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Ces médias citoyens qui partent en vrille

Ces médias citoyens qui partent en vrille

Avec Internet, le champ des possibles s’est élargi pour citoyens désireux de s’exprimer. Chacun peut écrire sur un fait d’actualité, donner son opinion, publier des photos ou des vidéos de ce qu’il se passe autour de lui … pour le meilleur et pour le pire.

« Obama donne 6 mois aux institutions pour se préparer à des éruptions solaires dangereuses ». Inquiétante nouvelle partagée dans les flux d’actualités de milliers d’utilisateurs Facebook ce matin. D’où vient cette information ? Du site Stopmensonges. Un clic pour en savoir plus. Entre des bannières qui appellent aux dons, ce site aux couleurs plutôt sobres propose pléthores d’articles sur des sujets pour le moins originaux : « Les élections Américaines vont être annulées et des procès de crimes de guerre se tiendront disent les sources du Pentagone et de la CIA », « Hillary Clinton est morte, Bill est en fuite » … Les articles font penser à ceux de blogs : un titre, la date et l’auteur de la publication, une police et une structure d’amateur plus que de spécialiste de l’information. L’écriture se veut quant à elle tantôt factuelle, tantôt pleine d’extrapolations on-ne-peut-plus fantaisistes.

Dans les commentaires, on trouve parfois des liens vers un autre site : « Egalité et Réconciliation », présenté comme plus sérieux. Un clic et nous voici sur un site dont l’engagement politique ne fait aucun doute : « Gauche du travail et droite des valeurs ». Qui sont-ils ? « Une association politique trans-courants créée en juin 2007 ». Parmi les activités de l’association : production et diffusion de documents d’information et journalisme. En effet, le site propose de ré-informer le public. En somme, il prétend être un média citoyen permettant à ses visiteurs de bénéficier d’une information indépendante leur permettant d’exercer leur citoyenneté en toute connaissance de causes. La pierre angulaire des articles du site : le complot sioniste. D’ailleurs, après les attentats en France et la garde à vue de son acolyte Dieudonné, Alain Soral, fondateur et leader charismatique du site s’est soulevé contre :«l’opération de terreur policière, politique et médiatique menée contre le peuple de France par le sionisme international et l’impérialisme américain ».

Qui fréquente ces sites ? Beaucoup de jeunes, mais pas seulement. Marie, la cinquantaine, donne une note de 5/5 au site d’E&R sur sa page Facebook, expliquant qu’elle y trouve des « vérités vraies ». Stéphane, du même âge environ est un adepte de ce genre de sites, lui qui ne croit plus aux médias dominants, manipulés par le Nouvel Ordre Mondial. Souvent caricaturés, perçus comme des illuminés, les visiteurs de ces médias alternatifs sont parfois des gens qui s’interrogent, consultant le site avec un certain scepticisme, à l’image de Aziz pour qui ce média alternatif montre « qu’une autre façon de penser est possible, même si je ne partage pas toutes les idées. Il ne faut aucun dogme de la pensée, et pas que E&R en devienne un non plus ». D’autres sont plus critiques encore : « J’ai constaté pas mal d’informations fausses ou incomplètes chez E&R, l’information utilisée est déformée pour correspondre à une version Soralienne ». Beaucoup s’informent sur le site tout en condamnant le racisme, et particulièrement l’antisémitisme qui irrigue le contenu des articles. Quant au leader A. Soral, certains le vénèrent : « Le mec a sûrement la meilleure analyse qu’on ait jamais entendue », quand d’autres sont plus dubitatifs, mettant de côté ses propos les plus choquants pour se concentrer sur ce qu’il y a d’intéressant sur le site. Un public varié donc, qui partage une méfiance à l’égard du journalisme traditionnel.

Preuve de la méfiance envers les journalistes, ce début d’un article d’Egalité et Réconciliation : « Je doute que quiconque ait besoin qu’on lui rappelle que les médias sont pourris jusqu’à la moelle ; même les personnes les plus réticentes et à l’esprit le plus fermé tiennent désormais cela pour acquis ». Plus généralement, selon un sondage TNS-Sofres de 2016, 51% des français jugent le journal papier comme digne de confiance. Cette confiance est un peu plus faible pour la télé (50%) tandis que la radio semble être le média la plus crédible (55%). Paradoxalement, c’est à l’égard d’Internet que le plus de doutes sont émis puisque les français sont 31% à lui accorder du crédit. Il n’empêche que ce taux demeure important dans la mesure où l’information sur Internet ne fait souvent l’objet d’aucune vérification contrairement à l’information proposée par les journalistes.

Selon le sociologue Jean-Marie Charon, « Il y a de vrais points de dysfonctionnement dans la relation entre le public et les médias. La fiabilité est la première préoccupation d’un public de plus en plus éduqué et donc capable d’identifier là où le travail des journalistes est fragile (fiabilité des données, traitement des personnes, hiérarchie de l’information…). L’information est, par ailleurs, de plus en plus utilisée comme une ressource. Les médias s’installent là où ce qui faisait lien social (la famille, les partis politiques, les syndicats…) se désagrège. À partir du moment où l’information devient un besoin, une référence, on ne tolère plus les erreurs. Il y a une forte exigence. » C’est cette exigence qui conduit à se référer au web pour obtenir des compléments à une information mainstream jugée partielle, voire partiale. En effet, dans son infini panel de contenus, Internet et les médias citoyens qui s’y sont installés proposent évidemment des informations alternatives de qualité, mais il est parfois difficile de faire la distinction entre ce type d’informations et celles fournies par les médias citoyens conspirationnistes.

La théorie du complot n’est pas l’apanage de notre époque hyper-connectée. La rumeur, divers biais cognitifs, des frustrations sociales ont toujours permis à de telles théories de se répandre. Déjà au XIVe siècle, on accusait les lépreux de plusieurs villes d’Europe de chercher à prendre le pouvoir et d’empoisonner l’eau. Les explications sociologiques de ce phénomène ne manquent pas, certaines évoquant l’excès d’institutions, d’autres mettant au contraire en cause la disparition des institutions structurantes telles que les syndicats ou les mouvements politiques. La psychologie est également très riche d’explications à ce sujet, évoquant notamment la satisfaction narcissique que procurent les théories du complot grâce au sentiment de détenir un secret d’extrême importance. Internet n’est donc pas créateur de ce type de théories, il en est un véhicule. « Avant, les thèses se développaient lentement dans l’espace social et n’étaient partagées que par le bouche à oreille. » explique le sociologue Gérard Bronner au Figaro. « Le temps de diffusion était beaucoup plus élevé, il y avait une sélection des histoires qui se faisait naturellement. Aujourd’hui, n’importe quel petit phénomène suscite potentiellement des théories du complot ».

Les thèses conspirationnistes semblent inévitables au sein d’un espace médiatique partagé de tous qui peut être considéré comme un média citoyen où chacun est un émetteur potentiel d’information. La rapidité de diffusion de ces rumeurs est une conséquence de l’essor du média citoyen sur le web 2.0. Certains l’ont compris et utilisent les armes de ces médias pour les combattre. C’est notamment le cas du site participatif Hoax Buster, qui se définit comme « Première ressource francophone sur les canulars du web ». La mission qu’il poursuit : « mettre un terme à la propagation des hoax et des rumeurs en circulation sur le web francophone ». Le principe est simple : chaque internaute peut s’inscrire et signaler au site toutes les rumeurs sur lesquelles il émet des doutes. Ces rumeurs, appelées « hoax » sont répertoriées dans une base de données et analysées par des membres du site qui vont remonter l’information afin de la valider ou de l‘infirmer.

Un média citoyen qui en contrecarre d’autres, le procédé est intéressant car en tant que média non traditionnel, HoaxBuster et les autres sites du même acabit sont moins suspectés d’être partie-prenante au complot mondial comme pourraient l’être des médias traditionnels ou des sites gouvernementaux. Qui plus est, le travail de détricotage des théories du complot nécessite du temps qui manque bien souvent aux journalistes, contraints par la concurrence autour de la couverture des événements d’actualité. En revanche, les médias traditionnels ont leur carte à jouer contre le développement de théories qui incitent la plupart du temps à la haine, et cela passe par le contrat de confiance qu’ils établissent avec leurs lecteurs ainsi que par la pluralité des informations à disposition du public, pas seulement dans les titres, mais également au niveau des contenus.

Maëva Gardet-Pizzo

Mediapart


Publié le 7 décembre, 2016 dans Fake News, Internet, Société & Culture, WTF.

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