Articles intéressants à lire

Cour Supreme Israel  Denver International Airport  Symboles Occultes Bank of America  Georgia Guidestones  Saturne Occulte  Pyramide Blagnac  Le Rockefeller Center  Parlement UE  Symboles dans les logos  Sionisme Rothschild  Le billet d'un dollar  Cherchez l'erreur  Cathedrale Saint Jean le Divin  Le Projet Rivkin  La Fasces  La Nouvelle Aube Nouveau Jour en Image  Feu dans les Esprits des Hommes  Les 1000 points de lumiere  La Pierre de Bethel  La Main Cachee  Systeme Solaire  Aleister Crowley  Ordre des Illumines de Baviere  Qui est Baphomet  Illuminati New World Order  Introduction NWO

Publicité

Cette anarchie à l’origine de l’Islam

Cette anarchie à l’origine de l’Islam

Source : Marianne, par Pascal Buresi*

1. VIe-Xe siècle L’AVÈNEMENT DE MAHOMET. Régression économique, émiettement des Etats, insécurité… La péninsule est en proie au désordre. Issu d’une tribu mecquoise, un marchand va structurer et unifier la région sous la bannière d’une nouvelle religion.

mecques

La grande digue de Ma’rib était plus profitable qu’une oasis. Cette magnifique structure, située près de l’ancienne capitale du royaume de Saba, était vieille de plusieurs siècles. Elle irriguait des jardins et des vergers qui avaient fait les délices et la réputation des royaumes alentour.

Mais, entre 570 et 575, affaiblie par plusieurs brèches, elle s’écroule définitivement. Aucun pouvoir n’a été assez riche ou puissant pour l’entretenir ou la réparer. Sa destruction, évoquée dans le Coran (xxxiv/15-16), symbolise et accélère la ruine de toute la région.

Les Etats stables qui contrôlaient la majeure partie de l’Arabie s’effondrent alors l’un après l’autre, ouvrant une crise politique et spirituelle sans précédent. Ni les royaumes chrétiens proches de Byzance (Abyssinie), ni ceux qui avaient adopté le judaïsme (Himyar) ne sont épargnés. Dépeuplement, appauvrissement, famines… la crise est d’autant plus profonde qu’elle survient après plusieurs siècles de prospérité. Les causes de cette ruine ne sont pas connues avec certitude : sécheresse, épidémies, guerres, éruption volcanique ?

En tout cas, l’effondrement brutal de l’économie au vie siècle est indubitable. La tradition arabo-musulmane appelle cette époque les «temps de l’ignorance» (la jâhiliyya) qui précèdent l’avènement du prophète Mahomet. Mais cet âge ne remonte pas à la nuit des temps et il n’a guère duré que quelques décennies.
Devant la disparition des Etats et des puissances régulatrices, le pays connaît une formidable régression. Les tribus arabes pillent les caravanes dont elles sont censées assurer la sécurité. Une quinzaine de princes tribaux se partagent le désert en s’alliant aux Perses. Le commerce s’effondre. L’anarchie s’installe, qui va permettre aux forces indigènes les plus inventives de créer une nouvelle société et un nouveau système de croyance.

Des trêves favorables au commerce

C’est la dynamique tribu de Quraysh, installée à La Mecque, qui propose les meilleures solutions. Elle suggère l’établissement de trêves pendant quatre mois chaque année pour permettre le commerce et les pèlerinages. En même temps, elle crée une alliance cultuelle avec de nombreuses tribus d’Arabie autour du sanctuaire polythéiste de la Kaaba.

La crise économique et sociale, la désertion de nombreuses villes, les cataclysmes naturels et le déplacement de populations favorisent la croyance en une vie future. Les malheurs qui frappent la péninsule sont perçus comme des châtiments divins. L’aspiration à une plus grande spiritualité produit une véritable effervescence religieuse.

Certes, les religions juive, chrétienne, manichéenne et zoroastrienne, qui dominent alors, offrent des réponses aux angoisses du temps, mais elles sont associées aux puissances étrangères (Byzance, Perse, Abyssinie) et suscitent une forme de rejet.

Les prédicateurs sont nombreux qui annoncent la fin des temps. La tradition musulmane conserve le souvenir de ces devins et prophètes, dont certains défendent la croyance en un dieu unique, souvent appelé al-Rahman, nom donné alors à Dieu par les juifs et les chrétiens.

L’un des membres de Quraysh, Mahomet, s’impose, non sans mal, sur les autres «faux» prophètes, en instituant une croyance qui doit beaucoup aux monothéismes antérieurs, emprunte aussi au manichéisme et au zoroastrisme, mais surtout respecte les manifestations ancestrales de la religiosité (poésie, rites des tribus du désert).

En outre, Mahomet est issu d’une famille de marchands. Il comprend la nécessité d’établir la sécurité des échanges et l’unité politique et spirituelle pour assurer la prospérité de La Mecque d’abord, puis des régions alentour. Sa prédication contribue donc à restaurer la confiance au sein d’une communauté en brisant les différences et les dissidences et à garantir la paix sur les marchés et sur les voies de circulation.

En quelques décennies, l’apparition de l’islam provoque l’unification linguistique, politique et religieuse des tribus arabes. Elle résout la crise et permet la naissance d’une autorité là où il n’y en avait plus, et un renouveau économique qui profite à tous.

Les préceptes coraniques ne se présentent pas seulement comme des règles religieuses mais aussi comme des modes de régulation de la vie en société et des relations interreligieuses et interethniques. Si bien que d’autres cultes s’accommodent de cette restauration de l’ordre.

De fait, le christianisme connaît son apogée au viie siècle sur la côte et les îles du golfe Arabo-Persique, comme en témoignent les magnifiques églises et monastères qui y sont alors construits.

La sortie du désert

Dans le même temps, unis sous la houlette des premiers califes, successeurs charismatiques et autoritaires du prophète de l’islam, les tribus arabes sortent du désert en quête des richesses dont la région est dépourvue. Les savants musulmans élaborent alors un droit qui définit les normes de la guerre légale, le jihad, au nom duquel toutes les conquêtes vont être réalisées, et détournent ainsi les anciens conflits tribaux.

Ils établissent aussi les règles de partage du butin, dont un cinquième revient au Trésor public, et un système fiscal qui garantit la prospérité des Arabes et de leur berceau au nom de la nouvelle religion. La diffusion d’une langue, de normes sociales et d’institutions communes favorise la mise en place d’une des premières économies-mondes. Autant que les mosquées, ce sont les grands marchés urbains qui revitalisent les villes et donnent aux visiteurs l’impression d’un nouvel âge d’or.

L’Empire islamique de l’Inde à l’Atlantique a ainsi balayé les puissances moribondes qui cloisonnaient l’espace et entravaient les échanges et il a dynamisé le bassin méditerranéen en crise depuis plus d’un siècle. Héritier des Empires romain, byzantin et sassanide, dont il se nourrit, l’islam élabore progressivement ses propres arts et sa propre civilisation matérielle. Comme toute construction impériale des temps prémodernes, celle-ci entrera à son tour en crise après plusieurs siècles de rayonnement.

* Pascal Buresi est directeur de recherche au CNRS (UMR5648-Ciham).

A lire aussi : «les Débuts du monde musulman (VIIe – Xe siècle). De Muhammad aux dynasties autonomes», PUF, «Nouvelle Clio», 2012.


Publicité

Laissez un commentaire

*