Articles intéressants à lire

Cour Supreme Israel  Denver International Airport  Symboles Occultes Bank of America  Georgia Guidestones  Saturne Occulte  Pyramide Blagnac  Le Rockefeller Center  Parlement UE  Symboles dans les logos  Sionisme Rothschild  Le billet d'un dollar  Cherchez l'erreur  Cathedrale Saint Jean le Divin  Le Projet Rivkin  La Fasces  La Nouvelle Aube Nouveau Jour en Image  Feu dans les Esprits des Hommes  Les 1000 points de lumiere  La Pierre de Bethel  La Main Cachee  Systeme Solaire  Aleister Crowley  Ordre des Illumines de Baviere  Qui est Baphomet  Illuminati New World Order  Introduction NWO

Sur la piste controversée des Indo-Européens

Sur la piste controversée des Indo-Européens

© Le Monde

Simple mythe fondateur pour les uns, réalité archéologique ou évidence linguistique pour d’autres : les Indo-Européens n’ont pas fini d’alimenter un débat scientifique parfois mâtiné d’idéologie et situé à la confluence de plusieurs disciplines. De la linguistique à l’archéologie en passant par la paléogénétique. De fait, c’est en se fondant sur l’analyse de l’ADN prélevé sur une trentaine de sépultures sibériennes, remontant jusqu’à 1 800 avant J.-C., qu’une équipe de chercheurs franco-russes étayent, dans la dernière édition de la revue Human Genetics, l’une des théories proposées pour expliquer la parenté des langues parlées du nord de l’Inde à l’extrémité occidentale de l’Europe.

A la fin du XVIIIe siècle, on remarque des similitudes entre grec ancien, latin et sanskrit. On en déduit une lointaine origine commune à ces langues, à laquelle s’ajoute bientôt la quasi-totalité des idiomes parlés en Europe. Bien vite, ces langues reçoivent le qualificatif d’indo-européennes, et la linguistique s’emploie à reconstruire ce qui a pu être leur ancêtre commun.

De quel peuple ce parler ancestral était-il la langue ? A quelle époque remonter pour en retrouver trace ? Dans les années 1960, la préhistorienne américaine Marija Gimbutas (1921-1994) propose une origine située dans l’actuelle Ukraine et incarnée par des peuples de la culture dite des Kourganes. Cette culture de guerriers nomades ayant tôt domestiqué le cheval se serait répandue – et avec elle sa langue -, à partir de 4 000 avant J.-C., vers l’ouest et l’Europe centrale et occidentale, mais également vers l’est et la Sibérie méridionale. « Nous avons analysé l’ADN ancien prélevé sur des ossements issus de 26 sépultures récemment fouillées dans la région de Krasnoïarsk, datées entre 1 800 avant J.-C.et le tout début de notre ère, rapporte Eric Crubézy, anthropobiologiste et professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse. Les marqueurs génétiques que nous y avons détectés correspondent à ceux que l’on retrouve actuellement dans les populations d’Europe centrale et orientale, et en particulier en Ukraine. Nos données correspondent de manière parfaite avec le modèle imaginé par Marija Gimbutas. »

L’analyse de cet ADN ancien révèle en outre, selon M. Crubézy, que les individus de Sibérie du Sud avaient majoritairement les cheveux et les yeux clairs. « Cependant, plus on avance dans l’âge du fer, c’est-à-dire plus les sépultures sont récentes, et plus la proportion d’individus de type mongoloïde, représentatifs des populations autochtones actuelles de cette région de Sibérie, est importante, ajoute le chercheur. Cela signifie que, petit à petit, les unions mixtes avec ces populations ont augmenté. »

Fin du débat ? A-t-on retrouvé avec certitude les premiers Indo-Européens ? Une autre thèse, dite « Théorie de la dispersion néolithique », propose un scénario très différent. Celui-ci suggère une lente diffusion de la langue indo-européenne originelle depuis le Proche-Orient, à des époques beaucoup plus lointaines. Entre 6 000 et 7 500 avant notre ère, la langue indo-européenne originelle aurait commencé à se répandre vers l’Europe et vers le sous-continent indien, en même temps que l’agriculture, née dans cette région du monde. L’archéologue britannique Colin Renfrew, principal tenant de cette théorie, récuse l’utilisation du terme « indo-européens » pour qualifier les populations décrites par les chercheurs français et russes. « Il n’y a pas de gènes spécifiques au langage, dit-il. Or le terme indo-européen ne fait sens qu’en référence à la langue. Donc il ne peut y avoir de gènes spécifiques aux Indo-Européens. »

Ainsi, si des flux de populations depuis un foyer ukrainien, à partir de 4 000 avant J.-C., sont avérés, rien, selon M. Renfrew, ne corrobore l’hypothèse selon laquelle ils auraient véhiculé le proto-indo-européen. En outre, des travaux de phylogénie linguistique comparative, publiés en 2003, avaient conclu dans le sens d’une origine anatolienne.

Certains, à l’image du protohistorien Jean-Paul Demoule (université Paris-I), mettent les deux camps d’accord. « Qu’un peuple ancestral ait diffusé sa langue à partir d’un berceau unique est un modèle réducteur et simpliste, dit-il. Les Européens ont besoin d’un mythe sur leurs origines et les Indo-Européens sont ce mythe. D’ailleurs, bien avant le comparatisme linguistique, Leibniz (1646-1716) disait déjà que les Européens devaient venir d’un foyer originel, quelque part autour de la mer Noire… »

Stéphane Foucart


Publié le 1 juillet, 2009 dans Génétique, Le Monde.

Laissez un commentaire