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Nouvel Ordre Mondial : Le complot démantelé

Nouvel Ordre Mondial : Le complot démantelé

par Alexandra Basset,

nwo La théorie du Nouvel Ordre Mondial (et des Illuminati) se répand depuis déjà plusieurs années sur le net, le 11 septembre ayant remis au goût du jour le fantasme du grand complot mondial. Si à première vue, la petite histoire racontée peut paraître sympathique avec ses Illuminati qu’il faut démasquer et son univers reptilien branché sciences fictions, la prolifération des sites Internet de désinformation diffusant la théorie, ainsi que les commentaires des internautes, laissent indiquer que le « mouvement pour la vérité » est à prendre au sérieux, en particulier si l’on regarde de près qui sont les théoriciens et quelle idéologie se cache derrière cette théorie.

Ces sites, bien que s’adressant à des cibles de sensibilité différente, présentent les mêmes caractéristiques : un style calomnieux visant à la diabolisation systématique de responsables (les juifs, le capital, l’Etat, les communistes, les francs-maçons, le Vatican et bien d’autres groupes identifiés au gré des besoins…), et de leurs « complices » ( l’élite, les intellectuels, les chercheurs, les journalistes et les associations/ONG…). Tous offrent une lecture exclusivement conspirationniste de l’histoire qui ne serait qu’une succession de complots imbriqués les uns dans les autres, opérés par un gouvernement caché. Le grand complot est donc la pierre angulaire de l’édifice, avec une exploitation à outrance du concept de « Vérité » et le recours à une terminologie commune, presque sectaire.

Autre leitmotive récurant : la description d’un monde exclusivement fait de manipulateurs et de corrompus, dans lequel tout est mauvais et mensonger. Les sites en cause ne font que relater des séries de catastrophes, d’attentats, de complots et de faits tels que les contaminations par virus, les maladies, la destruction de la planète, ou encore la pédophilie. Le but n’est pas tant d’inciter les personnes à se mobiliser dans la société civile pour imaginer des solutions alternatives ou exiger des réformes, mais plutôt de les désinvestir, les désunir et les inhiber en instaurant un décorum ultra angoissant, digne de l’univers orwelien.

On notera aussi, notamment à l’écoute de Dieudonné et de Soral, une nette propension paranoïaque à s’ériger en victimes d’un « système totalitaire » qui, pourtant, ne les a pas encore fait incarcérer, ni torturer, ni disparaître. Il s’agit bien sûr d’amenuiser la réalité des vraies dictatures passées et actuelles, en présentant les démocraties libérales (aussi imparfaites qu’elles soient) comme des dictatures et les régimes autoritaires de Poutine, iranien, nord-coréen ou syrien, pour de la résistance.

I/ Les théoriciens

Aux Etats-Unis, par exemple, des sites comme Infowars, ou Three world war, surfent sur la vague 11 septembre, CIA et sionisme, en faisant une exploitation systématique des conflits dans le monde qui ne seraient que le fruit de complots organisés par un super-gouvernement, avec la complicité de l’Establishment américain, des sionistes et du grand capital. Les thématiques sont actuelles, branchées et greenwashées (nombreuses références à la nature, l’environnement et la santé). S’agissant des personnalités notoires se faisant les porte-paroles de la théorie, on retrouve Alex Jones et Glenn Lee Beck (polémistes Fox News proches de la John Birch Society), des essayistes comme Edward Griffin, mais aussi des paléo-conservateurs ou libertariens représentés au sein du mouvement Tea Party comme Ron et Rand Paul, Pat Buchanan, ainsi que des membres de la John Birch Society (William F. Jasper, notamment). Les liens entre le mouvement Tea Party et la John Birch Society sont d’ailleurs connus.

Il convient de préciser que la John Birch Society (JBS), dont les idées sont souvent rapprochées de celles du Ku Klux Klan, fait depuis très longtemps partie du paysage de l’extrême-droite américaine, celle-ci étant notamment à l’origine de la chasse aux sorcières contre les communistes, durant la guerre froide. Rappelons également que cette organisation qui se définit comme anti-communiste, est à l’origine de la vaste campagne menée dans les années 60 en défaveur du Civil Right Act (loi fondamentale protégeant le droit des minorités et les libertés civiles), au prétexte que la loi de l’Etat fédéral était une conspiration communiste, voire judéo-maçonnique, via l’ONU. C’est également au sein de cette organisation, que le complot du nouvel ordre mondial a été colporté, dès la fin des années 50, mais également celui de l’industrie pharmaceutique qui œuvrerait, en plus de toutes les dérives qui l’on peut légitimement soulever, pour le Nouvel Ordre Mondial. Sur ce dernier point, on peut rappeler le scandale de la Laétrile (vitamine B17), une substance toxique présentée comme un médicament pour le cancer par des membres de la JBS et interdite par le gouvernement américain. C’est à partir de ces faits, dans les années 60, que les ragots sur le grand complot de l’industrie pharmaceutique ont commencé à être colportés, l’interdiction liée à la Laétrile profitant à l’industrie pharmaceutique, selon la JBS.

Aujourd’hui, les paléo-conservateurs et libertariens du Tea Party et de la JBS axent leur théorie sur le 11 septembre. Ils militent pour la réouverture de l’enquête et contestent la version officielle en s’appuyant sur les failles contenues dans les différents rapports de l’administration. Ils rejettent également les lois sécuritaires qui ont succédé aux attentats du 11 septembre, lesquelles seraient, selon certains, l’enjeu-même du complot, outre l’invasion programmée du Moyen-Orient…

Au regard du désastre lié à la gestion des attentats par l’administration Bush et des interventions militaires en Afghanistan, puis en Irak, ayant donné lieu à de nombreuses atteintes et dérives sécuritaires sur le plan des libertés civiles, ils passeraient presque pour des héros. Presque ! Le réel motif qui conduit les birchers et membres du Tea Party à dénoncer les lois sécuritaires en évoquant le nouvel ordre mondial, n’est pas la défense des libertés. Ces lois émanent d’un gouvernement fédéral qu’ils haïssent depuis des générations, depuis l’indépendance des Etats-Unis marquée par les débats opposant Jefferson et Hamilton sur le fédéralisme, depuis la création de la banque fédérale américaine et de l’impôt. Un gouvernement qui, dans la conception hamiltonienne, protège la population des tyrans et les empêche d’être souverains dans leurs fiefs. C’est la raison pour laquelle les ultras conservateurs que l’on retrouve au sein du Tea Party et de la JBS ont toujours critiqué le collectivisme, l’étatisme et le supranationalisme en militant pour un non-interventionnisme politique et une déréglementation économique. Ils prônent d’ailleurs un néo-darwinisme social total. Le but des birchers, paléo-conservateurs et libertariens est de porter atteinte à l’idée-même d’un Etat fédéral et d’une structure supranationale comme l’ONU par tous les moyens, c’est-à-dire par le biais du jeu démocratique, au sein de partis politiques, mais également via la désinformation, la diabolisation de leurs « ennemis » et la théorie du grand complot, relayées sur leurs sites de propagande.

En France, la situation n’est guère plus reluisante. La théorie est colportée sur les sites du Collectif de la contre-révolution et de Démocratie royale, dont la ligne éditoriale est clairement orientée droite radicale catholique et contre-révolutionnaire. Il s’agit de l’extrême-droite traditionnelle française, celle des ultras de la Restauration, qui est à l’origine de la diffusion de la thèse Illuminati, dès le XVIIIème siècle (Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, Augustin Barruel). D’autres organisations comme Egalités et réconciliation, Riposte Laïque, le site du Parti Anti Sioniste (PAS), Le citoyen engagé, Le réseau Voltaire, etc., dénoncent, à l’instar de la version américaine, le grand complot du Nouvel Ordre Mondial à travers le 11 septembre, le sionisme et les conflits dans le monde.

Derrière ces sites, on retrouve notamment Chantal Dupille allias Eva et ses blogs (proche UPR), Kemis Seba et Dieudonné (proches du FN, législatives 2012 sur la liste « antisioniste »), Alain Soral (proche du FN, créateur d’Egalité et Réconciliation, législatives 2012 sur la liste « antisioniste »), Salim Laïbi (se définissant comme « le libre-penseur », législatives de 2012 sous le nom LLP), Thierry Meyssan (proche des anciens du GUD, des milieux chiites radicaux, ami de Soral et de Dieudonné), Pierre Hillard (royaliste et révisionniste). Leurs pamphlets sont ensuite relayés sur les blogs sites d’Alter Info, Atlantico, Agora vox, Le grand soir, Kontre Kulture, etc., via des groupes de presse appartenant, notamment, à Frédéric Chatillon (UPR). Ce dernier détient également InfoSyrie, site français de propagande du régime syrien.

II/ L’idéologie

La clé de voute de toute idéologie fasciste que l’on retrouve dans la théorie du grand complot (notamment à travers son aspect naturaliste et anti-modernité) est le conservatisme et la perpétration des valeurs traditionalistes. C’est pour cela que bon nombre de courants et régimes fascistes se sont appuyés (et s’appuient encore) sur le dogme clérical, lequel favorise le bon ordre et la soumission auprès d’une autorité apparaissant comme légitime. La famille au sens patriarcal également. Les valeurs traditionalistes sont transmises par la femme qui joue un rôle « spécial » dans la reproduction du schéma autoritaire. Le thème de la femme est donc très présent dans toute idéologie fasciste. Les dernières manifestations de haine concernant le mariage pour tous en sont l’une des représentations, les manifestants dénonçant une atteinte à la famille « naturelle » et « légitime » reposant sur le concept de la femme mariée, hétéro, dévouée à sa famille et à sa communauté. Le mariage pour tous a d’ailleurs fait l’objet de virulentes critiques sur tous les sites prônant la théorie du Nouvel Ordre Mondial. Dieudonné a même parlé de complot sioniste… Leur conservatisme conduit également les idéologues à viser le Vatican comme faisant partie du grand complot mondial. L’explication est très simple, certains chrétiens n’ont jamais accepté Vatican II qui est, pour eux, une tentative de destruction de l’Eglise, une atteinte aux valeurs chrétiennes et à la loi naturelle. Les ultra-catholiques s’attaquent ainsi aux branches les plus « modérés » de l’Eglise romaine, dont l’Opus Dei qui a le défaut de respecter, d’une certaine manière, le jeu démocratique en exerçant son lobbying auprès de l’élite politique. Le grand complot du Vatican pour le Nouvel Ordre Mondial est également mis en avant sur nombreux sites arabes teintés d’extrémisme religieux.

Le complot est également la pierre angulaire du fascisme : celui de l’Etat et du capital contre des citoyens abandonnés par une élite corrompue qui ne les protège pas parce qu’elle se fiche de l’intérêt général. On peut édulcorer la chansonnette en impliquant, en plus, des minorités ethniques, religieuses et sexuelles ou des acteurs de la société civile. Tous les régimes fascistes, qu’il s’agisse des fascismes européens, du nazisme, du stalinisme, des dictatures en Asie, en Amérique latine, en Afrique mais aussi au Moyen-Orient, se sont servis du complot pour assoir leur pouvoir et, ensuite, priver les peuples de leurs libertés fondamentales (liberté d’aller et venir, liberté d’expression, liberté d’association, pluralisme politique…). Tous, sans aucune exception. Même des régimes qui ne sont pas des dictatures ont également eu recours au complot pour imposer des lois liberticides : G.W. Bush avait, par exemple, multiplié les amalgames pour dénoncer une conspiration des musulmans contre les démocraties libérales, ce qui lui a permis d’obtenir nombreuses prérogatives auprès du Congrès. On se souviendra d’ailleurs de sa vision « axe du bien vs/ axe du mal », lecture manichéenne du monde propre à la pensée fasciste, qui, en s’appuyant sur le complot, permet de cultiver la paranoïa et, ainsi, de préparer les gens à une forme d’autoritarisme, une vérité unique dictée par un « sauveur ».

Autre aspect commun à toute idéologie fasciste, lié au complot : La manipulation des masses, notamment par l’entretien de leur paranoïa. Qu’il s’agisse d’une secte religieuse, d’un courant politique ou d’un régime d’Etat, le fascisme reprend toujours le même processus nihiliste: cultiver l’angoisse des gens et les culpabiliser dans le but de les inhiber et de permettre ainsi au discours autoritaire d’exercer une emprise sur leur pensée : si tu ne penses pas « juste », si tu t’affranchis de ma « vérité » en allant à l’encontre de l’ordre « naturel », celui voulu par l’autorité « légitime », ce sera la fin. On retrouve le même mécanisme dans la généalogie de la morale de Nietzche mais aussi dans la conception freudienne de la névrose : un surmoi trop autoritaire qui annihile les pulsions de vie à coup d’angoisse et de culpabilité, un surmoi tyrannique qui inhibe et fait refouler. Il y a donc une dimension psychologique, voir anthropologique, dans la pensée fasciste : un désir de conservation (conservatisme ?), un désir de contrôle à travers des règles rigoureuses pour palier une angoisse ancestrale. Ce phénomène est également présent dans la théorie du Nouvel Ordre Mondial, les sites qui la diffusent ne font d’ailleurs qu’énumérer des séries de catastrophes à coups de titres racoleurs et de vocabulaire alarmiste. Nombreux sites surfent également sur l’apocalypse/fin du monde/destruction de la planète et de l’homme (angoisse de la punition et du néant). En outre, les plus grands manipulateurs ont pour habitude de mêler le vrai dans le faux pour convaincre leurs victimes. En parcourant les sites anti-Nouvel Ordre Mondial, on se rend compte que les idéologues de la théorie maîtrisent parfaitement cette technique : les complots des démocraties libérales pendant la guerre froide, les dérives des gouvernements en matière sécuritaire, les stratégies militaires secrètes, toujours présentés comme un « scoop » sur les sites en cause (on a parfois envie de rire), servent à attester et rendre véridique l’histoire du grand complot relatée en toile de fond. L’idée qu’il s’agit d’une manipulation prend tout son sens lorsque l’on constate que les lecteurs sont noyés dans un raz-de-marée d’informations techniques et que, si des « responsables » sont identifiés, au jour le jour, au gré des humeurs, l’ennemi (le gouvernement invisible) ne l’est jamais… et pour cause ! Il s’agit de perdre sa proie dans un dédale intellectuel et, ainsi, de prendre l’ascendant en ayant toujours raison.

Pour finir, les partisans de la théorie du grand complot ont tendance à croire qu’ils sont les seuls à se préoccuper des complots et que dans le fond, c’est ce qui dérange leurs opposants. Pourtant, quotidiennement, des scandales, des secrets sont dévoilés grâce, notamment, à des journalistes, universitaires, associations/ONG qui exercent leur activité tant bien que mal, en s’appuyant sur une méthode sérieuse et intellectuellement rigoureuse. Bien que ces travaux et recherches soient exploités par les théoriciens du grand complot pour les besoins de leur idéologie, les journalistes, universitaires et ONG sont sans cesse apparentés à des menteurs corrompus sur les sites « alter » de la droite radicale, comme si le corps universitaire, journalistique ou associatif formait un tout homogène et indivisible. Outre cette fâcheuse tendance à envisager les entités et groupes humain de façon globale, en mettant toute le monde dans le même panier sans aucune nuance, sans tenir compte du fait que toute structure est composée de forces antagonistes, on retrouve un autre point central de l’idéologie fasciste : le dénigrement permanent des intellectuels et des militants. Ceux-ci contribuent, en effet, au bon fonctionnement du jeu démocratique (tout aussi imparfait mais perfectible qu’il soit) et garantissent un certain pluralisme des idées. Or, les idéologues du grand complot s’accordent tous sur le rejet du pluralisme et de la recherche du savoir-vivre ensemble. L’aversion historique des fascistes pour la franc-maçonnerie ne surprend donc pas, étant donnée sa fonction de laboratoire d’idées et sa contribution dans l’édification des principes démocratiques et des grandes lois républicaines (liberté de la presse, laïcité, droit de vote des femmes, droit à l’avortement, abolition de la peine de mort…). Les francs-maçons, mais aussi les intellectuels, chercheurs et ONG ont en commun de tenter, à tort ou à raison, parfois en commettant des erreurs, mais toujours sur la base de la science, des connaissances et du débat d’idées, d’apporter des améliorations dans une société plurielle.

Ces différents aspects que l’on retrouve dans la théorie du Nouvel Ordre Mondial, et qui sont propres à l’idéologie fasciste, permettent de faire le lien entre un besoin d’autoritarisme, un conservatisme rigide et, son corollaire, un rejet du pluralisme. Ces mécanismes anciens, inscrits dans la pensée, ont permis à des régimes autoritaires de prospérer avec la collaboration de leurs citoyens… Les sites anti-Nouvel Ordre Mondial, dont on sait qui les alimente, méritent ainsi d’être observés et démantelés par le combat d’idées.

Mediapart, le 15 Novembre 2013


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