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Les Illuminés de Bavière, par René le Forestier – 2ème Partie

Les Illuminés de Bavière, par René le Forestier – 2ème Partie

Voilà d’autres notes intéressantes du livre de René Le Forestier sur les Illuminés de Bavière et la Franc-Maçonnerie Allemande. Le but n’est pas de condamner ni de faire l’apologie de l’ordre, mais de premièrement voir les méthodes de recrutement des candidats, pour quelles raisons ils sont rentrés dans l’ordre, quels sont les véritables buts de l’ordre à côté de toute la propagande de Barruel et Robison, et finalement voir comment l’Ordre a avancé en Europe. 

[p.71] Les minervaux Illuminés continuaient à fréquenter les Assemblées Minervales, mais ils se réunissaient en outre une fois par mois en petit comité. Le Président de ces réunions, appelées Assemblées Particulières, portait comme insigne un médaillon suspendu à un ruban ponceau. Ce médaillon, moins et moins épais que celui des Minervaux, était orné d’une couronne, d’une lune à son premier quartier et des sept pléiades au milieu de nuages. La lune, les étoiles et la couronne étaient émaillées, les nuages étaient mats. (…)

Un autre symbolisme des illuminés de Bavière qui n’était pas connu dans le domaine.

[p.75-76]Mais si la Société s’efforce de favoriser le développement des conaissances humaines, si elle attache un grand prix à la culture intellectuelle, le culte qu’elle voue à la science n’a pas sa fin en soi. Elle la considère non comme un but mais comme un moyen pour obtenir deux résultats distincts, mais qui pour Weishaupt se supposent réciproquement, c’est à savoir la perfection morale de l’homme et le bonheur de l’humanité. Le néophyte est prévenu dés son entrée au Noviciat que dans la société savante dont il va faire partie « l’exemple et l’enseignement doivent donner une direction à l’esprit et amender le cœur ». Après avoir reproduit cette déclaration de principes et rappelé que le but général de l’Ordre est de faire le bonheur de l’humanité et en particulier d’inspirer aux hommes des sentiments nobles et élevés, le préambule des Statuts Minervaux ajoute : « Mais comme ce but ne peut être atteint qu’en développant l’intelligence de l’homme et en étendant ses connaissances, c’est là l’occupation particulière des membres de l’Ordre dans cette classe. »

Le bonheur de l’humanité étant le but suprême, l’Ordre fait un choix entre les différentes sciences suivant qu’elles lui paraissent utiles ou nuisibles aux fins qu’il poursuit. « Je cherche, dit Weishaupt à Zwack, à cultiver les sciences qui ont de l’influence sur notre bonheur en général . . . et à écarter de notre route les sciences contraires. » Les sciences contraires ce sont celles qui détournent l’esprit de l’homme des problèmes de la vie pratique en l’égarant dans les régions nuageuses de la métaphysique ou en l’enlisant dans l’étude stérile des codes, des coutumes barbares et contradictoires, aussi le Minerval est-il averti que l’Ordre ne s’occupe pas de théologie et de jurisprudence dans le sens ordinaire du mot. Par contre les sciences utiles sont celles qui ont une portée immédiate et peuvent avoir de l’influence sur les conditions d’existence de la race humaine ou qui s’occupent des rapports existant entre les hommes vivant en société. Les sciences les plus recommandées sont donc la chimie et le commerce, et l’Ordre donnera une attention particulière aux finances, à la police et à l’économie politique. (…)

« Je suis persuadé, doit déclarer le récipiendaire au cours de l’initiation au grade Minerval, que l’indépendance absolue ne peut être que nuisible à l’homme, qu’il est nécessaire que ses désirs reçoivent une direction, que sans le secours des autres je ne suis et ne puis rien . . . je reconnais mon impuissance et ma faiblesse naturelles et j’avoue n’être au fond rien de plus qu’une homme, malgré le rang, les dignités et le titre auxquels je puis prétendre dans la société civile. J’avoue que je dois tous les avantages dont je jouis et quel qu’en soit le nombre, au concours de mes semblables, et que, de même que je les ai acquis grâce à eux, il dépend aussi d’eux que je les perde, que par suite leur affection et leur estime me sont indispensables. Je promets de chercher à les mériter autant qu’il me sera possible et de ne jamais abuser aux dépens du bien général du pouvoir et du crédit dont je dispose actuellement ou pourrai disposer à l’avenir. »

« J’atteste solennellement, dit à son tour la Profession de foi, que pendant ce temps d’épreuve (le Noviciat), les expériences et les réflexions que j’ai faites m’ont amplement convaincu que, sorti pauvre et impuissant, sans titres et sans dignités des maisons de la nature et du sein de ma mère, tout ce que je possède, fortune et rang, ne sont que des biens accordés par le hasard, que tout ce dont j’ai hérité de mes ancêtres est à moi sans que j’aie rien fait pour le mériter, que ne je n’ai pas le droit d’en concevoir de l’orgueil, rien sans l’aide de mes semblables et de ceux qui sont nés avant moi je n’aurais jamais pu vivre jusqu’à ce jour, ni parvenir à l’état où je me trouve actuellement. Je déclare avoir la plus grande reconnaissance envers ceux dont j’ai reçu un pareil bienfait et je promets de la leur témoigner par les services que je leur rendrai dans la mesure de mes forces, chaque fois que l’occasion s’en présentera. J’atteste de plus m’être rendu compte que l’affection et l’aide de mes semblables me sont nécessaires, que sans eux je ne puis rien et qu’en conséquence je les aime et suis prêt à leur rendre service. » (…)

[p.80-81-82-83] Comme preuve des progrès qu’il fait dans cette purification morale l’Illuminé doit remettre à son Supérieur, à la fin de chaque mois, un pli cacheté dans lequel il indique : 1/ ce qu’il regarde comme des préjugés ; 2/ les personnes chez lesquelles il les a constatés ; 3/ quels préjugés il a découverts chez lui-même ; 4/ quels sont chez lui les préjugés dominants et quel en est le nombre ; 5/ quels préjugés il a déjà affaiblis ou extirpés.

Nous avons vu plus haut, d’après les déclarations imposées à l’Initié, de quels préjugés l’Ordre désirait guérir ses membres, mais il se gardait avec soin de les désigner expressément aux Novices et c’est là un trait caractéristique de la méthode employée par lui. Il croyait en effet que les principes dont il attendait le salut moral et le bonheur de l’humanité se trouvent à l’état latent dans l’esprit de tout homme qui a le « cœur bon ». Il n’entendait donc pas les lui enseigner ex cathedra, les énoncer comme des axiomes, les imposer comme des articles de foi. Il considérait que la morale ne s’apprend pas par une sorte de révélation. Il lui semblait que procéder de cette façon ce serait vouloir planter dans un terrain non préparé une plante étrangère qui bientôt dépérirait ou mènerait une vie languissante sans jamais porter de fruits. Ce qu’il veut au contraire c’est que les vrais principes germent et jaillissent du sol où ils sont enfouis. Il est inutile, pensait-il, de semer le bon grain, il suffit de le faire lever, de forcer les disciples à réfléchir et à découvrir en eux-mêmes les vérités nécessaires, car elles sont si évidentes que personne ne peut les méconnaître, si comme le veut Weishaupt, l’Ordre « fait triompher la raison ». « Nous voulons leur faire tirer leurs idées d’eux-mêmes sans qu’ils s’en aperçoivent », écrivait-il à Zwack. (…)

Cet accouchement de l’esprit que la Société dirige et facilite en matrone experte, est hâté par un adjuvant qui vient au secours de la froide raison et de son lent travail de déduction. La flamme de l’enthousiasme qui transporte l’homme hors de lui-même et le contraint à oublier son étroite personnalité et ses calculs égoïstes et en lui faisant éprouver combien il est agréable de chérir ses semblables et d’être aimé d’eux, contribuera à dissiper les ténèbres qui lui cachent la vraie route. La chaleur du sentiment fondra l’écorce de glace qui enserre son cœur, elle le rendra perméable aux penchants altruistes et il sentira quels liens puissants et doux le rattachent au reste de l’humanité. Grâce à cette ivresse généreuse l’adepte apercevra par intuition tout ce que le raisonnement doit de son côté lui faire découvrir et par ces deux voies différentes et qui pourtant aboutissent au même point, il parviendra plus sûrement au but. C’est pourquoi l’Ordre recommande tout particulièrement à ses membres, les livres « bons qui élèvent l’âme et émeuvent le cœur », parmi lesquels il range, entre autres, les ouvrages de Sénèque et d’Epictète, les œuvres morales de Plutarque, le Traité du Mérite de Abt, les Mélanges philosophiques de Meiners ». « Ce qu’il faut surtout mettre entre les mains de nos gens, dit Weishaupt à Zwack, ce sont des livres qui échauffent le cœur par la force de l’expression agissent fortement sur la volonté. » (…)

Weishaupt est resté convaincu jusqu’à son dernier jour que sa méthode d’enseignement de la morale était le chef-d’œuvre de l’esprit humain. En réalité la valeur éducatrice de l’Ordre était nulle parce que la plupart des théories dont son fondateur était le plus fier, non seulement sont fausses ou inapplicables, mais encore vont directement à l’encontre du but poursuivi.

Tout d’abord l’Insinué qui se décide à entrer dans la Société est dupe d’un mirage : l’Insinuant a exploité avec intention l’attrait qu’exerce le mystère sur les imaginations ardentes. Pour s’emparer plus sûrement de l’esprit du futur candidat il a eu soin de ne pas heurter de front ses préjugés et ses désirs les plus déraisonnables, il a paru d’abord entrer dans ses vues. Avec l’autorisation de l’Ordre, bien plus, sur son invitation expresse, il lui a conté les fables les plus extravagantes sur la toute-puissance de l’Ordre et sur les secrets dont il est dépositaire. L’excuse de cette manœuvre c’est que l’Insinué est trompé dans son intérêt et que, lorsque l’enseignement moral de la Société aura fait son œuvre, il apercevra le néant des faux biens autrefois convoités par lui, aussi Weishaupt prétend-il que l’Illuminé pardonnera la ruse innocente dont il fut autrefois victime quand il pourra apprécier le service qu’on lui a rendu en le poussant par ce moyen à entrer dans l’école de la sagesse et de la vertu. Il est permis de penser au contraire que le jour où l’Illuminé voyait clairement à quel point on avait abusé de sa crédulité, il devait se sentir trop profondément blessé dans son amour-propre, pour ne pas en garder quelque rancune contre ceux qui l’avaient si complètement dupé. Il était fondé à dire que le contrat initial passé tacitement entre le néophyte et l’Ordre reposait sur un malentendu voulu par l’Ordre et exploité par lui et cet artifice si avantageux au point de vue du recrutement, présentait de sérieux inconvénients quand on se trouvait en présence d’un homme à l’esprit droit et au cœur fier.

D’ailleurs l’Ordre avait si bien conscience de cette difficulté qu’il se gardait soigneusement d’ouvrir lui-même les yeux aux Minervaux, fussent-ils Illuminés, sur ce mensonge pieux et leur laissait les soins de le découvrir eux-mêmes. Il déclarait, il est vrai, au Candidat lors de son entrée dans le Noviciat, que « celui que l’espoir de devenir très puissant ou très riche décidait surtout à faire partie de l’Ordre, n’y serait pas le très bienvenu », mais bien loin d’affirmer que ces espérances étaient chimériques il faisait miroiter aux yeux des néophytes des avantages que ceux-ci pouvaient se figurer d’autant plus considérables qu’il en était parlé en termes plus mystérieux. « Si les candidats, disait-il, trouvent plus tard plus qu’on ne leur a promis, tant mieux pour eux ; ils verront alors que, contrairement aux habitudes des autres sociétés, on tient chez nous plus que ce à quoi on s’était engagé. » (…) Nulle part nous ne trouvons, dans les diverses Instructions, l’indication que l’Ordre se soit préoccupé de renseigner ses adeptes sur ce qu’il était en réalité et de rectifier les idées très fausses que la nouvelle recrue avait dû se faire de l’extension et de la puissance de la société. C’est que Weishaupt pris à son propre piège craignait les effets désastreux d’une révélation prématurée et comme sa conscience était très large quand ses intérêts étaient en jeu, elle ne le pressait nullement de détruire des illusions si avantageuses pour sa Société. Maint passage de la Correspondance prouve qu’il avait une propension regrettable à confondre l’utile et l’honnête. « Marius, écrit-il par exemple à Zwack à propos de documents d’archives et de manuscrits appartenant à la bibliothèque de la Cour et possédés à titre de dépôt par Hertel, ne doit pas se faire un cas de conscience de nous remettre ces papiers, car seul ce qui cause un dommage est un péché, et quand le profit est plus grand que le dommage cela devient même un acte vertueux. Chez nous ils rendront certainement plus de services que s’ils restent enfermés cent ans à leur place primitive. » Un tel paradoxe moral n’est pas une simple boutade, il accuse un état d’esprit dangereux chez celui qui prétendait mettre une pieuse supercherie au service de la vertu.

Sur un point en tout cas, c’est-à-dire la prétendue ancienneté de l’Ordre, il entendait entretenir le plus longtemps possible l’erreur des adeptes. « Le plus grand de nos mystères, écrivait-il à Zwack, doit être la création récente de l’Ordre ; moins nous aurons de gens qui la connaissent et mieux cela vaudra. Jusqu’ici vous êtes, vous et Merz, les seuls au courant et je n’ai pas envie de le dire de longtemps à personne d’autre. Il n’est pas un seul de nos gens à Eichstaedt qui le sache et ils donneraient leur tête à couper que notre Ordre est aussi vieux que Mathusalem. »

Petite interlude, vous pouvez le constater que Weishaupt du temps où l’ordre était composé de jeunes gens et essayait de se démarquer de la Franc-Maçonnerie, l’objectif était de cultiver l’imagination des Novices afin de les garder dans l’ordre. En gros on pourrait dire que la devise de Weishaupt est « la Fin justifie les Moyens ». Malgré le fait que les « Illuminés » et particulièrement Weishaupt recherchaient à faire des humains parfaits, ce but n’était que d’apparence. Bien que tout cela inspire il faut se rappeler que les Illuminés n’étaient pas des super humains mais des hommes comme les autres, et des jeunes avant tout ! C’était de jeunes gens sans expérience qui pensaient appartenir à une société ancestrale dont le but était d’amener l’humanité vers l’âge de la raison ou l’âge d’or. Imaginez ce que devait ressentir tous ces jeunes gens quand on leur disait que la Société dont il s’apprête à devenir membre était très vieille et imaginez la déception une fois qu’ils apprenaient qu’un jeune de 28 ans anti Jésuite avait décidé de fonder l’ordre avec des gens encore plus jeunes que lui, ses élèves, dans une petite pièce de l’université d’Ingolstadt en 1776. C’est 2 réalités différentes, et Weishaupt comptait entretenir les illusions des Novices en ce qui concerne l’ordre afin de ne pas les perdre !

[p.84-85-86] Zwack ayant exprimé l’opinion qu’il serait peut-être nécessaire d’être moins discret vis-à-vis des plus impatients, Weishaupt lui répondait sans détours : « Je ne suis pas d’avis de donner dès le commencement, comme vous le proposez, à tous ces gens-là une connaissance complète de l’Ordre », devaient soulever le voile recouvrant cette décevante Isis et comme les membres de ce « Conseil Suprême » seraient fort peu nombreux, il n’en restait pas moins que la grande majorité des adeptes demeurerait éternellement dans l’erreur et que la Société qui prétendait éclairer l’esprit humain entretenait pour des fins égoïstes un de ses penchants les plus déraisonnables en donnant un aliment au dérèglement de l’imagination.

En second lieu un des moyens sur lesquels l’Ordre comptait le plus pour hâter l’amélioration morale de ses membres, donnait dans la pratique des résultats très fâcheux. Il prétendait être une association « où la dissimulation est sans effet, où l’hypocrite le plus raffiné est dépouillé du masque dont il cherche à se couvrir », parce que la surveillance incessante exercée par les adeptes sur les actes, les pensées et les intentions de leurs frères, devaient nécessairement, d’après lui, rendre inutile et par suite faire disparaitre l’hypocrisie qui règne dans les relations mondaines. En application de cette théorie le Novice ne connaissait pas d’autre frère « afin qu’il ne pût pas dissimuler » et il était prévenu que les membres de la classe supérieure avaient l’œil sur lui et rendaient compte de sa conduite à leurs chefs. Ainsi le Novice était amené à soupçonner dans tous ceux qui l’entouraient ou avec lesquels il entrait en relations un de ces surveillants occultes. Quand il avait enrôlé à son tour un nouvel adepte, il savait qu’il s’était donné un autre espion qui ferait sur son compte des rapports secrets, comme il avait dû en faire sur son enrôleur et il apprenait en même temps par les notes qu’on lui demandait sur son élève, que depuis son entrée dans la Société des notes semblables avaient été données à son insu sur lui-même. Il savait que le dossier de chaque membre de l’Ordre se composait principalement de notes prises sur les candidats par l’enrôleur qui les avait en vue, que ces notes devaient former la base de toutes celles qui seraient prises plus tard, qu’elles fourniraient les éléments de tous les rapports demandés par les Supérieurs, qu’on en tirerait les matériaux nécessaires à la confection du portrait de l’adepte et qu’ainsi tous les jugements portés sur lui seraient influencés par l’impression, peut être fausse, qu’il avait faite sur le premier informateur. Que dire de l’atmosphère de suspicion et de défiance où il se trouvait plongé, quand, devenu Minerval, il prenait part aux Assemblées ? Quelle sincérité et quelle confiance pouvaient exister dans les rapports entre frères au sein d’une réunion où chaque membre ignorait si son interlocuteur n’était pas un membre d’un grade supérieur qui ne se faisait pas connaître de lui « pour mieux l’observer » ou même un égal « qui pouvait le dénoncer ».

Délation et espionnage réciproques, tel était le cours normal des relations entre membres de l’Ordre. Avec une extraordinaire inconscience, Weishaupt ne s’effrayait pas plus du mot que de la chose. Loin de s’apercevoir que de telles mœurs devaient rendre l’air irrespirable dans sa Société et persuadé de l’influence salutaire d’un pareil régime, il écrivait à Zwack : « Dans le deuxième grade je fais de chacun l’espion de tous les autres « et appliquant imperturbablement à ses collaborateurs les plus directs son extravagant système, il mandait à Zwack et à Hertel : « Caton (Zwack), Marius (Hertel), et Scipion (Berger) doivent comme les autres Illuminés envoyer à Spartacus, sous pli cacheté, leurs Gravamina et indiquer les défauts qu’ils remarquent chez leurs deux collaborateurs. » Avec la même ingénuité l’Idée Générale recommandait aux adeptes « d’apprendre l’art de dissimuler, d’observer et d’espionner les autres ». Buté sur cette idée fixe, Weishaupt s’est jamais aperçu que ce système de délation rendait impossibles la confiance et l’affection fraternelles qu’il voulait voir régner entre les membres de son Ordre et leur enseignait une dissimulation avilissante.

Voyons plutôt quels sont les buts véritables de l’Ordre à côté de tout ce flicage et toutes ces manips,

[p. 87-88-89] D’ailleurs l’Ordre avait d’autres préoccupations inavouées qui l’empêchaient de concentrer sur son œuvre moralisatrice toute l’attention nécessaire. Il ne faut pas oublier que Weishaupt en fondant sa Société n’avait pas songé seulement à faire le bonheur de l’humanité, mais qu’il avait cherché aussi à trouver des alliés dans la lutte qu’il soutenait à Ingolstadt contre le parti des ex-Jésuites. A côté du but officiellement proclamé, l’Ordre avait donc un autre but, auquel on pensait d’autant plus qu’on en parlait moins. Weishaupt le reconnaissait sans détours quand il causait avec ses confidents : « Je prends Dieu à témoin, écrivait-il à Ewack, que je ne cherche rien autre chose que de réaliser mon plan, c’est-à-dire de trouver pour moi un asile en cas de danger et de former pour le monde des hommes vertueux. » Il disait dans son message au Congrès des Aréopagites tenu à Munich : « Quand je commençai à penser à l’œuvre, qui vous rassemble en ce moment, mon intention était de venir en aide à plus d’un homme honnête et malheureux, exposé à la persécution et à la malveillance et de nous garantir des malheurs à venir. » Le 30 janvier 1779, inquiet des intrigues qu’il soupçonnait les Jésuites de nouer pour remplacer à Ingolstadt par des hommes à leur dévotion les professeurs qui leur étaient hostiles et sur le bruit qu’ils voulaient le faire envoyer lui-même à Heidelberg, il priait les Aréopagites de Munich de venir à son aide en découvrant quelque ministre hostile aux Jésuites et que l’on pourrait peu à peu disposer à écouter sans prévention le récit des épouvantables persécutions dont ils se rendaient coupables. L’Ordre était donc destiné tacitement à devenir une ligue défensive et offensive de libres penseurs. Il devait avoir plus tard une doctrine officielle, une « religion » qui lui fut propre et cette doctrine ne devait pas manquer d’être assez hardie car Weishaupt écrivait à son lieutenant : « Par les préjugés dont les membres de la deuxième classe se disent affranchis, je pourrais voir quels sont ceux qui sont disposés à accepter certaines doctrines politiques peu communes et à un degré plus élevé, certaines doctrines religieuses. »

Il croyait, il est vrai, dangereux de faire connaître aux adeptes les doctrines irréligieuses des matérialistes français, tant que l’éducation morale qui formait la base de son système n’aurait pas porté ses fruits. « Nous devons, écrivait-t-il à Zwack, nous montrer prudents avec les débutants en ce qui touche les livres traitant de politique et de religion. Je les ai, dans mon plan, réservés pour les hauts grades ; pour le moment il ne faut faire connaître que les moralistes et les historiens philosophes. La morale doit être le principal objet de notre enseignement. Robinet, Mirabaud, le Système Social, Politique Naturelle, Philosophie de la Nature (sic) et les livres de ce genre sont pour plus tard ; il faut actuellement les cacher avec son et particulièrement Helvétius : de l’Homme. Si quelque membre le possède déjà, qu’on ne l’en loue ni ne l’en blâme. Ne parlez pas non plus aux Initiés de pareilles matières, car on ne sait pas comment elles seraient comprises, nos gens n’étant pas encore suffisamment préparés, et ils ne pourront l’être qu’après avoir passé par les classes inférieures. »

Comme les Mystères ou hauts grades ne furent pas même esquissés pendant la période dont nous nous occupons en ce moment, l’enseignement dogmatique donné par la Société laissait en effet de côté les questions politiques et religieuses. Pourtant certains passages de documents officiels trahissent les tendances secrètes de l’Ordre. Dans la liste des livres recommandés par les Statuts Réformés on voit par exemple cité le livre de l’Esprit d’Helvétius et l’écho des visées anticléricales de Weishaupt se trouve dans les différents Statuts sous une forme il est vrai très enveloppée mais suffisamment claire pour qui savait lire entre les lignes. Le Novice aurait été bien borné qui n’aurait pas compris à demi-mot quand l’Ordre lui promettait « de venir au secours de la vertu persécutée, de le protéger contre l’injustice, de s’opposer à la réalisation des mauvaises intentions » ou quand il lui faisait jurer « de combattre de tout son pouvoir les ennemis de la race humaine et de la société civile ».

Que l’Ordre sût d’avance qu’il s’adressait à des gens avertis, c’est ce qui ressort et de la Correspondance et de témoignages non suspects. Ce qui avait contribué à concilier à Zwack les bonnes grâces de Weishaupt, c’était certainement une note de Massenhausen, disant que la nouvelle recrue était au point de vue religieux beaucoup plus avancée que bien des gens, qu’elle était en ce qui concerne la religion et la foi très au-dessus des opinions du vulgaire et répondait tout à fait à ce que cherchait le chef de l’Ordre. Aussi Weishaupt lui avait fait recommander immédiatement la lecture du Système Social interdite aux Novices ordinaires. Les propos que Zwack avait coutume de tenir sur la religion étaient si hardis que Weishaupt devait lui conseiller de ménager les opinions religieuses du chanoine Hertel « dont l’estomac n’était pas encore préparé à digérer des mets aussi lourds ». Mais si Weishaupt craignait d’effaroucher le timide Hertel, l’admiration enthousiaste que provoqua chez les membres de l’Ordre le Pensum de Zwack prouve qu’ils jouissaient d’un estomac plus robuste. L’auteur de cette dissertation après avoir vigoureusement dit leur fait au fanatisme et à l’intolérance, qu’il confondait avec toute conviction religieuse, ne cachait pas la prédilection qu’il avait pour l’athéisme. « Les tristes effets de la superstition, dont l’histoire ne fournit que trop d’exemples, me font penser, disait-il, qu’il serait moins mauvais pour une société de compter au nombre de ses membres des gens qui ne croient absolument pas à l’existence de Dieu que d’y souffrir ceux qui croient à un Dieu courroucé, avide de vengeance et animé de passions humaines. L’athée trouve son plaisir et son unique félicité dans la vie en société, il fait tous ses efforts pour y être heureux et utile à ses semblables et quand même l’amour de soi et le désir de s’élever dans l’ordre social seraient le principal ressort de tous ses actes, la communauté en tirerait toujours quelque avantage, tandis que la superstition nous enseigne à mépriser le monde et à le représenter aux autres comme méprisable, à voir une séduction dangereuse dans tout ce qu’il offre d’attrayant à ceux qui le servent, dans tout ce qui nous donne envie de vivre et nous conseille enfin de violer nos devoirs naturels pour obéir aux ordres qu’elle attribue faussement à la divinité. »

[p.92-93-94] Le but secret que l’Ordre s’était assigné influait sur les moyens employés pour atteindre celui dont il se réclamait officiellement. Ce n’est pas à dire que le rôle de professeur de morale qu’il prétendait jouer fut un pur prétexte servant à masquer ses véritables intentions. Weishaupt et ses collaborateurs voulaient très sincèrement rendre les hommes meilleurs, mais ils croyaient de très bonne foi que les adversaires de tout progrès intellectuel et moral étaient les prêtres et les moines et si, par prudence, l’Ordre se gardait de le dire ouvertement, ses règlements trahissent cette préoccupation secrète. S’il impose à ses adeptes avec tant d’insistance un silence rigoureux, c’est que voulant lutter contre les ministres de la religion d’Etat et les soldats les plus vigilants du catholicisme, les Jésuites, il lui faut avant tout dissimuler son existence. S’il informe avec tant de soin des relations du Candidat, c’est pour éviter de s’adresser à un de ces « homines rubri » contre lesquels Weishaupt met les recruteurs en garde. S’il prescrit à ses membres de s’espionner mutuellement sans relâche, c’est pour prévenir la trahison. Enfin le maïeutique qu’il emploie avec prédilection lui permet de connaître les gens auxquels il peut se fier et de battre en retraite à temps quand les réponses du Novice ou du Minerval ne lui paraissent pas satisfaisantes à ce point de vue spécial.

Bien plus : par le fait même qu’il se considérait comme une alliance offensive et défensive de libres penseurs, l’Ordre fut amené à violer les principes sur lesquels il s’appuyait comme association d’enseignement moral. En cette qualité il prétendait n’attendre la puissance que du nombre toujours plus considérable de citoyens vertueux qu’il formerait à loisir et qui devait s’accroître de génération en génération, et d’autre part, il lui fallait s’adresser à ceux qui étaient les plus accessibles à son enseignement, c’est-à-dire aux gens dont l’expérience du monde n’a pas encore faussé l’esprit et dont le cœur s’enflamme aux mots d’égalité et de fraternité, aux pauvres, aux faibles, aux opprimés qui sentent tout l’utilité de la solidarité. Enfin voulant enseigner à ses membres la pratique de l’égalité, il était logique et nécessaire qu’il les traitât tous de la même façon, sans permettre que la richesse, la naissance ou le rang conférât chez lui quelque avantage. Mais, ligue anticléricale, la Société devait être forte, et le plus tôt possible pour l’attaque comme pour la défense. Elle était par suite obligée de chercher des appuis dans le monde, de recruter des alliés puissants pour ses campagnes futures, des protecteurs pour la sûreté actuelle de ses adhérents, des banquiers pour fournir les fonds nécessaires à sa propagande. Il lui fallait donc s’adresser aux grands, aux gens en place, aux riches, et, pour les retenir, leur accorder tous les privilèges qu’ils croyaient dus à leur argent, à leur influence, à leur situation sociale. C’étaient là deux ordres de nécessité contradictoires et l’Ordre fut entraîné à sacrifier à ses intérêts les plus immédiats les principes hautement proclamés par lui.

S’il est vrai qu’il recommandait à ses recruteurs de rechercher surtout les Candidats de 18 à 30 ans et que Weishaupt préférait même ceux de 15 à 20 ans parce que leurs progrès plus lents étaient aussi plus sûrs et surtout parce qu’il les espérait plus dociles, s’il est indéniable qu’en fait la grande majorité des recrues fut d’abord d’un âge assez tendre, il faut remarquer que la profession du fondateur de l’Ordre et l’âge de ses collaborateurs les plus actifs, comme Massenhausen et Zwack, les forçaient à s’adresser aux étudiants. En revanche on ne les voit nulle part désireux d’attirer dans leur Société les pauvres et les humbles. (…) « Dites sans crainte et sans hésitation à tous vos gens, prescrit l’Ordre aux Minervaux Illuminés, que l’Ordre ne prie personne d’entrer dans ses rangs ou d’y rester ; il lui est indifférent que ses membres soient nombreux ou non, riches ou pauvres, fils de prince ou journaliers. Ce sont les grands et les riches qu’il recherche le moins, car il est rare qu’on arrive à faire quelque chose d’eux, et ils peuvent s’estimer heureux quand on consent à les admettre. Les avantages que leur confère leur argent ou leur situation, les empêchent d’ordinaire de comprendre combien l’homme a besoin de ses semblables et c’est pourquoi ils sont rarement bons. Pourtant nous ne leur fermons pas absolument notre porte quand ils sont dociles et quand ils ne cherchent pas à se prévaloir de leur situation dans le monde. Ils doivent apprendre en quoi consiste la vraie noblesse et souffrir qu’un homme qu’ils estiment fort au-dessous d’eux dans le monde profane, se trouve chez nous leur commander. Celui qui trouve ces conditions trop dures n’a qu’à nous quitter, il peut même devenir notre ennemi, nous ne le craignons pas ».

[p.96] Quand une association veut jouer un rôle politique il ne lui suffit pas d’avoir une caisse bien garnie et des protecteurs influents ; pour se défendre contre les attaques du parti adverse ou nouer des intrigues contre lui, il est nécessaire qu’elle soit au courant des secrets qui intéressent la vie privée de tous les personnages haut placés. Aussi l’Ordre qui, en théorie, travaille à l’écart du monde à améliorer le cœur et l’esprit de ses membres et transporte le sage dans une thébaïde où il peut méditer loin des vaines agitations des hommes, ce même Ordre incite ses adeptes à lui communiquer tout ce que la chronique scandaleuse raconte sur les gens qu’ils peuvent approcher. « Tout membre qui a pour nous quelque attachement disent les Statuts des Illuminés, doit nous révéler sans hésitation toutes les relations secrètes qu’il arrive à découvrir. L’Ordre promet solennellement de ne pas en faire mauvais usage. »

Bibliographie:
LE FORESTIER René, Les Illuminés de Bavière et la Franc-Maçonnerie Allemande, 1974


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