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Les Tunisiens font sauter un gros verrou politique

Les Tunisiens font sauter un gros verrou politique

© Le Monde

Halte au feu ! Donnons, un instant, la parole à la défense. Dans les événements de Tunisie, la diplomatie française est clouée au double pilori de l’incompétence et de la connivence. Paris a soutenu jusqu’au bout le régime de Zine El-Abidine Ben Ali – la quintessence de la corruption, de la bêtise politique et de la brutalité policière.

Mais les Etats-Unis et la plupart des Européens défendent aussi, ici et là, au Maroc, en Algérie, en Egypte, en Jordanie, en Syrie même, des gouvernants arabes qui ont beaucoup en commun : sans toujours être allés aussi loin que Ben Ali dans la suppression de tout espace d’expression politique, ils malmènent, eux aussi, à des degrés divers, droits de l’homme et libertés publiques et sont loin d’être des parangons de vertu financière.

Pourquoi ce soutien – politico-diplomatique, souvent économique, parfois militaire – qui fait accuser les Occidentaux de double langage quand ils prônent à la tribune de l’ONU l’universalité des valeurs de la Déclaration des droits de l’homme ? Il y aurait une « exception arabe » : on peut appuyer à Tunis ce qu’on condamne à Abidjan, défendre au Caire ce qu’on stigmatise ici ou là en Asie…

Américains et Européens font valoir que la Tunisie de Ben Ali a quelques mérites économiques. Elle a éradiqué la grande pauvreté. Elle a aidé à faire émerger une classe moyenne nombreuse et éduquée. Elle a favorisé un développement économique (relatif) que nombre de ses voisins, mieux pourvus en ressources naturelles, lui envient. Le Maroc, la Jordanie, l’Egypte ont quelques titres à faire valoir, et même la Syrie, qui protège les chrétiens.

Mais le coeur de la plaidoirie occidentale en faveur des pouvoirs en place dans le monde arabe est ailleurs. Américains et Européens – comme d’ailleurs les Russes et les Chinois – appuient ces régimes pour une raison principale : l’islamisme.

L’Egyptien Hosni Moubarak, le Jordanien Abdallah, le Syrien Bachar Al-Assad, le Marocain Mohamed VI, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika passent pour des remparts contre l’islamisme. C’était aussi le cas de Ben Ali. Dans tous ces pays, la situation est appréciée par les Occidentaux à l’aune de ce qu’elle y serait en cas de victoire islamiste – pas très glamour sans doute, surtout pour les femmes.

Seulement, c’est un jeu diplomatique compliqué, dangereux, politiquement et moralement. Comme l’était le soutien américain à des dictatures sanguinaires qui, pendant la guerre froide, n’avaient qu’un mérite aux yeux de Washington : être dans le bon camp.

Petit retour en arrière. A la fin des années 1980, quand disparaît l’URSS justement, les Etats-Unis sont saisis d’un moment de prosélytisme démocratique. Il faut défendre partout le principe d’élections libres. Problème : dans la foulée de la révolution iranienne (1979), un islam politique radical relève la tête et paraît menacer la « stabilité » du monde arabe.

Quand, en décembre 1991, les islamistes du Front islamique du salut (FIS) arrivent en tête du premier tour du scrutin législatif en Algérie, le gouvernement interrompt brutalement l’exercice électoral. L’armée prend le pouvoir. Washington hésite un moment : faut-il, comme l’a immédiatement fait Paris, soutenir le coup d’Etat ? Le département d’Etat a des doutes, mais Washington finit par suivre Paris : appui aux militaires algériens. Quid du beau principe cher à la démocratie jeffersonienne, « un homme, une voix » ? A géométrie variable ?

Un grand et brillant diplomate américain, le secrétaire d’Etat adjoint Edward Djeredjian, nous dit à l’époque : « Avec les islamistes, ce n’est pas « un homme, une voix », c’est « un homme, une voix, une fois » », parce que, arrivés au pouvoir, ils n’en partent plus.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, retour du discours américain sur l’impérieuse nécessité de promouvoir la démocratie, notamment dans le monde arabo-islamique. Les néoconservateurs imposent leur argument : l’islamisme est le produit de l’immobilisme politique dans le monde arabe ; la démocratie est le remède à l’islam radical ; il faut en prendre le risque, l’imposer par la force si nécessaire. On connaît la suite : tragédie irakienne, victoire des islamistes du Hamas aux élections palestiniennes de 2006, notamment.

Très vite, dès le deuxième mandat de George W. Bush puis plus encore avec Barack Obama, l’Amérique cesse de donner des leçons de démocratie. Elle en revient à une approche diplomatique plus « réaliste » de ses relations avec le monde arabe. Elle soutient ses amis traditionnels – de Rabat au Caire, en passant par Tunis. Mais avec des nuances, qui, au moment de la chute de Ben Ali, vont singulièrement distinguer la diplomatie américaine de celle de la France. Au contraire de Paris, Washington ni ne succombe au déni de réalité ni ne tombe dans la complaisance à l’égard du régime tunisien. Quand un président français, Nicolas Sarkozy, s’aventure à dire que « l’espace des libertés progresse en Tunisie », l’ambassade américaine à Tunis décrit un pays bloqué, dans l’impasse politique, dirigé par un clan Ben Ali aux méthodes de mafia, plus occupé à piller qu’à gouverner.

Même tonalité à l’égard de l’Egypte, autre grand allié des Etats-Unis, quand Washington dénonce avec virulence le trucage éhonté des dernières élections législatives par le parti de Moubarak. Même musique encore quand la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dit, le 13 janvier au Qatar, que les peuples arabes sont « lassés des institutions corrompues et des politiques stagnantes »…

Cela veut dire que, si les Etats-Unis ne nient pas la menace islamiste, ils admettent aujourd’hui moins facilement qu’elle soit invoquée pour justifier l’écrasement des libertés par des régimes corrompus qui n’ont d’autre objet que de s’enrichir au pouvoir. Et qui prennent soin d’éradiquer toute opposition démocratique pour pouvoir perpétuer un bon vieux chantage en forme de verrou politique : « C’est nous ou les islamistes ! » Les Tunisiens ont fait sauter ce verrou.


Publié le 27 janvier, 2011 dans Etats-Unis, France, Le Monde, Palestine.

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