le Site d’Irna pour cette investigation sourcée de très haute qualité sur « l’archéologue » Thierry Jamin. Veuillez cliquer la source SOURCE (là, le bouton) et lire l’article là bas. L’article a été recopié sur le blog pour être archivé et en espérant qu’il sera bien référencé pour le bonheur des petits et des grands. Bonne lecture !

(PS : le mot Ziti a été remplacé par extraterrestre, sinon la copie est identique à l’original.)

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Décidément, les extraterrestres sont très à la mode chez les tenants de l’archéomanie : après les extraterrestres roumains, place aux extraterrestres péruviens ! En effet, depuis octobre 2016 les réseaux ufologico-pseudo-archéologiques frétillent autour d’une histoire de momies « aliens » (es) trouvées quelque part dans le désert côtier de Nazca au Pérou ; l’histoire a peu intéressé les médias, à l’exception de quelques tabloïds en mal de sensation, comme le Daily Star (en), ou le Daily Express (en) (qui prend cependant la peine de rappeler le passif assez lourd de Brien Foerster, qui promeut cette découverte (en) sur son site, en matière de crédulité envers quelques hoax évidents, par exemple lorsqu’il soutenait (en) que la soi-disant « demon fairy » de Mexico (en) n’était pas un hoax…).

En France l’histoire est arrivée pour l’essentiel par un certain Thierry Jamin, qui diffuse à la mi-novembre sur sa page Facebook, après un teasing intensif, une première vidéo :

vidéo titrée Aliens Found et dans laquelle on le voit discuter avec un ufologue nommé Dante Rios, puis avec un « informateur » péruvien anonyme, et enfin « étudier » une minuscule momie et des crânes bizarres en compagnie de Brien Foerster (présenté ici comme « biologiste », alors qu’il est en réalité un organisateur de circuits touristiques (en)), le tout sur fond de musique dramatique à souhait.

Dans les semaines qui suivent, Thierry Jamin alimente régulièrement sa page Facebook de nouvelles photos et vidéos de ce qu’il appelle les « étranges reliques » du Pérou, faisant à de multiples reprises allusion à la nécessité de réaliser des analyses ADN et carbone 14, puis crée le 22 janvier 2017 une page intitulée Alien Project. Le 1er février les choses s’accélèrent : il lance un financement participatif sur la plateforme Ulule, toujours sous le nom Alien Project, avec une demande de 29 000 € pour « appliquer pour cette affaire les méthodes de l’archéologie moderne » et donc réaliser des « analyses ADN et de datation » qui devraient permettre de déterminer « s’il s’agit bien de matériels biologiques, ou non » et « s’il s’agit d’espèces animales connues, inconnues, ou non identifiées ». A l’heure où j’écris ces lignes, ce but de 29 000 € est atteint, avec plus de 700 contributeurs (dont deux ont versé au moins 1000 € et un au moins 2500 €), et sera sans doute assez largement dépassé à l’issue de la période de contribution.

Avant de s’intéresser à ces « momies », il est nécessaire de faire un peu le point sur M. Jamin et ses activités ; l’affaire est en effet assez incroyable, la présomption de hoax très forte, et c’est finalement le personnage de Thierry Jamin et le capital confiance dont celui-ci dispose chez beaucoup qui ont convaincu de nombreux internautes de contribuer à sa campagne de financement :

Beaucoup de contributeurs s’appuient également sur la supposée réputation de M. Jamin pour en faire un argument d’authenticité de l’affaire, avançant qu’il ne mettrait pas sa carrière et sa réputation en jeu sans de bonnes raisons :

Archéologue ?

Qu’en est-il de cette carrière et de cette réputation ? Thierry Jamin se présentait souvent comme archéologue : c’était le cas sur les pages de son site granpaititi.com, et c’est encore le cas aujourd’hui pour certaines (archive) :

ou bien lorsqu’il signait « Thierry Jamin, archéologue » sur une page de forum (es) (message du 26 octobre 2006) (archive) :

ou encore dans diverses vidéos, comme cette vidéo promotionnelle d’un de ses sponsors en 2011 :

ou ce reportage, probablement vers 1998, qui commence par : « Thierry Jamin a 31 ans. Il termine un doctorat en archéologie à Toulouse ».

On peut noter cependant que M. Jamin n’emploie plus guère aujourd’hui ce terme d’archéologue, et se présente comme « diplômé en Histoire & Géographie aux Universités françaises de Tours et de Toulouse », ailleurs comme titulaire de : « Deug Histoire-Géo, Licence d’Histoire-Géo, Master en Histoire Moderne, un an de DEA en histoire sur l’Amérique latine dans le cadre de la préparation d’une thèse consacrée à Païtiti ». Les mentions de « DEUG Histoire-Géo » et « Licence d’Histoire-Géo » sont assez curieuses, les universités françaises n’offrant dans les années 80 que des DEUG et licences d’Histoire ou Géographie. Les seuls diplômes dont on peut être certains sont ceux dont il a fourni copie dans une lettre adressée à Laurent Fabius (archive) en 2013 : un DEUG d’Histoire en 1989 à Tours, une licence d’Histoire en 1990 à Tours également, et une maîtrise d’Histoire Moderne au Centre d’études de la Renaissance en 1992 toujours à Tours. Pas trace de Géographie, pas trace non plus de DEA, qui n’a pas dû être achevé, ni de travail de thèse. Pas trace surtout d’archéologie : ces diplômes ne permettent pas d’utiliser le titre d’archéologue professionnel, ni en France, ni au Pérou (contrairement à ce que M. Jamin semble laisser entendre dans cette interview entre 7 et 9 mn, où il dit qu’il pourrait s’il le voulait faire valider ses diplômes français et être considéré comme archéologue au Pérou, et affirme des choses très confuses et très discutables sur les « deux manières d’être archéologue »).

Après, les diplômes ne font pas tout : il existe d’excellents archéologues amateurs, et des gens qui sont venus à l’archéologie depuis des horizons variés. Est archéologue d’une certaine façon celui qui pratique l’archéologie, et c’est bien ce que clame Thierry Jamin : il affirme pratiquer l’archéologie au Pérou depuis 1998, même s’il n’est pas archéologue professionnel.


Toute ressemblance avec un « archéologue » cinématographique est bien sûr purement fortuite !
(Source)

Il ne semble cependant pas avoir jamais pratiqué de fouilles : son CV (es) (archive) montre deux années (2002 et 2003) où il est employé comme dessinateur archéologique (Técnico en dibujos arqueológicos), puis toutes ses expéditions se font dans le cadre d’explorations sans fouilles (investigación arqueológica de superficie sin excavación) malgré la présence affichée d’un ou plusieurs archéologues professionnels dans son équipe. On est dans l’exploration, dans la découverte, et pas dans l’étude et l’analyse archéologique.

Plus gênante est l’absence totale de publications scientifiques : la liste des publications de Thierry Jamin tient sur moins d’un quart de page. On y trouve trois livres grand public, et quatre articles, parus là aussi dans des revues grand public (Géo Ado, Historia, Les grands secrets de l’archéologie…). Ce ne sont évidemment pas des publications d’archéologie, mais des récits d’aventures. On peut y ajouter les divers sites liés aux activités de Thierry Jamin : granpaititi, Institut Inkari, Pusharo, Macchu Pichu Ciudadela, Antisuyu (aujourd’hui disparu mais dont il reste des traces en archive), sans oublier Jungle Doc, site de la société de productions audiovisuelles qu’il a fondée avec un de ses proches, Alain Bonnet [1] ; mais le contenu scientifique de tous ces sites est proche de zéro.

Pourtant, M. Jamin affirme avoir fait des découvertes exceptionnelles au cours de ses expéditions : « une trentaine de sites archéologiques extraordinaires, dans le nord du département de Cusco, parmi lesquels des forteresses, plusieurs nécropoles, des centres cérémoniels, et de petites cités incas peuplées de centaines d’édifices, de dizaines de rues, de passages, de places, etc. » (source). Il est donc bien dommage qu’aucune de ces découvertes n’ait jamais fait l’objet d’une publication. Quand on lui pose la question de cette absence de publication, Thierry Jamin répond, par l’intermédiaire de son porte-parole Alain Bonnet :

Ce qui me paraît quelque peu contradictoire : pour assurer un meilleur « partage du savoir » il est préférable de déposer ces résultats dans un ministère, où il faut être sur place pour les consulter, plutôt que de les publier ??? Les revues d’archéologie ne manquent pas, certaines pas si « confidentielles » que ça, elles ne sont pas réservées aux spécialistes, et elles sont plus facilement consultables, sur internet ou dans les bibliothèques universitaires, que des documents archivés dans un ministère… Il est vrai que la publication dans une revue nécessite de franchir l’obstacle du peer reviewing (revue par les pairs), même pour des découvertes « extraordinaires », et c’est peut-être là que le bât blesse…

Du coup, il n’est pas très étonnant que Thierry Jamin ne soit guère cité dans la littérature scientifique. Certes les articles le mentionnant ne sont pas rares (et il les collectionne précieusement), mais on peut difficilement qualifier La Dépêche du Midi, El Commercio ou Nous Deux de revues scientifiques…

De plus, la réputation de M. Jamin en tant « qu’archéologue » n’est semble-t-il pas excellente ; il a été parfois violemment attaqué (es) sur certains forums, où des adversaires vont jusqu’à l’accuser d’être un huaquero, un pilleur de tombe, et où d’autres remettent en cause le sérieux de ses expéditions. Plus gênant, les rares fois où des archéologues se sont exprimés sur ses activités, c’est avec beaucoup de réserve. Ainsi le spécialiste d’art rupestre Reiner Hostnig – dont M. Jamin cherche à disqualifier l’opinion en le traitant (es) « d’ingénieur agronome, et pas archéologue » (archive), ce qui prête à sourire quand on compare la liste des publications de Reiner Hostnig et celle de Thierry Jamin ! – a eu des mots très durs (« scandaleux », « ridicule », « chercheur frénétique d’une Païtiti imaginaire ») sur une liste de discussion (es) spécialisée à propos de ses prétentions à avoir trouvé de nouveaux géoglyphes à Pusharo en 2006 ; dans ses articles scientifiques (es) (ou ici) sur les pétroglyphes de Pusharo, s’il ne nomme pas spécifiquement Jamin, il n’est pas tendre avec les « aventuriers » et « chercheurs de trésor » incapables de publier leurs soi-disant découvertes archéologiques et qui plaquent sur les pétroglyphes leur propre interprétation fantaisiste pour y trouver Païtiti (rappelons que Thierry Jamin voit dans les pétroglyphes de Pusharo une sorte de carte codée par les Incas indiquant la route de sa cité perdue, alors que les spécialistes y voient la production de cultures proprement amazoniennes).

Parmi les annonces fracassantes de découvertes « extraordinaires » de M. Jamin, celle qui a sans doute fait le plus de bruit (en tout cas dans le grand public) est celle d’un supposé « mausolée de l’empereur Pachacutec » contenant « de grandes quantités d’or et d’argent » à Machu Picchu, annonce diffusée dans la presse (es) en 2013 (en anglais) avant toute excavation sur place (voir le dossier de presse réalisé en décembre 2012). Après avoir accepté dans un premier temps des recherches utilisant des méthodes non invasives, les autorités péruviennes refusent à Thierry Jamin et son équipe l’autorisation de procéder à des fouilles dans ce site classé au patrimoine mondial de l’humanité. Ce refus (es) (archive) est basé sur un certain nombre d’insuffisances techniques et méthodologiques du projet de M. Jamin ; il est vrai que quand on voit l’utilisation de méthodes de sourcier (ici des baguettes de sourcier de type « rade master », mais rebaptisées « discriminateur de fréquences moléculaires électronique »…) par l’équipe, il y a de quoi douter :

Dans sa querelle avec les autorités archéologiques locales, Thierry Jamin a tenté d’obtenir l’appui de l’Institut français d’Etudes Andines ; la réponse des archéologues de l’IFEA (archive) est parlante : on fait comprendre poliment à Thierry Jamin que l’IFAE a plutôt l’habitude de travailler avec des universitaires et chercheurs, et qu’on ne tient pas à ce que sa querelle rocambolesque avec les autorités locales vienne compromettre la coopération scientifique entre la France et le Pérou ; la 2ème page est une évaluation rapide de son projet de fouilles, projet qui ne répond en rien, d’après l’IFEA, à la pratique scientifique de la recherche, ni dans les méthodes, ni dans la problématique, ni dans sa pratique de communication à grand spectacle. La dernière réponse de l’IFEA (archive), après un courrier (archive) assez agressif de M. Jamin mettant en doute les compétences des archéologues français [2], est un chef d’œuvre de concision et de pertinence, où pointe quand même un léger agacement…

Toute l’histoire de cette controverse du Machu Picchu est racontée, du point de vue de Thierry Jamin, ici ; M. Jamin y est présenté comme une victime de l’incompétence et de la jalousie des archéologues professionnels du Machu Picchu, avides de réclamer pour eux la gloire de sa découverte (qui n’a cependant depuis jamais été confirmée !). Sa carrière est semée de polémiques de ce type [3], où on nous rejoue la scène classique du chercheur indépendant et passionné victime des « scientifiques officiels » sclérosés ou des autorités frileuses. Et tous ceux qui osent critiquer M. Jamin ou simplement s’interroger sur ses activités sont automatiquement assimilés à des soutiens, non pas de la science et des procédures scientifiques, mais des huaqueros qui lui font concurrence [4]. Curieusement, d’autres explorateurs familiers de la même recherche romantique de Païtiti, comme par exemple Gregory Deyermenjian (en) qui a exploré les mêmes régions et les mêmes sites que M. Jamin, ne se heurtent pas à autant de critiques ; mais peut-être est-ce parce que ceux-là n’essaient pas de prétendre faire un travail scientifique, et se contentent de vivre leur passion d’explorateur sans essayer de se faire passer pour des archéologues ?

Aventurier ?

De tout ce qui précède, on peut facilement conclure que M. Jamin n’a pas de « carrière » ni de « réputation » d’archéologue à protéger, sa réputation dans les milieux scientifiques étant déjà faite. Il n’est pas archéologue, ne pratique pas l’archéologie (pas de fouilles, pas de publications), il est un simple aventurier (cf. le titre de son livre L’Aventurier de la cité perdue) qui vit depuis près de 20 ans de son activité « d’explorateur ». Il organise régulièrement des expéditions : sur les « pyramides » de Paratoari (en) (identifiées pourtant dès 1996 comme formations naturelles), sur les pétroglyphes de Pusharo (en), puis à la recherche de la « cité perdue », Païtiti (série des campagnes « Antisuyu » 2007, 2008, 2009, puis des « Inkari » 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017…). Chacune de ces campagnes est annoncée comme « décisive », et la découverte de Païtiti comme imminente :

Malheureusement, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous ; toujours pas de Païtiti en vue, bien sûr. Thierry Jamin revendique bien quelques découvertes, mais en l’absence de publications scientifiques, il est difficile d’affirmer qu’elles ont bien l’importance qu’il leur accorde. De plus, certains contestent (es) l’antériorité de Jamin sur une partie de ces découvertes : quelques uns des sites qu’il dit avoir découvert auraient déjà été connus par les explorations de Carlos Neuenschwander Landa (es), du père Juan Carlos Polentini Wester et de Gregory Deyermenjian [5]. Il semble également jouer régulièrement de malchance : manque d’eau ou erreurs d’orientation, manque de provisions, mauvaise volonté des autorités et fatigue des porteurs [6]…

Cet insuccès relatif n’empêche visiblement pas Thierry Jamin de trouver régulièrement des financements pour ses expéditions – et peut-être d’en vivre, puisqu’il ne semble pas avoir d’autre activité [7]. La liste de ses partenaires et sponsors actuels est visible ici ; et il fait également régulièrement appel aux donateurs. Reste à savoir si, à force de promettre Païtiti pour demain, certains sponsors ne vont pas finir par se lasser ; si on compare par exemple avec les sponsors d’Inkari 2011, on s’aperçoit que certains partenaires institutionnels (municipalités de Toulouse et de Cusco) ou privés (SeD Logistique, Le Cherche-Midi…) semblent n’avoir pas renouvelé leur soutien. Quoi qu’il en soit, il est clair que sur ce point-là au moins Thierry Jamin prend un risque en s’associant avec le monde de l’ufo-archéomanie : on imagine mal la Société de Géographie ou Astrium/Airbus le suivre sur ce terrain-là. Il est par contre possible que cela lui fasse gagner de nouveaux soutiens dans une communauté bien différente de celle qui le suivait jusqu’ici, au prix du peu de crédibilité scientifique qui lui restait, comme on va le voir.

Incohérences en vrac

Revenons donc à nos « momies aliens » et au rôle que joue Thierry Jamin dans cette affaire ; je ne m’étendrai pas sur le détail de l’histoire, les vidéos sur le sujet abondent (chaîne de Tyler Cusco (Thierry Jamin ou Alain Bonnet ?), de Yves Herbo, de krawix999…) contenant des images des « momies », des interviews des protagonistes ; on peut y ajouter les nombreuses interviews données par Thierry Jamin sur tous les médias adonnés aux mystères ufo-archéologiques (BTLV, Nuréa TV, Stop Mensonges…), sans compter les individus qui espèrent peut-être profiter du buzz, comme Deïmian, peut-être déçu d’avoir dû annuler sa tournée de conférences faute de participants. Je me contenterai de relever un certain nombre de points obscurs ou de contradictions, en ce qui concerne l’histoire elle-même et en ce qui concerne les positions de M. Jamin.

– Le point de départ de cette histoire et de l’implication de M. Jamin, pour ce qu’on en sait, est un certain « Paul », qui est le premier à faire circuler une vidéo en octobre 2016 (es) sur sa chaîne krawix999. Ce Paul aurait contacté Thierry Jamin par l’intermédiaire d’un ami de celui-ci, Dante Rios, présenté comme journaliste par Jamin. Mais Dante Rios n’a rien d’un journaliste (es) : il est directeur et fondateur du « Centre de la Conscience Universelle Cosmique » de Lima, auteur d’un livre (es) intitulé Dieux et Anges – Mission génétique, enseigne (es) la méditation, la projection mentale et l’activation des chakras et offre divers services (es) de soin astral et énergétique, d’aromathérapie et de lecture du tarot – il est aussi, dans le civil, spécialiste en marketing (es), quelle surprise !

– Les relations entre Thierry Jamin et « l’informateur » Paul se sont progressivement détériorées, en particulier à partir du moment où Jamin a lancé son financement participatif : « Paul » accuse (es) Jamin de faire de l’argent à partir des specimens qu’il lui a montrés, et en retour Jamin accuse Paul d’être membre d’une secte et de manquer de sérieux et de rigueur :

Le seul problème c’est que l’ami « journaliste »/ufologue/professeur de chakras, Dante Rios, ne semble pas gêné par cette même secte, Alfa y Omega (es) (qui est effectivement une secte de type raélien, dont le gourou, Luis Antonio Soto Romero, est en communication télépathique permanente avec Dieu et les extraterrestres), lorsqu’il s’agit de participer à un congrès (es) qu’elle organise :

Dante Rios a aussi un certain passif en matière de « momies aliens », puisqu’il présentait en 2013, dans son émission Le chemin de la vérité (es), cette « momie alien » :

qui est un fake (en) connu depuis longtemps, construit à partir de cette photo d’une vraie momie d’enfant originaire d’Egypte (en) :

Comment Thierry Jamin peut-il d’un côté considérer « Paul » comme un délirant, membre d’une secte (point sur lequel on n’a d’ailleurs que sa parole, même si à écouter le personnage en question ça paraît effectivement très possible), et considérer comme journaliste sérieux quelqu’un qui fréquente la même secte et diffuse des hoax grossiers sur le thème des « momies aliens » ?

– En ce qui concerne l’historique de ces « momies » et fragments de momie de Nazca, tout ce qu’on a c’est la version que nous donnent Thierry Jamin et « Paul » de ce que leur aurait raconté « Mario », un mystérieux huaquero anonyme censé être le découvreur des objets : voilà qui est solide ! Et l’histoire de ce « Mario » (ou l’histoire qu’on nous dit qu’il raconte) est proprement délirante ; il ne s’agit pas seulement de momies trouvées dans le désert, mais d’un véritable roman : tombeau souterrain avec des sarcophages, portes scellées, objets « technologiques » mystérieux, dont des feuilles de « métal à mémoire de forme », rencontre agitée avec des d’extraterrestres bien vivants, chassés au lance-pierre, mort mystérieuse de deux des huaqueros, restes de créatures mystérieuses de toute taille, certaines avec des ailes, mais malheureusement les appareils photos ne fonctionnent pas… Certains, dont Thierry Jamin, ont l’air de penser que ce côté rocambolesque serait la preuve de l’authenticité de l’histoire, sous-entendant que des fraudeurs auraient inventé quelque chose de plus plausible. C’est possible, mais c’est aussi fermer les yeux sur le fait que cette histoire ressemble à des dizaines d’autres, tout aussi absurdes, racontées par le passé par des ufologues ou des contactés, et qui ont toujours trouvé un public assez crédule pour les avaler. On m’a signalé par exemple cette histoire de « l’alien » de Salinas (en), qui circule en plusieurs versions, dont au moins une mentionne des pilleurs de tombes, une rencontre et un affrontement avec des petits êtres (l’alien en question étant très probablement un fœtus humain (en)…). Le coup des « feuilles de métal à mémoire de forme » se trouvait déjà à Roswell, et on avait déjà eu par le passé une belle histoire (en) de « momie alien » au Pérou… sans compter la « fée » mexicaine (en) évoquée plus haut et à laquelle Brien Foerster, entre autres, a cru ! Bref, si toute l’histoire est un hoax, les fraudeurs se sont tout bêtement inspirés de ces histoires déjà existantes dont ils ont fait un collage, selon le dicton bien connu : plus c’est gros, plus ça passe !

– A propos de crédulité, quelle est exactement, en admettant qu’il ne soit pas lui-même à l’origine ou au courant d’un potentiel hoax, la position de Thierry Jamin ? Il appuie régulièrement sur le fait que l’histoire est incroyable, qu’il a des doutes, qu’il se pose des questions ; pourquoi alors à d’autres moments dit-il qu’il croit l’histoire de « Mario », ou bien fait-il part de sa certitude que tout est authentique ?

– Autre incohérence dans la position de Thierry Jamin : il annonce à plusieurs reprises qu’il ne veut pas ou plus communiquer sur le sujet :

puis diffuse toute une série d’images et de vidéos dans les semaines qui suivent, avant de lancer sa campagne de financement participatif… De même, il prétend ne pas être intéressé par la médiatisation de l’affaire et refuse les interviews dans les grands médias :

ce qui ne l’empêche pas de multiplier les interviews, mais uniquement sur des sites et médias ufo-archéomanes : Stop Mensonges le mal nommé, BTLV tout aussi mal nommé, NuréaTV, Yves Herbo, Deïmian, UFO Conscience… Où est la logique là-dedans, si ce n’est celle de viser, clairement, un public de niche, réceptif à ce genre d’histoire, et donc susceptible de contribuer plus facilement ?

– Encore une incohérence : Thierry Jamin et son équipe (ou en tout cas Alain Bonnet, qui est le seul de l’équipe qui s’exprime avec Jamin) prêchent l’objectivité et la neutralité ; pas question de se prononcer sur la nature des « artefacts » avant d’avoir le résultat des analyses, et évitons de laisser les ufologues s’emparer de l’affaire au risque de la décrédibiliser :

Oui, mais comment les mêmes intitulent-ils leur projet et leur campagne de financement ? Alien Project… Très cohérent, n’est-ce pas ? Et lorsque la question lui est posée, la réponse de Thierry Jamin (ou d’Alain Bonnet ?) est presque touchante de naïveté :

On ne pouvait pas confirmer de façon plus claire qu’on est bien dans une démarche qui n’a pas grand chose « d’académique » et de « rigoureux », puisqu’il s’agit de toucher le public le plus susceptible de verser de l’argent, et tant pis si ça « enferme cette découverte dans une certaine catégorie »…

– Autre élément bien peu « académique », en dehors même du fait de publier une telle supposée découverte sur les réseaux sociaux avant toute étude scientifique, il semble que le « projet alien », comme tout projet pseudoscientifique qui se respecte, anticipe sur les supposés résultats des analyses. En effet, alors que celles-ci n’ont encore pas commencé, il est déjà prévu de faire un film Alien Project et un livre Alien Project…

Et qui semble avoir eu la primeur des premières images tournées par Thierry Jamin sur les « momies aliens » ? Pas des scientifiques, vous n’y êtes pas du tout :

Reste à savoir si c’est parce que History Channel n’était pas intéressée par un documentaire sur le sujet que M. Jamin s’est résolu à passer par les réseaux sociaux et le financement par les ufomanes ?

– Puisque qu’on en est aux aspects bien peu « académiques » du projet, on peut noter que Thierry Jamin fait souvent allusion aux nombreux scientifiques qui auraient analysé les « momies » :

Mais curieusement aucun de ces scientifiques n’est nommé ; la seule exception est un médecin (celui qui étudie les momies avec un stéthoscope autour du cou, pour bien montrer qu’il est médecin !), un certain Edson Salazar Vivanco, qui connaît actuellement son heure de gloire sur les réseaux sociaux, mais quasiment inconnu sur le net auparavant. Il est très probablement réellement médecin, puisqu’on trouve trace de son admission (es) comme interne en 2011, et de son inscription (es) à l’examen national de médecine en 2013. Par contre Thierry Jamin ne mentionne jamais aucun des noms des nombreux archéologues, anthropologues, biologistes et anatomistes qui auraient étudié les objets.

On trouve quand même un autre nom, sur le site de Yves Herbo : celui d’un « docteur brésilien Julio Cesar Acosta, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Sao Paulo, Brésil », qui aurait accepté de faire des analyses. Ce docteur brésilien est probablement Julio Cesar Acosta Navarro (br) (d’ailleurs on voit bien qu’il est docteur, il porte un stéthoscope !) : il est effectivement médecin, cardiologue (en), mais il est aussi ufologue (es), spécialiste des « rencontres rapprochées du 5ème type » ; et tiens, comme c’est bizarre, lui aussi fréquente les congrès de la secte Alfa y Omega, par exemple celui de Lima en 2009 (es). Si tous les scientifiques qui gravitent autour de cette affaire sont de ce type-là…

Je ne suis pas persuadée par exemple que l’aide de ce biologiste mexicain contribue beaucoup au sérieux du projet :

José Rios, de son nom complet José De La Cruz Ríos López, est en effet un des scientifiques (?) mêlés à la débâcle des « diapositives de Roswell », et un de ceux qui s’obstinent, probablement par orgueil et contre toute évidence, à prétendre que ces diapositives (montrant une momie d’enfant de deux ans dans la vitrine du musée de Mesa Verde) sont celles d’un alien, n’hésitant pas à ignorer splendidement les lois de la perspective pour ce faire…

– Thierry Jamin refuse également de nommer les laboratoires qui vont réaliser les analyses auxquelles il veut procéder ; il refuse même de préciser le type d’analyse qui sera effectué (une « analyse ADN », ça peut être beaucoup de choses !), et refuse également de montrer les devis, même anonymisés, supposément demandés aux laboratoires. La raison avancée est la peur de « pressions » sur ces laboratoires, raison qui s’intègre dans la tonalité paranoïaque et complotiste de sa campagne, tonalité répondant parfaitement à l’état d’esprit de son public cible :

Il refuse également, en tout cas pour le moment, de mettre à disposition des photos haute définition des artefacts, ou par exemple des radios réalisées sur les têtes et mains « aliens », qui ne sont montrées que dans des vidéos de qualité médiocre (la raison avancée étant qu’il y aurait un risque que ces documents soient « trafiqués sur le net »… le meilleur moyen d’éviter justement de mettre à disposition sur un serveur les documents originaux, auxquels tout le monde pourrait se référer !). Du coup, tout cela fait beaucoup penser à l’affaire évoquée plus haut des « diapositives de Roswell » en 2015, où, comme l’explique Hygiène Mentale dans la vidéo en lien, le refus obstiné par les détenteurs des deux diapos de les communiquer au public et de fonctionner en toute transparence, soit par appât du gain, soit par aveuglement du fait de leur conviction pré-établie qu’il s’agissait bien de photos d’alien, les a amenés à s’enferrer dans une position intenable qui a pour eux tourné à la débâcle.

– Le peu qu’on a vu de ces photos et radios, cependant, me laisse quelque peu sceptique. Les radios, en particulier, évoquent fortement des artefacts composites, fabriqués à partir d’un mélange d’os de façon à reconstituer approximativement un corps :

C’est particulièrement vrai pour les radios de la « main à trois doigts », qui défie toute cohérence biologique :

Si les trois premières phalanges de chaque « doigt » paraissent tout à fait conformes à celles d’une main humaine et en connexion, les phalanges suivantes ne sont cohérentes ni en taille (phalange trop petite) ni en disposition et orientation, en particulier sur le doigt du haut ; quant à la « paume », on y trouve un mélange innommable d’os ressemblant à des phalanges ou des métacarpiens, et d’os longs et fins, sans épiphyse, qui évoquent irrésistiblement des os d’oiseaux. Je renvoie le lecteur à cet article plus détaillé de Miastor l’Iconoclaste sur cette main. Les fans de Thierry Jamin se réfugient, lorsqu’on pointe ces incohérences, derrière l’idée que « on ne peut pas comparer avec la biologie terrestre si ce sont des aliens », mais l’argument est faible : certains os sont identiques aux os humains, la disposition générale des corps également, et il serait peu logique d’avoir dans le même organisme à la fois des organes strictement identiques à des organes terrestres, et d’autres totalement différents. Sans compter toutes les autres anomalies présentes dans ce qu’on a vu jusqu’ici : absence d’articulations aux « bras » et « jambes », nombre de côtes variant de 3 à 13 selon les specimens, « colonne vertébrale » formée d’un seul os droit, sans vertèbres…

Conclusion provisoire

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette affaire, tellement elle présente d’incohérences, tant dans le soi-disant récit des huaqueros que dans les déclarations de Thierry Jamin. Je pense qu’on peut résumer les hypothèses qui s’offrent à nous ainsi :

1. Tout le monde dit vrai dans cette affaire, et les huaqueros ont réellement trouvé des momies et autres artefacts aliens, et rencontré des aliens vivants ; inutile de dire que, si c’était le cas, le traitement de cette affaire par Thierry Jamin, qui se vante d’appliquer des méthodes scientifiques, serait absolument lamentable. Inutile également de préciser que je pense cette hypothèse fort peu probable.

2. Toute l’histoire est un fake, concocté soit par les huaqueros qui espèrent en tirer profit, soit pourquoi pas par des membres de Alfa y Omega qui en attendent un renforcement du rayonnement de leur secte. Auquel cas là aussi la gestion de l’affaire par Thierry Jamin, qui serait la dupe des auteurs du fake, est à nouveau en-dessous de tout ; en particulier s’appuyer sur les « analyses » d’ufologues convaincus et sur un public par définition plutôt crédule, c’est laisser la porte ouverte à tous les biais de confirmation. Je ne pense pas Thierry Jamin à l’abri de ce genre de mésaventure ; par exemple sa réaction sur le forum Ulule, lorsqu’un participant met un lien vers cet article (en) publié sur le site d’un laboratoire anglais qui fait des analyses ADN, est assez révélatrice : au lieu de vérifier la source (en) de l’article (ce qui lui aurait permis de constater que l’article anglais déforme cette source en inventant des résultats d’analyses qui n’ont jamais eu lieu, et ce qui serait le réflexe de base d’un esprit un tant soit peu critique), il s’excite sur ces soi-disant résultats…

3. Juste pour mémoire, il faut aussi envisager la possibilité d’un mélange de hoax et de découverte archéologique réelle. On sait que certaines cultures précolombiennes pratiquaient des méthodes de momification très originales : la culture Chinchorro (en) par exemple, même si ce n’est pas tout à fait la même région que celle supposée pour cette découverte, reconstituait les corps (en), en particulier des enfants, en utilisant les os mais aussi des bâtons ou autres matériaux, et recouvrait parfois la peau préservée d’argile et de manganèse ; on a aussi des exemples de figurines anthropomorphiques (en) (corps entiers, ou têtes seules) formées à partir d’os (humains mais aussi animaux, voire de poisson) et autres matériaux, et d’argile. Il n’y a pas vraiment de ressemblance stylistique entre les artefacts montrés par M. Jamin et les exemples de momies composites connus, mais on ne peut exclure qu’une partie de ces artefacts soient authentiques, et aient été modifiés par le ou les hoaxers et mélangés avec des objets non archéologiques. Là encore, ce n’est pas en confiant l’analyse de ces objets à des « tenants » qu’on pourra en savoir plus, comme le montre l’exemple de Brien Foerster et des crânes de Paracas (en)…

4. Enfin il faut bien sûr aussi envisager l’hypothèse que Thierry Jamin ne soit pas seulement victime, mais auteur ou complice d’un fake, ou au moins dupe consentante. Ses défenseurs soulignent avec raison qu’il serait alors passablement « grillé » dans son activité principale ; mais il ne faut pas oublier que certains (en) vivent (et apparemment confortablement !) depuis des années (en) de ce genre de fake : assisterait-on à une reconversion de l’aventurier ? La suite le dira, en particulier la façon dont Thierry Jamin présentera les résultats de ses différentes analyses ADN.

A suivre donc !

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Merci à toute l’équipe du café de Gollum pour les pistes et les discussions !

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[1] Alain Bonnet est le gérant d’une agence de communication, Prodiris, qui semble sponsoriser largement les expéditions de Thierry Jamin ; mais Alain Bonnet est beaucoup plus que cela : il est son webmaster, s’occupe de ses vidéos, gère toute sa communication depuis des années, est le trésorier de son Institut Inkari, et bataille sur les réseaux sociaux et sur Wikipedia pour défendre son partenaire et faire taire les critiques.

[2] Par exemple : « Sans douter du grand professionnalisme des spécialistes de l’IFEA, je ne saurais que les inciter à mettre à jour leurs données en matière de télédétection. Il est vrai que la technologie de ces appareils avance chaque année d’une vitesse incroyable ! ». Certes, il serait temps que les archéologues de l’IFEA se mettent à la baguette de sourcier, pardon, au « discriminateur de fréquences moléculaires électronique », ce parangon de la haute technologie !

[3] Voir par exemple ici.

[4] « Nous ne cessons de dénoncer, ici, à Cusco, les intrusions de pseudos “explorateurs” nationaux ou étrangers, recherchant Païtiti à coups de dynamites ou de détecteurs de métaux…
Nous savons, plus que quiconque, ce que signifie la recherche de la ville perdue des Incas. Cette recherche se mérite. Sa découverte, nous en sommes convaincus, ne sera pas le fait de ces huaqueros, visiblement soutenus par ces courageux auteurs anonymes. »
Si l’on ne peut que féliciter M. Jamin pour sa condamnation forte des pilleurs et huaqueros, on peut aussi s’étonner de son assimilation bien rapide de tous ses critiques à ces mêmes pilleurs !

[5] Au conditionnel, je n’ai pas pu vérifier ce qu’il en était.

[6] La mauvaise volonté des autorités peut assez facilement s’expliquer par le fait que les expéditions de Thierry Jamin visent régulièrement des zones protégées, en particulier le « sanctuaire » de Megantoni, où des populations natives vivent en isolement volontaire. Il existe donc un risque pour ces populations, voir aussi l’article du Guardian (en) (en particulier du fait de leur vulnérabilité à certains germes), d’où un accès très réglementé à ces zones.

[7] La vente de ses livres doit fournir un appoint appréciable, mais ce n’est pas non plus « le Pérou » : 3600 exemplaires depuis sa parution en 2006 pour L’Eldorado Inca, 680 exemplaires depuis 2014 pour L’Aventurier de la cité perdue – Source Edistat.

Source: Le Site d’Irna, le 5 mars 2017


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