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La mondialisation froide

La mondialisation froide

© Les Echos

Mardi 11 janvier, lors de la venue à Pékin de Robert Gates, le secrétaire d’Etat américain à la Défense, pour préparer la visite officielle que le président chinois, Hu Jintao, a effectuée cette semaine à Washington, l’armée chinoise a cru bon d’inaugurer le premier vol de son chasseur-bombardier furtif J20, réponse au Raptor de l’US Air Force. M. Hu ignorait ce geste agressif de ses militaires, du moins c’est ce qu’il a raconté à M. Gates. Derrière cette provocation, on devine le furieux combat idéologique qui déchire les autorités pékinoises. Une aile dure veut crânement affirmer sa force au nez même de la superpuissance américaine. Il s’agit de force militaire mais pas seulement : les mêmes faucons chinois estiment que la crise financière marque l’échec du modèle américain de démocratie capitaliste et qu’il faut donc cesser de céder aux multiples demandes occidentales sur la monnaie ou les copyrights, de la même façon qu’il faut tenir tête sur les droits de l’homme, la Corée du Nord, la mer de Chine ou Taiwan. Appuyée sur ses succès et confortée par la crise des crédits « subprime », la nouvelle superpuissance chinoise ne doit écouter qu’elle-même.

M. Hu à Washington, acceptant de se prêter à une conférence de presse, a lâché : « Beaucoup reste à faire en Chine sur les droits de l’homme. » Aveu considérable qui fera du bruit et qui signe que le président chinois actuel se range parmi les colombes. Qu’en sera-t-il de Xi Jinping, qui devrait lui succéder en octobre 2012 ? Les analystes divergent sur la ligne du présumé futur numéro un.

La Chine est un colosse industriel, un modèle d’autoritarisme réussi, elle devient un géant militaire. La tentation est forte d’une nouvelle attitude d’affirmation et de contestation de l’ordre mondial actuel, décidé par les Occidentaux. La Chine organise naturellement l’économie autour d’elle, à commencer par l’Asie. Allant plus loin, va-t-elle rompre avec les attitudes d’humilité, avec les discours sur « l’harmonie du monde », n’ayant plus intérêt à cacher sa force, va-t-elle affronter l’Occident sur le changement climatique, la sécurité, les matières premières, la domination du dollar et tout le reste ?

A Washington, on observe une montée parallèle des tensions. Pour une raison inversée. La crise, qui a conforté la Chine, fait douter l’Amérique. La voilà sur un chemin de croissance molle avec un chômage récalcitrant et un horizon barré par une montagne de dettes où chaque Américain devine une menace pour ses impôts. De quoi nourrir des fantasmes de déclin et de quoi armer les bras protectionnistes.

L’affrontement du G2 est global : militaire, économique et aussi de « modèles » de société ? La visite de M. Hu à M. Obama n’en aura pas fait disparaître la menace. Au chapitre militaire, les points de conflits se multiplient : la Chine conteste la présence américaine en Asie, sa cour intérieure, Barack Obama la défend comme facteur de paix. Ailleurs, vis-à-vis de l’Iran par exemple, la Chine est accusée de ne pas prendre ses responsabilités de grande puissance.

Sur le chapitre de l’économie, les différends macroéconomiques s’apaisent un peu. La Chine a repris sa longue marche de réévaluation du yuan : + 3,5 % ces derniers mois par rapport au dollar, soit un rythme de 6 % par an, plus faible que celui engagé avant crise, mais la poussée d’inflation explique sinon pardonne la prudence chinoise. Le surplus commercial a été réduit de 7 % du PIB en 2007 à 5 % en 2010. Il reste beaucoup à faire – là aussi -mais la bonne nouvelle provient des salaires qui augmentent rapidement et gonflent la consommation intérieure.

En revanche, les sujets « micro » s’enveniment : la Chine n’offre qu’une liberté de plus en plus contrôlée aux entreprises étrangères, qui se plaignent des marchés réservés (télécoms, banques, média, services…), de l’irrespect des droits de propriété intellectuelle et du nationalisme industriel en Chine tandis qu’elles voient débarquer en Amérique et en Europe des groupes chinois conquérants. L’accès et le prix des matières premières vont devenir objet de disputes stratégiques. L’asymétrie est vive : Pékin ne joue pas le jeu de l’économie de marché, Pékin joue le jeu de la domination.

La mondialisation est à un moment charnière. Si l’aile dure l’emporte dans la Cité interdite et si la Chine entend vraiment construire un monde à son image non démocratique, les frictions conduiront l’Occident vers des politiques de « réciprocité », sinon de protectionnisme. On risque une sorte de mondialisation froide, au sens de guerre froide. M. Obama l’a dit à M. Hu. Il a raison. Il ne doit pas être le seul.

Eric Le Boucher est directeur de la rédaction d’ « Enjeux Les Echos »


Publié le 21 janvier, 2011 dans Etats-Unis, Mondialisation.

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