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Théorie du complot : sommes-nous tous paranos ?

Théorie du complot : sommes-nous tous paranos ?

« On » nous ment, « on » nous cache la vérité. De l’assassinat de JFK au réchauffement global en passant par les chiffres du chômage, nous doutons des versions officielles. Pourquoi ce besoin de voir des conspirations partout ?

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Peut-être l’avez-vous lu sur Internet : les traînées blanches laissées dans le ciel par les avions seraient des produits chimiques (des chemtrails) répandus par Monsanto, le géant mondial des OGM, pour détruire l’agriculture biologique et forcer les cultivateurs à s’approvisionner en semences développées par la firme. Dans les rangs écologistes, certains y croient, d’autres démentent. Et si c’était vrai ?

Nous avons tous dans notre entourage un parent, un ami, un collègue persuadé qu’aucun avion n’est tombé sur le Pentagone le 11 septembre 2001 ou que le virus du sida est sorti tout droit des éprouvettes d’un laboratoire pharmaceutique soviétique : une façon de dire que les services secrets, le grand capital ou la science sans conscience conspirent dans l’ombre à nous nuire. « La modernité a ouvert malgré elle un véritable âge d’or à ces constructions intellectuelles tout à la fois simples et complexes, affirment Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas, universitaires spécialisés en rhétorique, in Les Rhétoriques de la conspiration (CNRS Editions, 2010). Elles sont un acquis des sociétés ouvertes, démocratiques, où chacun estime avoir le droit à la parole pour afficher ses opinions et ses doutes, sans même se donner la peine de prouver ses dires ni prendre en compte les idées qui s’opposent à ces scénarios. »

Ainsi, Nadia en est-elle convaincue : « Lady Diana n’est pas morte accidentellement. On nous a menti. Elle a été tuée parce qu’elle voulait épouser un musulman. La famille royale est derrière cette tragédie. » Or, cette bibliothécaire de 42 ans n’a rien d’une midinette à l’imagination débridée. Ou encore Basma, septuagénaire qui habite le Sud tunisien et n’a jamais été scolarisée, mais qui a un point commun avec Christian, décorateur quinqua très parisien. Tous deux pensent que l’homme n’a jamais marché sur la Lune. Pour Basma, un tel périple dans l’espace est tout bonnement impensable. Pour Christian, c’est un mensonge des Américains visant à faire croire aux Soviétiques qu’ils ont remporté la bataille de l’espace…

Quand le psychisme s’emballe

Diplômés d’université ou analphabètes, Chinois ou Français, nous sommes tous tentés, un jour ou l’autre, par la « complotite » : la croyance que les vérités qui dérangent nous sont dissimulées par les gouvernants, les financiers, les multinationales, les scientifiques, tous unis pour nous maintenir dans l’ignorance. Et, contrairement à nos ancêtres, qui pensaient que les puissants avaient tous les droits, nous estimons que la vérité nous est due. Ce matin, Lola, 39 ans, toujours prompte à débusquer les révélations extraordinaires, a appris à ses amis de Facebook que la mort en 1986 de Coluche, loin d’être accidentelle, avait été commanditée par la gauche française. Pour cette puéricultrice, il s’agit d’alerter ses proches, de leur ouvrir les yeux. Elle se rêve en sauveuse de l’humanité !

Sommes-nous tous égaux face à la complotite ? « Non, certaines personnes sont plus portées à mettre en cause les versions officielles, remarque Pierre André, psychothérapeute spécialiste de l’anxiété. Ce peut être un choix politique. Mais fréquemment, il s’agit de personnalités paranoïaques qui voient des tromperies et des mensonges partout. S’imaginant que rien n’arrive par hasard, elles détectent a priori la trace d’une volonté mauvaise derrière chaque événement. » Un secret de famille peut également induire des tendances constantes à cette complotite. La personne a obscurément conscience qu’un élément important de l’histoire familiale a été occulté, et transfère sa suspicion sur la scène mondiale. « C’est une façon de se protéger soi-même et de préserver le clan », assure Pierre André.

De la réalité à la fiction

Mais si ce penchant nous touche universellement, c’est parce que nous sommes tous menés par nos émotions. Quand un événement tragique, angoissant, étrange se produit, nous refusons d’abord d’y adhérer, puis nous nous disons : « Ça ne s’est pas passé comme la version officielle veut nous le faire croire. » D’où l’idée qu’Elvis Presley et Michael Jackson seraient encore vivants. Ou que Diana a été assassinée… Un accident de la route ? Impossible, trop banal, indigne d’une princesse, c’est donc forcément un meurtre.

Ensuite, notre psychisme, qui a besoin de sens, nous pousse à chercher « à qui profite le crime ». « Rien n’est plus angoissant et vertigineux qu’un mal qui arrive sans raison », explique le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, auteur avec Laurent Bazin, de Tous Paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots (Editions de l’Aube, 2012). Et c’est ainsi que, paradoxalement, notre souci de rationalité peut nous amener à adopter les théories les plus farfelues. Enfin, l’esprit humain est paresseux ; dès lors, les arguments apparemment logiques, simples et qui satisfont nos interrogations nous semblent aussitôt vrais : « Je comprends, c’est clair, donc c’est juste », résume Pierre André. À ces mécanismes s’ajoute la dimension non négligeable du plaisir : se glisser dans la peau d’un détective qui relie entre eux des éléments disparates et permet à la vérité d’émerger, quoi de plus excitant ? Ça l’est d’ailleurs tellement que, généralement, nous préférons notre vérité à des démonstrations argumentées. Ce « poison de l’esprit » qu’est la complotite est parfois aussi irrésistible que le chant des sirènes.

L’impossibilité de prendre du recul

Comment est-elle devenue un phénomène de masse, qui nous atteint tous ou presque ? Selon Pierre André, tout est parti d’un fameux 11 septembre qui a provoqué un traumatisme planétaire. « Une poignée de terroristes s’emparent d’avions de ligne et détruisent les symboles du pouvoir économique au cœur même de New York… L’inimaginable s’étant produit, tout devient possible ; c’est le message qui s’est inscrit dans nos esprits. Et puisque c’était impensable, l’imagination a pris le pouvoir. »

Pourquoi laissons-nous notre imaginaire vagabonder, alors que nous n’avons jamais été autant nourris d’informations concrètes ? Il semble justement que ce soit cette surabondance qui alimente notre complotite. Impossible de prendre du recul, de nous donner du temps pour réfléchir, penser, avec les chaînes d’actualité en continu et le Net qui nous branchent sur les événements presque en temps réel. L’info est immédiate, disponible pour tous dans le même temps sur toute la surface de la planète. Photos et vidéos trafiquées circulent sans que nous puissions vérifier leur authenticité. Vrai, faux, comment savoir, sur quels critères s’appuyer ? Finalement, tout se passe comme s’il n’y avait qu’à choisir la vérité, la version de l’info qui nous plaît le plus. Choisir si oui ou non les OGM sont mauvais pour la santé, décider si l’homme est ou non responsable du changement climatique. Du coup, la réalité ne se distingue plus de la fiction : elle devient un film d’horreur qui n’aurait pas de fin. Elle nous apparaît comme une superproduction orchestrée « par des lobbys qui ne seraient pas seulement des groupes de pression, mais des minorités agissantes, imaginées comme superpuissantes et dominatrices, cyniques et cupides », analyse Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, auteur de Court Traité de complotologie (Mille et Une Nuits, 2013).

Tous un peu paranos

Face à ces experts qui se contredisent, comment s’empêcher de penser qu’« on » nous tait l’essentiel et ne pas sombrer dans la parano ? Surtout après avoir appris que les services secrets américains ont écouté nos conversations les plus privées comme si nous étions tous de dangereux terroristes… « Tout est en place pour réveiller les tendances paranoïaques, confirme Danièle Sebbag, spécialiste des phobies enfantines. Et paranos, nous le sommes tous un peu, car notre premier regard sur le monde est teinté d’angoisse : quand le bébé commence à différencier êtres familiers et étrangers, son premier réflexe est la peur – l’angoisse du huitième mois repérée par tous les psys et les parents. Quant à l’idée qu’“on” nous cache quelque chose, qu’“on” ne nous dit pas tout, elle naît en nous derrière la porte close de la chambre parentale : “Que font-ils ? Pourquoi ne me laissent-ils pas entrer ?” se demande l’enfant, qui se met à fantasmer des secrets dont il serait volontairement écarté. » Selon Danièle Sebbag, c’est le souvenir inconscient de cette frustration, de cette impuissance à savoir ce que font les adultes dans l’intimité qui nous pousse à imaginer, plus tard, que les « grands » de ce monde nous mentent, nous dissimulent la vérité.

Prendre le temps de penser

Mais voilà que nos tendances paranos rencontrent la réalité. Des mensonges d’État, nous en découvrons tous les jours. Les armes de destruction massives à l’origine de la deuxième guerre du Golfe n’ont finalement jamais existé. Quant à la démocratie que l’Occident était supposé exporter dans ce pays, nous la cherchons en vain. Nous venons d’apprendre que la fameuse base militaire de Roswell n’abritait aucun cadavre extraterrestre, mais qu’elle dissimulait bel et bien des prototypes d’avions de chasse. « Le public avait bien raison de soupçonner l’armée de ne pas dire toute la vérité. L’US Air Force ne cessait d’affirmer que le dossier était vide tout en maintenant un programme d’étude secret », détaille le sociologue des sciences Pierre Lagrange, auteur d’Ovnis : ce qu’ils ne veulent pas que vous sachiez (Presses du Châtelet, 2007).

Pour résister à la désagréable sensation que l’essentiel nous est caché, Nathalie, cadre commerciale de 46 ans, achète la presse espagnole, « forcément moins impliquée dans nos affaires nationales. Et, contrairement à Internet ou à la télévision, la lecture des journaux oblige à prendre le temps de la réflexion ». Pierre-Henri Tavoillot va dans le même sens quand il nous invite « à faire le choix de la nuance et de l’effort de compréhension ». En un mot : à penser. Selon le philosophe, l’adepte de la complotite est quelqu’un qui se dit : « Puisque je ne peux pas accorder ma confiance en toutes circonstances, je vais me méfier de tout. » Sa plus grande peur est d’être trompé, de passer pour un naïf. Faut-il donc apprendre ou réapprendre la confiance ? Il s’agit surtout de saisir l’impossibilité d’une vie basée sur la méfiance, car « le méfiant ne vit plus », il est pétri d’angoisses. Reste cet entre-deux : la défiance, attitude mentale guidée par la prudence, qui nous permet de ne pas dire oui naïvement à toutes les explications proposées, sans pour autant succomber à la méfiance systématique : à nos tendances paranos ! Pourquoi ne pas essayer ?

Source : Psychologies.com


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