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En Inde, « les grands cerveaux travaillent trop à résoudre les problèmes de riches »

En Inde, « les grands cerveaux travaillent trop à résoudre les problèmes de riches »

© Le Monde

Sam Pitroda, 67 ans, ministre d’Etat, conseil du premier ministre indien en charge des infrastructures publiques d’information et de l’innovation, a initié dans les années 1980 la construction des réseaux de télécommunication de l’Inde. De passage en France début juillet, il explique au Monde comment le gouvernement de son pays compte tirer parti des nouvelles technologies pour accélérer le développement de l’Inde.

Vous venez de participer aux rencontres du Cercle des économistes d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) qui avaient pour thème « La nouvelle croissance ». Qu’en avez-vous pensé ?

C’était intéressant mais les gens ne se posaient pas les bonnes questions. Ils se demandent comment revenir à la situation d’avant la crise. Mais c’est impossible ! Il faut se demander comment nous organiser dans le nouvel ordre mondial.

A la fin de la seconde guerre mondiale, ce sont les Etats-Unis qui ont décidé des nouvelles institutions internationales – les Nations unies, le Fonds monétaire international, etc. Ils les ont conçues pour protéger leurs intérêts. Puis Gandhi a libéré des millions de gens en Inde, au Bangladesh, au Pakistan… Dans les années 1980, Deng Xiaoping en libéra un milliard supplémentaire en Chine. Et Michael Gorbatchev des centaines de millions de plus, dix ans plus tard. Puis, les technologies de l’information ont aboli les frontières. Désormais, tout le monde a des aspirations convergentes. Dans le village indien où je suis né (dans l’Etat de l’Orissa), les enfants peuvent aller sur Google, et faire la visite virtuelle du Louvre !

Que prônez-vous dès lors ?

Les institutions actuelles n’ont plus de sens. Avons-nous encore besoin d’une Banque mondiale (pour l’aide au développement) et pas plutôt d’une vraie Banque centrale mondiale ? Chine et Inde doivent être intégrées dans ces nouvelles institutions internationales. La situation actuelle n’est plus acceptable.

Vous êtes en poste depuis octobre 2009. Quel est votre rôle ?

Il y a 600 millions de téléphones mobiles en Inde. Bientôt, il y en aura 1 milliard. Mais les services Web sont peu développés. C’est le sens de ma mission : créer des infrastructures d’information publiques pour améliorer la gouvernance et l’efficacité des services publics. Le coeur de cette infrastructure, sa colonne vertébrale, c’est le « Réseau national de la connaissance », à très haut débit, en cours d’installation. Le réseau en fibre optique existant, opéré par BSNL, le plus gros opérateur de télécommunications public indien, servira de base (près de 9 000 kilomètres ont déjà été déployés). Il s’agit de connecter 1 500 points de raccordement dans le pays. Il supportera les autres réseaux ou « plates-formes ». Lui seront connectés les 250 000 gouvernements municipaux du pays (les « panchayats »), pour proposer des services publics et des applications dans le domaine de l’éducation et de la santé.

Nous prévoyons de créer un état civil numérique et biométrique pour améliorer l’identification des bénéficiaires des aides sociales. Et nous voulons une base de données géographiques unifiée, à l’échelle nationale, pour cartographier de manière exhaustive les lieux et les choses. De manière, par exemple, à pouvoir localiser les canalisations ou les wagons de fret ferroviaire sur tout le territoire. Nous voulons aussi créer une plate-forme nationale de paiement en ligne sécurisée, notamment des salaires. Nous avons enfin en projet un système de cybersécurité pour les plates-formes précédemment citées. Il ne s’agira pas de censure comme en Chine ; en Inde, nous avons un Google ouvert ; Yahoo!, Microsoft, ils sont tous là.

La tâche est considérable !

Ma mission comporte aussi une deuxième partie : repenser un modèle indien d’innovation. Je fais partie de ceux qui pensent que les cerveaux travaillent trop à résoudre les problèmes de riches. L’Inde s’est spécialisée dans la sous-traitance informatique. Elle exporte 75 milliards de dollars (60 milliards d’euros) de services par an. Nous devons utiliser les technologies pour nous-mêmes.

Nous devons penser l’innovation en termes de produits et de services, mais aussi de processus et de gouvernance, pour toucher les gens au bas de la pyramide. Nous voulons faire de l’innovation « frugale ». Dans les télécommunications, nos opérateurs savent déjà être rentables avec des clients payant seulement 5 dollars par mois. En médecine, le docteur Devi Shetty, qui siège à mon comité pour l’innovation, a créé un hôpital à Bangalore (le Narayana Hrudyalya) spécialisé dans la chirurgie cardiaque, dont les prestations coûtent 25 fois moins cher qu’aux Etats-Unis.

Concrètement, comment comptez-vous procéder ?

L’Inde fait face à de gros défis. Le premier, ce sont les inégalités, entre urbains et ruraux, éduqués et non éduqués. Le deuxième, c’est la démographie : nous comptons 525 millions de jeunes de moins de 25 ans. Il faut créer 20 millions d’emplois par an pour qu’ils trouvent leur place sur le marché du travail. Le troisième, c’est le développement : les choses s’améliorent mais pas assez vite. On a besoin de tout : hôpitaux, chaussures, voitures… Et on doit améliorer la qualité de tout. Vu l’ampleur de la tâche, nous nous sommes fixé deux priorités : l’éducation et la santé. Dans l’éducation, l’idée est d’améliorer la collaboration et de partager les talents. Nous avons de bons professeurs dans certaines écoles. Avec de la visioconférence, leurs cours pourraient être diffusés plus largement.

Et dans le domaine de la santé ?

Nous réfléchissons avec le ministère de la santé, par exemple à la création d’un portail d’information national à but pédagogique et informatif, dans dix langues (nationales) différentes. Ou à la création d’un système de gestion des urgences, et d’un réseau connectant tous les hôpitaux.

Aurez-vous les moyens de tout mener à terme ?

Le gouvernement s’est engagé à consacrer presque 2 milliards de dollars au « Réseau national de la connaissance ». La mise en réseau des 250 000 administrations locales représente presque 6 milliards de dollars. Nous sommes dans une démocratie ; il faut convaincre. Mais nous avons le soutien du premier ministre, de Sonia Gandhi, leader du Parti du Congrès. Notre avantage, c’est que nous avons de l’argent – ce qui n’était pas le cas il y a vingt ans -, des talents dans l’industrie du logiciel, des grandes sociétés de services informatiques comme Infosys, Wipro ou TCS. Le gouvernement a une fenêtre d’opportunités dans les trois à cinq ans qui viennent.

Propos recueillis par Cécile Ducourtieux


Publié le 26 juillet, 2010 dans Biométrie, Le Monde, Nouvel Ordre Mondial.

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