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La Terre a connu 5 extinctions de masse; La 6ème vient de débuter

La Terre a connu 5 extinctions de masse; La 6ème vient de débuter

planete-terre

Atlantico: Dans son ouvrage The Sixth Extinction, Elizabeth Kolbert estime que nous pourrions être à l’aube de la 6ème extinction de masse. A quoi reconnaît-on une extinction de masse ? Quelles en sont les caractéristiques ?

Romain Julliard: L’extinction de masse, c’est ce que l’on a observé dans les données paléontologiques au cours de cinq périodes du passé. Ces dernières ont été caractérisées par une diminution très importante du nombre d’espèces présentes avant ces extinctions. Ces taux d’extinction sont généralement compris entre le tiers et près de 90 %.

Selon la précision des données, certaines de ces extinctions se sont étalées dans le temps, parfois sur plusieurs millions d’années. Néanmoins, ces extinctions sont généralement des évènements très brutaux à l’échelle de notre Histoire.

Un rapport de 2007 de l’Intergovernmental Panel on Climate Change estime entre 20 et 30 % la proportion d’espèces végétales et animales qui pourraient disparaître au cours de ce siècle. La principale raison invoquée est celle du réchauffement climatique. Quels autres facteurs contribuent à ce risque d’extinction ?

Parmi les différents facteurs pouvant contribuer à ce risque d’extinction, il y a, en premier, la transformation des habitats naturels à cause des activités humaines, à chaque fois par exemple que l’on construit une ville, ou bien que l’on transforme une forêt en zone d’agriculture ou qu’on la décime pour son bois, etc.

La deuxième cause, généralement vraie pour les océans, concerne les prélèvements effectués dans ces zones qui contribuent à déstabiliser le fonctionnement de ces écosystèmes. Environ 30 % de la production océanique est prélevée par les hommes à des fins de consommation.

Un autre phénomène contribue à renforcer ce risque de nouvelle extinction : le déplacement de certaines espèces de leur habitat naturel, qui concerne en particulier les espèces des îles ou des grands lacs africains, ravagées par leur déplacement dans des zones dans lesquelles elles ne peuvent pas survivre comme la Nouvelle-Zélande par exemple.

A ces trois facteurs précédemment énumérés, il convient bien évidemment d’ajouter le réchauffement climatique qui complique davantage la situation. La réponse naturelle de certaines espèces au réchauffement climatique, notamment des oiseaux, est de partir à la recherche de zones au climat similaire à ce qu’elles ont pu connaître avec le réchauffement. Pour d’autres en revanche, la seule issue possible aux modifications de leur environnement à cause du réchauffement climatique est leur disparition. Cela est notamment le cas de certaines espèces de papillon qui ont l’habitude d’évoluer au sommet de certaines montagnes de la péninsule ibérique, mais dont les pelouses sont en train de disparaître.

Quelles sont les principales espèces concernées par ce nouveau risque d’extinction de masse ?

Les extinctions les mieux documentées sont celles liées aux introductions d’espèces invasives dans les villes. Les connaissances sont nombreuses et solides en ce qui concerne les oiseaux tout particulièrement, moins en revanche pour ce qui concerne les invertébrés. Les espèces d’oiseaux ayant totalement disparu se sont généralement retrouvées confrontées à des espèces de prédateurs introduites dans leur milieu naturel.

D’autres espèces sont sur le point de connaître des extinctions spectaculaires, généralement celles qui sont surchassées ou qui n’ont pas su s’adapter rapidement à des changements d’écosystème dus aux précédents facteurs présentés. On peut citer notamment, parmi ces espèces, l’ours polaire dont l’habitat naturel est complètement dépendant du réchauffement climatique; certains grands prédateurs comme les tigres en Inde ou les éléphants en Afrique, victimes d’une persécution à outrance, etc.

La précédente extinction de masse était celle des dinosaures, il y a 66 millions d’années. On en garde l’image d’un déroulé plutôt dramatique mais celle qui s’annoncerait prendrait-elle nécessairement la même forme ?

Par rapport aux dinosaures, il y a ici un drame supplémentaire qui est que nous allons en subir directement les conséquences, tant notre qualité de vie dépend de la richesse de notre biodiversité. En ce qui concerne les océans, nous avons atteint, depuis une dizaine d’années, le maximum de ce que nous pouvions tirer des ressources océaniques; la phase descendante est d’ailleurs déjà amorcée.

Une autre source de richesse, qui dépend de cette biodiversité, est la productivité des sols.

Certaines zones sont complètement surexploitées, caractérisées désormais par une culture hors-sol.

Pour ce qui concerne les extinctions du passé, il est vrai que, quelques années après, la biodiversité s’est reconstituée.

Pendant très longtemps, la communauté scientifique, Charles Darwin et Charles Lyell en tête, ont clamé que notre planète changeait à un rythme très lent. Aujourd’hui, il est reconnu que des périodes de rapides changements, auxquels les organismes peinent à résister, peuvent survenir. Comment expliquer ce changement de paradigme ?

La science progresse, et les découvertes faites au cours du temps ont permis ce changement de paradigme. Selon le modèle de Darwin, le taux de transformation était relativement constant dans le temps. Le modèle actuel comprend davantage de phases d’accélération de ce taux de transformation liées en particulier à ces phénomènes un peu extrêmes pouvant causer une extinction de masse, tels que le réchauffement climatique, le changement d’habitat naturel, etc.

Au regard des facteurs à l’origine des précédentes extinctions au cours de notre histoire, est-il possible de prévenir celle qui pourrait prochainement survenir ? Plus généralement, comment l’éviter ?

Il conviendrait de modifier en profondeur notre manière d’exploiter le vivant. Le modèle actuel est construit selon l’idée qu’il y a des ressources finies qui doivent rapidement être exploitées pour pouvoir passer à l’exploitation d’une autre ressource. Pour le vivant, il conviendrait d’aborder cette problématique sous l’aspect du renouvelable; l’exploitation doit être réalisée de telle sorte qu’elle n’entrave pas le renouvellement des ressources, des espèces, etc. Cela concerne notamment la pêche qui, pratiquée comme elle l’est en état actuel, épuise les ressources marines. Notre économie globalisée ne tient pas compte de cette contrainte de la biodiversité dont nous dépendons.

Atlantico


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