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Pendant 10 ans, Ben Laden a rempli le vide laissé par l’URSS. Qui sera le prochain « grand méchant » ?

Pendant 10 ans, Ben Laden a rempli le vide laissé par l’URSS. Qui sera le prochain « grand méchant » ?

© Reopen911, The Guardian

par Adam Curtis, pour The Guardian, le 4 mai 2011

Traduction GV pour ReOpenNews

La chose horrible chez Oussama ben Laden est qu’il a aidé à la mort de milliers d’innocents dans le monde entier. Mais étrangement, il fut pour l’Occident une sorte de bénédiction. Il a simplifié le monde. Quand le communisme s’écroula en 1989, la grande trame de l’histoire martelée dans le cerveau des Occidentaux – celle d’une guerre globale contre des forces diaboliques et lointaines – s’est brutalement interrompue. Depuis lors, comprendre le monde est devenu beaucoup plus compliqué, et au milieu de la crise financière mondiale de 1998 et du spectacle hystérique de l’affaire Monica Lewinski, Ben Laden est apparu comme le cerveau des attentats à la bombe contre les ambassades US en Afrique de l’Est.

Le Président Clinton a immédiatement sauté sur l’aubaine. Il a tiré des missiles de croisière, qui ont manqué leur cible, et tous ont accusé Clinton d’utiliser Ben Laden pour détourner l’attention [de son affaire sexuelle]. Mais si vous regardez de plus près certaines séquences tournées par des reporters de télévision à Washington ce jour-là, vous pouvez voir autre chose aussi : une ancienne histoire qui émergerait à nouveau, comme une vieille épave remontant à la surface.

Ben Laden et son mentor Ayman al-Zawahiri parlaient « d’ennemi proche » et « d’ennemi lointain ». Des politiciens néoconservateurs qui avaient goûté au vrai pouvoir à l’époque de Ronald Reagan et de la guerre froide, se sont emparés des quelques faits connus sur Ben Laden et al-Zawahiri, et les ont insérés dans le modèle qu’ils connaissaient si bien : un ennemi diabolique [contrôlant] des cellules dormantes et possédant des « tentacules » tout autour du globe, et dont le seul objectif était la destruction de la civilisation occidentale. Al-Qaïda devint la nouvelle Union Soviétique, et dans ce processus, Ben Laden devint une figure démoniaque, effrayante, terriblement puissante, tapie dans une grotte tout en contrôlant et en dirigeant le réseau al-Qaïda partout dans le monde. Par ce procédé, un terroriste certes dangereux, mais « gérable » se transforma en une menace terroriste démesurément exagérée.

Les journalistes, parmi lesquels beaucoup regrettaient la simplicité des jours anciens, ont accroché à cette histoire : depuis le début en effet, la façon dont les médias ont traité la menace du terrorisme islamique fut déformée pour s’adapter à la version dominante simplificatrice. Et Ben Laden a accroché lui aussi. Comme le rapportent les journalistes qui l’ont vraiment rencontré, il était très fort en matière de propagande. Tous les trois – les néoconservateurs, les « journalistes de la terreur » et Ben Laden lui-même – ont travaillé efficacement et de concert pour créer l’histoire dramatiquement simple d’une menace apocalyptique. Ce n’était en aucun cas une « conspiration ». Chacun d’eux avait versé à sa façon dans une utopie simpliste qui l’arrangeait bien.

La force de cette légende simpliste a modifié l’Histoire. Elle permit aux néocons – et à leurs alliés libéraux favorables à l’interventionnisme – de commencer à tenter de refaire le monde et de répandre la démocratie. Elle a permis aux islamistes révolutionnaires, qui durant les années 90 avaient failli lamentablement à mobiliser les peuples arabes et à faire valoir leur vision, de regagner en autorité. Et cela a permis de vendre beaucoup de journaux.

Mais parce que nous, et nos dirigeants nous sommes réfugiés dans un fantasme manichéen, nous comprenions de moins en moins la complexité du monde réel. Ce qui signifie que nous ignorions complètement ce qui se passait vraiment dans le monde arabe.

Tandis que les journalistes et les drones Predator traquaient les différentes « branches d’al-Qaïda » partout dans le monde, et alors que les USA soutenaient les dictateurs qui promettaient de combattre le « réseau terroriste », une génération tout entière a émergé au Moyen-Orient avec pour volonté de se débarrasser de ces dictateurs. Les révolutions que cela a déclenché furent un choc total pour l’Occident. Nous ne savons rien sur qui sont véritablement ces révolutionnaires, et quelles sont les idéologies qui les guident, si toutefois ils en ont. Mais il est de plus en plus évident qu’ils n’ont rien à voir avec al-Qaïda. Pourtant, l’ironie veut qu’ils réussissent à atteindre l’un des grands buts de Ben Laden ; se débarrasser des « ennemis proches », les dictateurs comme Hosni Moubarak.

L’une des fonctions principales des hommes politiques – et des journalistes – est de simplifier le monde pour nous. Mais cela nous amène aujourd’hui à un point où les éléments du puzzle – malgré toutes leurs tentatives – les fragments de réalité, d’événements, ne parviennent plus à s’inscrire dans le cadre global.

La mort de Ben Laden pourrait bien représenter le point d’achoppement de cette histoire des bons contre les méchants. C’est une fable née aux Usa et en Grande-Bretagne à la fin de la 2e guerre mondiale, « la bonne guerre » (The Good War). Cela s’est imprimé dans l’imaginaire occidental pendant la guerre froide, avant de s’affaiblir puis d’être repris en main ces 10 dernières années par l’étrange alliance entre politiciens américains et européens, journalistes, « experts du terrorisme », et révolutionnaires islamistes, tous visant à mieux asseoir leur autorité en ces temps de désillusion.

Barack Obama semble vouloir en finir avec cette histoire. Les Européens continuent cependant de s’y accrocher, au travers de leur « interventionnisme libéral » en Libye, bien que cela se fasse dans la nervosité et à contrecœur.

Mais c’est en Afghanistan que le mirage se brise.

Nous commençons à réaliser que les simplifications ont mené à des fantasmes totalement déconnectés de la réalité à propos de ceux que nous combattions vraiment. Des fantasmes qui ne persistent que pour justifier notre présence là-bas. Car le problème fondamental avec cette histoire simpliste du Bien contre le Mal est qu’elle ne tolère pas de cadre critique qui permettrait de juger non seulement ceux que vous combattez, mais aussi vos alliés.

L’Amérique et la Coalition ont envahi l’Afghanistan dans le seul but de détruire les camps [d’entrainement] terroristes et d’installer dans ce pays une démocratie menée par des « gens bien » (good people). Mais dans la décennie qui suivit, ils furent dupés, tournés en bourrique, et trompés par le fouillis inextricable des intérêts partisans. Et leur incapacité à comprendre et à gérer cela a amené à un état de corruption généralisée dans lequel il est impossible de savoir qui peuvent bien être les « gens biens » désormais.

Pendant ce temps, le Président Hamid Karzai a immédiatement saisi l’occasion pour dire que la mort de Ben Laden prouve bien que la vraie menace terroriste se trouve au Pakistan, et que la guerre contre le terrorisme dans son pays est une utopie. Mais nous savons aussi qu’une grande partie de ce que dit Karzai relève de l’utopie qu’il utilise lui-même pour justifier le pouvoir grandissant de la petite élite qui l’entoure. Ainsi, l’Afghanistan est en train de devenir un vaste jeu de miroirs – sauf sur le fait admis par tous désormais, que Ben Laden ne s’y trouvait pas.

Avec la mort de Ben Laden, l’enchantement s’est peut-être brisé. C’est comme si nous étions à la fin d’une époque, d’une façon de voir le monde qui n’a plus aucun sens désormais. Mais la vraie question est : d’où va naître la prochaine histoire ? Et qui sera le prochain « grand méchant » ? La vérité est que les histoires sont toujours construites par ceux qui détiennent le pouvoir. Peut-être bien que la prochaine histoire ne viendra pas des Etats-Unis ? Ou peut-être que l’idée que l’Amérique est sur le déclin est en réalité la nouvelle utopie simpliste de notre époque…

Adam Curtis

The Guardian, le 4 mai 2011

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