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Les traces du nuage de Tchernobyl toujours présentes en France

Les traces du nuage de Tchernobyl toujours présentes en France

Trente ans après, le Cesium-137 relâché par le nuage radioactif issu de la catastrophe de Tchernobyl imprègne toujours arbres, sols, plantes et animaux du territoire français, révèle une étude.

1er-mai-1986

MOUSSES. Riche idée qu’a eue l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO). Trente ans après l’explosion du réacteur ukrainien, l’organisme a lancé un appel pour qu’on envoie à son laboratoire de mesure des échantillons puisés dans l’environnement (arbres, mousses, sols, etc.), sur des champignons et des fruits et légumes consommés par les hommes. L’ACRO n’a pas cherché à encadrer la collecte. Les participants ont été libres de choisir leur échantillon, démarche qui colle bien avec le devenir des radionucléides dans l’environnement qui dépend de la qualité et de l’usage des sols et de l’érosion par le vent et l’eau. Sur les trois éléments artificiels relâchés dans l’atmosphère durant les dix jours suivant l’explosion du réacteur (iode-131, césium-134 et 137), seul le césium-137 est aujourd’hui mesurable. Sa radioactivité ne baisse en effet que de moitié en trente ans. L’ACRO aurait pu mener des campagnes de mesure sur le terrain, mais l’appel au public a permis de construire un coup de sonde aléatoire conforté par la fiabilité d’une recherche en laboratoire. 300 prélèvements ont ainsi atterri sous les appareils de l’association à Caen.

Sans surprise, les traces du « nuage de Tchernobyl » sont toujours bien présentes sur le territoire français. Les 146 échantillons de sols ont tous recelé du césium-137. Ce sont les sols du sud des Alpes qui se sont révélés les plus pollués ce qui est logique. Le panache de Tchernobyl a surtout affecté le grand est de la France et la montagne alpine a été le réceptacle naturel des pluies lessivant l’atmosphère de sa radioactivité. Certains échantillons contenaient même des teneurs élevées en becquerels du fait de la concentration de la radioactivité dans des fonds de combe où s’accumule la neige.

residus

Points de prélèvement et radioactivité enregistrée d’échantillons de sols des Alpes du sud. © ACRO.

Les champignons sont d’efficaces accumulateurs

DISSIMULATION. En général, la radioactivité est plus importante dans les sols peu travaillés comme celui des prairies et des forêts où le césium-137 a pénétré en profondeur. En revanche dans des sols cultivés comme celui des jardins, la radioactivité est régulièrement remise en contact avec l’atmosphère et peut voyager avec le vent. En milieu aquatique, ce sont les sédiments les plus fins (vase) qui concentrent la pollution.

Plante à croissance lente, le lichen est un bon indicateur de présence de radioactivité. Sur les 47 échantillons examinés, 19 étaient porteurs de césium-137. Des bruyères et de la tourbe blonde ont également été testés positifs, mais pas des plantes comme la monnaie-du-pape, le jonc ou l’herbe. Les champignons n’ont pas déçu ! 52 échantillons sur 64 se sont révélés contaminés. Un champignon toxique, l’hébélome brûlant a même explosé les compteurs avec 4890 becquerels par kilo de poids sec. Cinq champignons en provenance d’Europe de l’est et vendus dans le commerce ont également été analysés. Tous contenaient du césium mais aucun ne dépassait les seuils réglementaires de commercialisation. Enfin, 6 produits alimentaires ont été positifs sur 42 échantillons. Il s’agit de viande sanglier et d’écrevisses, deux animaux qui sont en contact intime avec les sols et les sédiments. Les légumes, fruits, produits laitiers, miel et plantes aromatiques se sont avérés indemnes de toute contamination.

Tchernobyl, ce n’est donc pas fini. Les traces de la catastrophe sont encore bien présentes. Si les risques sanitaires sont désormais peu importants, l’environnement reste marqué par l’évènement. L’initiative de l’ACRO démontre par ailleurs qu’il ne serait plus possible aujourd’hui de vivre la situation de 1986 où les seuls laboratoires publics de mesure de la radioactivité ont pu cacher aux Français la réalité de la pollution radioactive. Si un nouvel accident arrivait aujourd’hui, des associations comme l’ACRO pourraient donner immédiatement la réalité des expositions subies par la population. Un vrai changement.

Source: Sciences et Avenir, le 21 avril 2016


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