Articles intéressants à lire

Cour Supreme Israel  Denver International Airport  Symboles Occultes Bank of America  Georgia Guidestones  Saturne Occulte  Pyramide Blagnac  Le Rockefeller Center  Parlement UE  Symboles dans les logos  Sionisme Rothschild  Le billet d'un dollar  Cherchez l'erreur  Cathedrale Saint Jean le Divin  Le Projet Rivkin  La Fasces  La Nouvelle Aube Nouveau Jour en Image  Feu dans les Esprits des Hommes  Les 1000 points de lumiere  La Pierre de Bethel  La Main Cachee  Systeme Solaire  Aleister Crowley  Ordre des Illumines de Baviere  Qui est Baphomet  Illuminati New World Order  Introduction NWO

Publicité

Soumission : Extraits de l’entretien donné par Michel Houellebecq à Mediapart

Soumission : Extraits de l’entretien donné par Michel Houellebecq à Mediapart

mh

Sylvain Bourmeau : Est-ce une satire ce roman ?

Michel Houellebecq : Non. Très partiellement, c’est une satire des journalistes politiques tout au plus, un petit peu des hommes politiques aussi à vrai dire. Mais les personnages principaux, non.

SB : Comment as-tu conçu ce fait de fiction d’un deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 opposant Marine Le Pen au président d’un parti musulman ?

MH : Bon, Marine Le Pen cela me paraît tout à fait vraisemblable en 2022 – déjà en 2017… Le parti musulman, c’est plus… Là, on touche le point dur en fait. J’ai essayé de me mettre à la place d’un musulman, et je me suis rendu compte qu’ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique. Parce que globalement les musulmans ne s’intéressent pas trop aux sujets économiques, leurs grands sujets d’intérêts sont ce qu’on appelle de nos jours les sujets sociétaux. De toute évidence, ils sont très éloignés de la gauche et plus encore des écologistes sur tous ces sujets, il suffit de songer au mariage homosexuel pour comprendre mais c’est pour tout pareil. Et on ne voit vraiment pas pourquoi ils voteraient pour la droite et encore moins pour l’extrême-droite qui les rejette de toute ses forces. Que peut bien faire un musulman qui veut voter ? Il est dans une situation impossible en fait. Il n’est pas représenté du tout.

Il serait faux de dire que c’est une religion qui n’a pas de conséquences politiques, elle en a, le catholicisme aussi d’ailleurs, même si les catholiques ont été pas mal rembarrés. Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s’impose.

SB : Mais de là à imaginer qu’un tel parti puisse se trouver dans sept ans en situation de gagner l’élection présidentielle…

Je suis d’accord, c’est peu vraisemblable. Pour deux raisons en fait. La première, qui est la plus difficile : il faudrait d’abord que les musulmans réussissent à s’entendre entre eux. Il faudrait quelqu’un d’extrêmement intelligent et d’un extraordinaire talent politique, qualités que je donne à mon personnage, Ben Abbes. Mais un extrême talent est, par définition, peu probable. Mais supposons qu’il existe, ce parti pourrait progresser, mais cela prendrait plus de temps. Si l’on considère la manière dont les frères musulmans ont procédé, on voit un maillage du territoire, des associations caritatives, des lieux de culture, des lieux de prières, des centres de vacances, des soins, un peu l’équivalent de ce qu’avait fait le Parti Communiste. A mon avis, dans un pays où la misère va continuer à s’étendre, ça peut convaincre bien au-delà des musulmans « normaux » si je puis dire, parce qu’en plus il n’y a plus de musulmans « normaux » puisqu’on a des conversions de gens qui ne sont pas du tout d’origine maghrébine… […]

SB : Donc tu utilises le fait de faire peur à propos du fait que l’islam devienne majoritaire dans le pays ?

MH : En fait, on ne sait pas bien de quoi on a peur, si c’est des identitaires ou des musulmans. Tout reste dans l’ombre. […]

SB : Je ne la perçois pas, au contraire les mêmes personnes sont souvent des militants antiracistes et de fervents défenseurs de la laïcité, le tout prenant racine dans la philosophie des Lumières.

MH : Bon, la philosophie des Lumières on peut faire une croix : décès. Un exemple frappant ? La candidate voilée sur la liste Besancenot, voilà un exemple de contradiction.

Mais il n’y a pas que les musulmans qui sont dans une situation schizophrène, au niveau de ce qu’on appelle classiquement les valeurs, les gens d’extrême-droite ont plus en commun avec les musulmans qu’avec la gauche. Il y a plus d’opposition foncière entre un musulman et un athée laïc qu’entre un musulman et un catholique. Cela me paraît évident. (…)

SB : L’islamophobie sert de paravent à un racisme qui n’est plus dicible parce qu’il tombe sous le coup de la loi.

Je crois que c’est juste faux. Je ne suis pas d’accord. […]

SB : Mais dans Soumission n’y a t il pas une théorie du complot avec l’idée que le « grand remplacement », comme dit Renaud Camus, est à l’œuvre, que les musulmans vont prendre le pouvoir…

MH : Je connais mal la thèse du grand remplacement mais apparemment c’est plutôt racial. Or là non, il n’est pas fait mention d’immigration. Ce n’est pas le sujet. […]

SB : Ce n’est pas forcément racial, ce peut être religieux. En l’occurrence, il y a remplacement de la religion catholique par l’islam.

MH : Non. Il y a une destruction de la philosophie issue du siècle des Lumières, qui n’a plus de sens pour personne, ou pour très peu de gens. Le catholicisme lui se porte plutôt bien.

Je maintiens assez positivement qu’une entente entre catholiques et musulmans est possible, cela s’est déjà vu. Cela peut se reproduire. (…)

SB : N’y a t-il pas quelque chose de désespéré dans ce geste qui n’est pas vraiment décidé ?

MH : Le désespoir, c’est l’adieu à une civilisation quand même ancienne.

Mais au fond le Coran c’est plutôt mieux que je ne pensais, après relecture – après lecture plutôt. La conclusion la plus évidente c’est que les djihadistes sont de mauvais musulmans. Évidemment, comme dans tout texte religieux, il y a des marges d’interprétation, mais une lecture honnête conclut que la guerre sainte d’agression n’est en principe pas autorisée, la prédication est seule valide. Donc on peut dire que j’ai un peu changé d’avis. C’est pour cela que je n’ai pas l’impression d’être dans la situation de la peur. J’ai plutôt l’impression qu’on peut s’arranger.

Les féministes, elles, ne le pourront pas, pour être tout à fait honnête. Mais moi et pas mal de gens, oui.

Source

Publié le 6 janvier, 2015 dans France, Islam, Politique & Loi, Société & Culture.

Publicité

Laissez un commentaire

*