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[ARCHIVES] Le nouvel ordre mondial – 15/11/2001

Le nouvel ordre mondial – 15/11/2001

© L’Express

Sous la pression de pays comme le Brésil et l’Inde, les grands laboratoires sont contraints de faire des concessions sur les prix. Pour mieux protéger leurs brevets

Les Etats-Unis et leur allié principal, la Suisse, ont perdu une bataille: l’Organisation mondiale du commerce, réunie à Doha (Qatar), a reconnu que les pays en développement n’avaient pas tous les moyens de lutter contre le sida, la malaria ou la tuberculose. L’importation de médicaments génériques à bas prix leur était pratiquement interdite. Un problème à présent reconnu par une majorité d’Etats, que l’OMC s’est engagée à résoudre d’ici à la fin de 2002 en cas d’accord général. «Que Doha débouche ou non sur un texte, c’est une brèche majeure dans le verrouillage par les grands laboratoires du système d’accès aux médicaments», commentait le 12 novembre au soir, à la veille de la clôture de Doha, l’entourage de François Huwart, secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur.

De fait, les pays en développement pourront désormais, sans crainte, acheter à l’extérieur les médicaments génériques qui leur font défaut à des prix abordables. La trithérapie utilisée contre le sida est maintenant disponible pour 280 dollars par malade et par an. L’année dernière, elle valait en moyenne de 10 000 à 11 000 dollars. Un effondrement des prix qui permet aujourd’hui aux Etats les plus pauvres d’espérer accéder aux moyens de lutte les plus modernes. Comment, jusque-là, le Burkinabé, l’habitant du Burkina, l’un des pays les plus pauvres du monde, aurait-il pu se payer une trithérapie, alors que le PIB moyen par habitant ne dépasse guère les 310 dollars par an?

400 milliards de dollars par an

Si les ONG se réjouissent, les groupes mondiaux, comme les «Big Four», Eli Lilly, GlaxoSmithKline, Merck et Pfizer, feront encore plus la tête. Menacés par une offensive mondiale contre les brevets emmenée par le Brésil et l’Inde. Les enjeux sont considérables: le marché mondial du médicament est évalué à 400 milliards de dollars par an, soit 14 fois le déficit budgétaire de la France annoncé pour 2001. Depuis une dizaine d’années, les indiens Ramboxy, Cipla et Horobindo sont devenus les premiers fabricants de génériques à prix cassés. Ces copies de médicaments peuvent être parfaitement légales quand leur brevet est tombé dans le domaine public. Elles peuvent être également tout à fait illégales lorsqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de piratage. Un art dans lequel les Indiens, couverts par une législation qui ne reconnaît pas les brevets, sont passés maîtres.

L’industrie pharmaceutique occidentale est d’autant plus hérissée que l’ordre mondial tremble sur ses bases. Depuis l’échec de l’OMC à Seattle, en décembre 1999, une coalition d’une soixantaine de pays en développement était partie en guerre contre le sacro-saint régime des brevets.

Pourtant, à Marrakech, en 1994, l’affaire avait été bien ficelée. Les Adpic (accords sur les droits de propriété intellectuels qui touchent au commerce) signés par les pays membres de l’OMC avaient cadenassé la planète: chaque Etat signataire devait, dans les dix ans, adapter ses propres lois au régime des brevets exclusifs pendant vingt ans. Ce qui revenait à interdire, notamment, les importations ou la fabrication de génériques et à reconnaître de facto le droit des marques à fixer leurs prix. Quel que soit le niveau de développement.

Bien sûr, le corset de 1994 pouvait être délacé. Bonne fille, l’organisation mondiale avait octroyé aux signataires le droit d’avoir recours à la «licence obligatoire». Ce système leur permet, en cas d’urgence sanitaire majeure, de produire ou d’importer des médicaments génériques si aucun accord sur les prix n’est trouvé avec la marque disposant du brevet.

Sur le terrain, c’est une autre chanson. Un exemple de blocage: si les pays qui n’ont pas la capacité de produire eux-mêmes les génériques nécessaires à leurs besoins ont le droit de les importer, les Etats qui les produisent sont interdits d’exportation pour ne pas déséquilibrer le marché mondial. Par ailleurs, les grandes firmes pharmaceutiques ont toujours fait pression sur les pays producteurs ou consommateurs de génériques. Nul n’a oublié les menaces de mort sur la directrice de la pharmacie d’Etat thaïlandaise, alors que les Etats-Unis brandissaient de possibles taxations de leurs importations de bois et de bijoux thaïs. Bernard Pecoul, «M. Programme d’accès aux médicaments essentiels» de Médecins sans frontières, constate: «Chaque fois, directement ou indirectement, les labos ont préféré l’épreuve de force pour défendre leurs marchés.»

Au printemps 1997, 37 grands du médicament ont ainsi attaqué l’Afrique du Sud en justice. Motif: Pretoria voulait revoir sa législation sanitaire issue de l’apartheid et favoriser les importations de génériques pour soigner les townships. Aujourd’hui, les plaintes ont été abandonnées. Le relais a été pris l’an dernier par les Etats-Unis, qui ont traîné le Brésil devant l’OMC parce que la loi brésilienne, contraire aux Adpic, prévoyait qu’un brevet qui n’était pas suivi dans les trois ans d’une production réelle tombait dans le domaine public. Une action qui visait à affaiblir le gouvernement brésilien, en plein bras de fer avec le laboratoire suisse Roche pour une baisse substantielle du prix du Viracel, l’un des grands antirétroviraux.

Mais, sur le front des brevets, Washington, où les lobbys pharmaceutiques dépensent des dizaines de millions de dollars par an pour pousser leurs pions, a quelque peu perdu la face. Le Brésil n’est pas franchement un Etat voyou: sa campagne de soins gratuits et sa politique publique de production de génériques limitée aux besoins nationaux est un modèle du genre. Et, sur le fond, les Etats-Unis ne peuvent plus reprocher aux autres d’avoir recours aux licences obligatoires, quand George W. Bush s’est empressé d’utiliser cette arme pour forcer Bayer à baisser le prix du Cipro, médicament utilisé pour soigner la maladie du charbon. La facture des Etats-Unis a été ainsi divisée par trois, mais on en rit encore dans les officines: «Bush paie environ 1 dollar ce que l’on peut acheter 5 cents en Asie», commente un pharmacien épris d’anonymat.

Un sacrifice dérisoire

Effarés, les consommateurs américains ont découvert que les labos ont de la marge. Beaucoup de marge. Pfizer, premier de la classe, a ainsi engrangé l’an dernier 3,7 milliards de dollars de bénéfices nets pour un chiffre d’affaires de 29,5 milliards. Pour le reste, les chiffres précis manquent. Tout ce que l’on sait, c’est que le coût de fabrication d’une pilule ne dépasse pas 7% du prix de vente le plus élevé. Ce qui explique l’incroyable éventail des prix. En 1998, selon CPT (Consumer Project on Technology), l’Amoxil, produit par SmithKline Beecham, valait 60 dollars en Allemagne, 40 dollars en Indonésie, 22 dollars en Nouvelle- Zélande et 8 dollars au Pakistan. Conséquence: partout où les grands labos ont été mis en concurrence avec les génériques, ils ont cédé sur les prix. Roche, qui avait engagé le fer avec le Brésil, a ainsi baissé de 40% les tarifs du Viracept, son antirétroviral.

Une page se tourne. Les grands labos ont senti le vent du boulet et ont commencé, l’année dernière, à pratiquer des prix différenciés en fonction de la situation économique des pays. Tout comme ils viennent de lancer des campagnes d’action sanitaire – encore limitées – en mobilisant d’importants bailleurs de fonds. «Nous évoluons et tout le monde peut faire des erreurs», plaide Bernard Lemoine, vice-président du Syndicat national de l’industrie pharmaceutique (Snip). Reste que, sur le fond, les labos occidentaux paraissent céder sur l’accessoire, les prix, pour mieux protéger l’essentiel, les brevets. Et le sacrifice consenti paraît d’ores et déjà dérisoire: l’Afrique ne représentera jamais plus de 1% du marché mondial. Ironie de l’histoire, l’Inde pourrait passer, d’ici à une dizaine d’années, du stade des copies à celui des découvertes propres. Brevetables, bien sûr.

Publié le 12 septembre, 2009 dans Nouvel Ordre Mondial, Santé, Suisse.

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