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Les grecs et romains étaient-ils daltoniens ?

Les grecs et romains étaient-ils daltoniens ?

Traduit de l’anglais par Jean Lassalle pour Actualités archéologiques

Homère a laissé aux historiens l’impression que les anciens Grecs et Romains avaient une appréciation sous-développée de la couleur. Les anciens, en réalité, étaient un peu plus sophistiqués que cela et appréhendaient la couleur d’une manière complètement différente de nous, affirme Mark Bradley.

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« Les gens dans les anciennes cultures percevaient la couleur d’une manière tout à fait différent de vous et moi. L’étrange description, la plus célèbre, de la couleur dans le monde méditerranéen antique est le « vin mer sombre » dans l’Iliade et l’Odyssée. Avez-vous déjà regardé la mer et pensé qu’elle avait la couleur du bordeaux ? » demande Bradley.

L’une des premières personnes à dire que les anciens Grecs avaient un sens sous-développé de la couleur est un Premier ministre britannique du 19e siècle. En plus d’être politicien, William Gladstone était un savant des classiques, et, pendant son temps libre avait fait une étude de l’utilisation de la couleur dans la littérature grecque ancienne.

D’après Mark Bradley, professeur agrégé d’histoire ancienne à l’Université de Nottingham, Gladstone observait, à juste titre, que la couleur était exploitée de manière très différente dans l’antiquité de ce à quoi nous sommes habitués aujourd’hui : « nous avons beaucoup de difficulté à traduire les termes d’une couleur chez Homère dans les langues occidentales modernes ».

Gladstone avait noté qu’Homère utilisait en fait très peu de termes pour les couleurs, qui prédominent en noir et blanc, et qu’il utilisait les mêmes couleurs pour décrire des objets qui semblent tout à fait différent.

« Il croyait que, bien qu’Homère représentait les origines de la littérature occidentale et avait des idées très sophistiquées sur la caractérisation, la tragédie, l’intrigue et le genre, avait en fait un vocabulaire de la couleur comparable à celui d’un enfant contemporain de l’âge de trois ans », dit Bradley.

Cela donnait l’impression que les grecs homériques étaient daltoniens et qu’ils étaient peut-être daltoniens en masse. C’est un sujet scientifique chaudement débattu depuis plus de cent ans.

Bradley estime que l’un des problèmes avec Gladstone et les chercheurs suivants est d’avoir essayé de cartographier d’anciens termes de couleurs grecs sur la façon dont nous comprenons la couleur.

Nous avons l’idée d’un spectre de couleurs abstraites que nous avons hérité de Newton: en fermant les yeux, on imagine le jaune, l’orange, le rouge, le bleu. « Si vous commencez à aborder la couleur d’une manière très différente et pensez que c’est un phénomène différent, cela aide vraiment à comprendre ce qui se passe avec les anciens usages de la couleur », ajoute Bradley.

Les Grecs voyaient la chrominance comme étant essentiellement l’enveloppe extérieure visible d’un objet. Ainsi, une table n’est pas marron, elle est de couleur bois. Une fenêtre serait de couleur verre. Les cheveux seraient de couleur cheveux, la peau serait de couleur de peau : « Ils ne parlaient pas parler en termes de couleurs abstraites comme nous y sommes habitués aujourd’hui. »

Le terme de « synesthésique » peut être utilisé pour décrire globalement les différents types d’association que les anciens Grecs ont fait entre les cinq sens.

Si les couleurs sont les manifestations extérieures des objets, alors la perception de cette couleur peut puiser dans d’autres idées telles que l’odeur, la liquidité, la saturation, le toucher, la texture…

Là où nous aurions tendance à ne penser que purement visuel, les Grecs anciens ont apporté d’autres sens en jeu. «Dans l’antiquité, dans les sociétés pré-modernes, il y avait beaucoup plus de possibilités sur la façon dont ont décrivait le monde; ou pouvait puiser dans plusieurs sens différents en même temps», explique Bradley.

Alors qu’était le « vin mer sombre » d’Homère (oinops pontos) ?

Bradley décrit ceci comme le problème de couleur le plus connue de l’antiquité et celui qui a donné lieu à diverses théories.

Une interprétation propose qu’elle décrit la mer au coucher du soleil quand il devient rouge feu. Une autre interprétation soutien que c’est une allusion à un type désormais obsolète de vin français nommé le petit bleu ou le gros bleu; un vin bleu, qui, si il existait dans l’antiquité, pourrait expliquer la métaphore.

Bradley a un avis différent. Le point important selon lui, c’est qu’Homère décrit la mer comme un vin sombre après une tragédie. Ulysse pleure la mort de ses hommes après un naufrage, quand ils ont été engloutis par la mer de vin sombre. Achille pleure la mort de Patrocle donnant sur la mer de vin sombre : « l’idée est que la mer est dangereuse, elle est captivante, enivrante, tout comme le vin, dit-il. C’est beaucoup plus que la couleur, c’est plus sur ce que l’objet-métaphore nous encourage à penser ».

Est-ce que les Romains, comme les anciens Grecs, avaient cette façon « synesthésique » de comprendre la couleur ?

Bradley cite un exemple qui confirme le sens contenu dans le mot que nous traduisons simplement par « pourpre » : dans l’antiquité quand quelque chose était porphura ou purpura, cela décrivait le colorant qui était extrait des escargots de mer. Ce colorant était très cher, il brillait et réfléchissait la lumière ; il était utilisé pour les vêtements des riches et des puissants. Il puait également.

« Un des aspects accablant du pourpre était qu’il sentait vraiment, vraiment mauvais », ajoute Bradley. L’odeur de poisson restait sur les robes impériales et toges sénatoriales, et donc le mot purpura porte à la fois le sens visuel et olfactif : « c’est un exemple de la façon dont ce que nous voyons comme une simple couleur pourpre est en fait dans les yeux des anciens quelque chose qui est intrinsèquement synesthésique. ».

Contrairement à l’opinion de Gladstone pour qui les anciens avaient un sens de la couleur sous développés, cela pourrait être considéré comme une perception sensorielle très sophistiquée, selon Bradley : « en fait, la couleur antique était très subtile, très sophistiquée, très polyvalente, mais elle fonctionnait sur des paramètres différents de ce que nous pensons des œuvres de couleurs. C’est un exemple intéressant des difficultés que l’on peut avoir pour comprendre une autre culture. ».

Bradley dit que le modèle de Gladstone a été étendu dans les années 1960 par les sociologues de Berlin et Kay « ils regardaient les cultures anciennes et modernes partout dans le monde, et comptaient le nombre de couleurs de base qu’elles avaient et traçaient ainsi une sorte d’échelle de l’évolution. ».

D’après cette échelle, la Grèce homérique était à un stade de 3.5 sur 7. Diverses tribus africaines étaient au premier stade, car elles n’avaient que blanc, noir et rouge dans leur vocabulaire. L’Angleterre, la Russie et le Japon étaient tout en haut de l’échelle.

Mais les perceptions ont changé, dit Bradley : « leur approche a aujourd’hui été presque universellement discréditée, précisément parce qu’elle ne tenait pas compte des différentes façons de comprendre la couleur. ».

Mark Bradley est l’auteur de Couleur et signification dans la Rome antique (Colour and Meaning in Ancient Rome) ; il est également l’auteur d’un chapitre sur la perception de la couleur par les grecs dans un livre appelé Synesthésie et sens anciens (Synaesthesia and the Ancient Senses).

Source : ABC, via SOTT

Publié le 26 avril, 2014 dans Histoire, Monde, Psychologie, Société & Culture.

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