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Snowden, Assange, Wikileaks, Anonymous : pourquoi la vision du grand public est erronée

Snowden, Assange, Wikileaks, Anonymous : pourquoi la vision du grand public est erronée

Par Thomas Guénolé

LE PLUS. Tandis que Julian Assange est toujours réfugié à l’ambassade de l’Équateur à Londres, le soldat Bradley Manning a été condamné à 35 ans de prison pour avoir révélé des documents secrets au site Wikileaks. Ces lanceurs d’alerte aident-ils la société à évoluer, ont-ils un message politique construit ? Explications de Thomas Guénolé, politologue à Sciences Po.

anon

Parmi les utopies d’aujourd’hui, il en est une qui est mal connue et mal comprise du grand public. Elle n’a d’ailleurs même pas de nom officiel, standardisé. Pourtant, elle existe bel et bien. Je l’appelle « e-anarchisme », puisqu’elle recycle sur internet, pour une bonne part, des concepts des penseurs anarchistes du XIXe siècle.

Ni des pirates, ni une armée underground

L’e-anarchisme a ses organisations militantes. Les deux plus célèbres sont, à ce jour, Wikileaks et Anonymous. L’e-anarchisme a ses figures de proue, « martyrs » de sa cause. Les deux plus célèbres sont, à ce jour, Julian Assange et Edward Snowden. L’e-anarchisme a ses intellectuels de référence, qui, en fait, sont anarchistes sans prédilection spécifique pour les enjeux de la « toile aux dimensions du monde » (world wide web, d’où « www »). Les deux plus célèbres sont, à ce jour, Noam Chomsky et Hakim Bey.

Au sens de l' »Utopia » de Thomas More, une utopie peut être définie comme un monde imaginaire dont ses partisans considèrent l’avènement souhaitable, et qui constitue une rupture radicale par rapport au monde réel actuel. À cet égard, les droits de l’Homme, la démocratie directe ou parlementaire, le communisme, ont constitué autant d’utopies avant que leur mise en application ne soit tentée dans la réalité. L’e-anarchisme est donc bien une utopie d’aujourd’hui.

Les e-anarchistes ne sont ni des pirates du Web, ni une armée underground, ni un parti politique. Ils sont cependant capables de s’organiser puisque, contrairement à une idée répandue dans le grand public, l’anarchisme n’est pas le chaos : c’est l’ordre sans l’autorité, au moyen du contrat et de la fédération librement révocables par chaque individu.

Anonymat et partage sans censure

Au premier rang des combats de l’e-anarchisme se trouve le droit à l’anonymat sur Internet. Cela concerne aussi bien les sources du média whistleblower Wikileaks, que les participants d’Anonymous qui se baptisent tous du nom « Anon ». De fait, à Facebook qui suppose l’identification de tous et de chacun sur Internet, Wikileaks et Anon préfèreront toujours 4chan, vaste forum underground où rigoureusement tout peut être partagé et discuté sans censure.

À ce stade, une précision doit immédiatement être faite : autant Wikileaks est un média au message politique anarchiste qui s’est doté d’un leader charismatique, autant Anonymous est une structure d’anarchisme appliqué. Par définition, à l’exception de l’anonymat sur Internet, il est donc à la fois faux et absurde d’attribuer à tous les Anonymous telle ou telle action ou position.

Prenons quelques exemples. Des Anonymous ont paralysé en 2010 le système de paiement en ligne Paypal, parce que ce dernier avait bloqué les virements de ses clients destinés à soutenir financièrement Wikileaks. Des Anonymous ont aidé à identifier et arrêter un pédophile en 2007. Plus récemment, des Anonymous ont diffusé des millions de courriels internes d’entreprises.

Ne comprenant pas le fonctionnement d’Anonymous, les médias imputent ces actions à Anonymous dans sa totalité. C’est une erreur complète de raisonnement, car :
– oui, Anonymous inclut quelques spécialistes du piratage informatique de haut niveau qui accomplissent des actions militantes e-anarchistes ;
– non, Anonymous n’est pas ce « repère de pirates informatiques incontrôlables » que décrivent les médias.

Anonymous compte par ailleurs nombre d’individus créatifs qui fournissent à l’ensemble d’Internet une production graphique monumentale. Les moins provocantes et les plus consensuelles finissent sur 9gag après être nées sur 4chan puis filtrées par reddit, la « page d’accueil de l’internet » : les médias ne qualifient pas pour autant Anonymous de « repaire de graphistes ». L’écrasante majorité des Anonymous n’ont aucune activité militante politique et apprécient simplement de jouir de l’anonymat sur internet.

Un espace anarchique

Cela posé, Wikileaks et l’essentiel des Anonymous qui sont activistes – à ne pas confondre avec tous les Anonymous – ont une liste de combats politiques communs et récurrents, qui concernent systématiquement les libertés individuelles. Leur vision d’Internet est un espace anarchique – donc organisé mais sans autorité ni hiérarchie –, qui s’oppose frontalement à la vision des tenants de la propriété et de la hiérarchie dont Facebook, entre autres, est l’exemple type.

Les e-anarchistes s’opposent à la restriction de diffusion sur Internet de telle ou telle idée : ils militent pour la neutralité politique des réseaux informatiques. Les e-anarchistes s’opposent à la libre vente des données individuelles par les entreprises qui les agrègent : ils militent pour l’inviolabilité de ces données. Les e-anarchistes s’opposent à l’identification individuelle sur Internet : ils militent pour l’anonymat systématique.

Une pensée construite

Les e-anarchistes s’opposent au droit de propriété intellectuelle ou artistique : ils militent pour la création collective sans propriétaire dont Wikipedia est un bon exemple. Les e-anarchistes s’opposent au cloisonnement de l’information : ils militent pour la liberté d’expression et d’information quoi qu’il en coûte, d’où des médias comme Wikileaks.

Les e-anarchistes s’opposent aux programmes informatiques soumis au droit de la propriété, tels que ceux d’Apple : ils militent pour des programmes libres de droits, comme ceux de Linux. Les e-anarchistes s’opposent à toute restriction faite à la circulation des biens culturels, que ce soit d’individu à individu ou par l’intermédiaire de plateformes de stockage : nombre d’entre eux fabriquent d’ailleurs des « débrideurs », petits programmes informatiques conçus pour aider l’utilisateur à contourner les barrières apposées aux vidéos.

Ainsi, contrairement à la vision erronée du grand public par manque d’informations sur ces sujets, les e-anarchistes de Wikileaks, d’Anonymous et d’ailleurs ne sont ni des e-pirates nihilistes et fous furieux, ni des hippies qui diffusent des secrets diplomatiques par anti-américanisme borné. Leur pensée est construite, et elle fait l’objet d’un conflit politique très dur à l’échelle de toute la planète. De fait, ce combat a déjà deux réfugiés politiques célèbres : Julian Assange et Edward Snowden.

Source : Nouvel Obs (suivre la source pour plus de liens et d’articles intéressants à lire)

Publié le 6 septembre, 2013 dans Big Brother, Cyber Guerre, Internet, PRISM, Société & Culture, Wikileaks.

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