Articles intéressants à lire

Cour Supreme Israel  Denver International Airport  Symboles Occultes Bank of America  Georgia Guidestones  Saturne Occulte  Pyramide Blagnac  Le Rockefeller Center  Parlement UE  Symboles dans les logos  Sionisme Rothschild  Le billet d'un dollar  Cherchez l'erreur  Cathedrale Saint Jean le Divin  Le Projet Rivkin  La Fasces  La Nouvelle Aube Nouveau Jour en Image  Feu dans les Esprits des Hommes  Les 1000 points de lumiere  La Pierre de Bethel  La Main Cachee  Systeme Solaire  Aleister Crowley  Ordre des Illumines de Baviere  Qui est Baphomet  Illuminati New World Order  Introduction NWO

L’apprentissage de la gouvernance mondiale passe par Genève

L’apprentissage de la gouvernance mondiale passe par Genève

© TDG

MULTILATÉRALISME | La Cité de Calvin est un centre névralgique pour l’humanitaire, le désarmement, les droits de l’homme, la diplomatie et le commerce mondial.

ALAIN JOURDAN | 25.03.2010 | 13:56

«A Genève on traite des sujets de fond qui touchent à la vie quotidienne des gens. Pour la diplomatie multilatérale, c’est un centre aussi important que New York», explique l’ambassadeur de France auprès de l’ONU, Jean-Baptise-Mattéi. Genève est une pièce maîtresse dans le dispositif de gouvernance mondiale. Quand ce sont les autres qui le disent, on écoute plus facilement.

Jean Ziegler, aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme, déplore parfois la méconnaissance ou l’indifférence des Suisses pour le travail réalisé à Genève. «Genève est la vraie capitale de l’ONU. Il y a plus de conférences qu’à New York», souligne le sociologue genevois.

Diplomatie «secrète»

La pandémie de grippe, le déploiement humanitaire en Haïti… presque toutes les grandes crises auxquelles le monde a été confronté ces derniers mois ont été gérées à un moment ou à un autre depuis Genève. Idem pour les négociations délicates, que ce soit avec l’Iran, sur l’accord de désarmement russo-américian START, ou encore entre la Russie et la Géorgie. Même s’il est critiqué, le Conseil des droits de l’homme ramène à Genève les questions qui font débat. Le champ d’expertise de la Genève internationale est large. Il va du désarmement au front antisida en passant par l’aide médicale et alimentaire d’urgence. C’est «l’esprit de Genève». Une ouverture, un engagement qui suit la voie ouverte par le fondateur de la Croix-Rouge Henry Dunant.

Ce n’est pas un hasard si les chancelleries envoient sur les bords du Léman leurs diplomates les plus aguerris. Le tout nouvel ambassadeur de Chine était auparavant vice-ministre des Affaires étrangères. La nouvelle cheffe de la mission américaine désignée par Barack Obama, elle, est rompue aux négociations difficiles.

Depuis toujours Genève a été un espace dédié à la diplomatie «discrète» ou «secrète». Ce qui faisait dire à l’ancien ambassadeur d’Israël Itzhak Levanon: «C’est à Genève qu’on cuit les plats, mais c’est à New York qu’on les mange.»

Pour l’ancien ambassadeur François Nordmann, Genève est d’abord et avant tout «un centre de régulation unique où l’on met en place de décisions dans les domaines du commerce, de la propriété intellectuelle, de la santé publique…» «Ici on essaie de régler les problèmes, même si on le fait millimètre par millimètre. La concentration d’institutions spécialisées a permis d’y développer une culture du multilatéralisme», ajoute l’ancien diplomate.

Plus importante que New York

«C’est le lieu d’établissement des règles», confirme Xavier Comtesse, d’Avenir Suisse, qui insiste, lui, sur l’évolution de la Genève internationale. «On est passé d’une politique des bons offices à une politique du think office. Maintenant, on sait qu’on est au service du G20», relève le mathématicien genevois.

Pour Jean-Baptiste Mattéi, «Genève ne fait pas que régulariser la mondialisation, elle l’humanise». C’est la raison pour laquelle les pays en développement comptent beaucoup sur Genève pour porter la voix des plus faibles à l’ère de l’économie globalisée.

Le Sénégalais Babacar Ba, ambassadeur de l’Organisation de la conférence islamique auprès de l’ONU, le confirme. «Pour l’Afrique, explique-t-il, Genève est une place plus importante que New York.

Les thèmes qui sont abordés ici touchent au bien-être et au développement de nos pays.» Et d’ajouter: «Le cadre de concertation que nous avons ici est plus démocratique. Il n’y a pas de droit de veto sur les discours. Il y a une véritable équité que nous apprécions et qui permet de construire un dialogue dans la sérénité.»

Comment une ville se forge un destin international

En novembre 1985, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev se serrent la main à Genève. Ce sommet russo-américain marque le «début de la fin» de la guerre froide. Un premier pas avait déjà été fait au bout du lac, en 1955, par leurs prédécesseurs Dwight Eisenhower et Nikita Krouchtchev, lors de la conférence des Quatre Grands – Etats-Unis, URSS, France, Royaume-uni – qui consacrera l’expression «l’esprit de Genève».

La Cité de Calvin s’était forgé une solide expertise dans le domaine de la paix depuis la fondation de la Croix-Rouge par Henry Dunant, suivie de la ratification, en 1864, de la première Convention de Genève. Signée par douze Etats européens, celle-ci vise à améliorer le sort des blessés sur le champ de bataille. C’est la naissance du droit humanitaire international.

Grandeur passée

«A ce moment-là, la grandeur de Genève est un peu passée», raconte Irène Herrmann, historienne aux Universités de Genève et de Fribourg. «La Réforme est loin, Rousseau est mort depuis longtemps. Les élites genevoises chassées du pouvoir par la révolution radicale de James Fazy, qui ont participé à la création de la Croix-Rouge, voulaient entretenir et développer l’aura internationale de Genève.»

Quelques années plus tard, en 1871-1872, Genève sert de cadre à l’arbitrage du conflit opposant le gouvernement fédéral des Etats-Unis d’Amérique au Royaume-Uni, accusé d’avoir soutenu les Etats sudistes lors de la guerre de Sécession. La réunion a lieu à l’Hôtel de Ville, dans la salle même où la Convention de Genève avait été signée, et qui s’appelle aujourd’hui «salle de l’Alabama», du nom d’un navire de guerre sudiste. Le Royaume-Uni devra verser 15,5 millions de dollars de dommages-intérêts. C’est le premier exemple de recours à une juridiction supranationale, qui jette les bases du droit international public.

C’est donc forte de son expérience que Genève, qui se trouve de plus en pays neutre, est finalement préférée à Bruxelles pour accueillir la Société des Nations (SDN), l’ancêtre de l’ONU créée en 1919 au sortir de la Première Guerre mondiale. C’est de là que date la vraie naissance de la Genève internationale. En 1945, si le siège principal de l’ONU échoit à New York, Genève ne perdra pas sa spécificité.


Publié le 30 mars, 2010 dans Nouvel Ordre Mondial.

Laissez un commentaire