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Pour le président estonien, « il faut repenser l’idée même de sécurité en Europe »

Pour le président estonien, « il faut repenser l’idée même de sécurité en Europe »

© Le Monde

Comme le reste des pays européens, les trois Etats baltes, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, annexés pendant un demi-siècle par l’URSS, ont fermement condamné la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, les deux régions séparatistes de la Géorgie. « Inacceptable », a déclaré, à  Vilnius, le président Valdas Adamkus. « Contraire aux principes d’indépendance de la Géorgie », a lancé Maris Riekstins, ministre letton des affaires étrangères.

A Tallinn, capitale de l’Estonie, on condamne aussi. Des personnalités politiques appellent au renforcement de la présence de l’OTAN dans le pays, estimant que la sécurité n’est pas garantie automatiquement par la simple adhésion à  l’Alliance atlantique. Mais le président Toomas Hendrik Ilves, qui était allé à  Tbilissi apporter son soutien au président géorgien en compagnie de ses collègues letton, lituanien et polonais, ne veut pas tomber dans l’indignation stérile. Après avoir demandé à  Javier Solana, le haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, de suspendre l’accord pour un assouplissement du régime des visas avec la Russie, M. Ilves appelle les autres pays à  repenser radicalement leur approche de la Russie. « La théorie post-1991 du nouvel ordre mondial, après l’effondrement de l’URSS, selon laquelle la Russie n’envahirait plus, est désormais obsolète, déclare-t-il au Monde. L’hypothèse fondamentale de toute l’architecture de la sécurité européenne depuis 1991 a été changée. Nous devons complètement repenser l’idée même de sécurité en Europe. Cela prendra des mois, voire des années. »

Il sait, par expérience, qu’avec la Russie, les choses ne changent que si la Russie elle-même le décide. Aussi, discuter de punition ne l’intéresse pas actuellement. Cela ne ferait que glisser sur la carapace russe. « Nous avons affaire à  une Russie agressive, poursuit-il. Voyez, par exemple, (le président russe Dmitri) Medvedev sermonner le président moldave (Vladimir) Voronine à  propos d’une autre de ces régions mafieuses qu’est la Transnistrie. C’est un retour à  la loi de la jungle, quelque chose entre le comportement de l’empire britannique du XIXe siècle et le gangsta rap : c’est à  cela que cela me fait penser. »

Cet ancien journaliste de Radio Free Europe, né en exil en Suède et éduqué aux Etats-Unis, semble désabusé. « Je pense que l’UE a des moyens très limités ici, dit-il. Le problème est que nous vivons dans notre Europe post-moderne où tout le monde est beau et gentil. Et tout à  coup, nous nous retrouvons avec une grande puissance du XIXe siècle. L’Europe n’est pas prête pour ça. Toute l’idée de construction européenne de Monnet et Schumann est que nous devons nous rencontrer, discuter : c’est post-moderne. Mais là , avec la Russie, c’est pré-moderne. »

La question paraît l’obséder : comment une Europe post-moderne du XXIe siècle doit-elle se comporter avec une Russie pré-moderne du XIXe siècle ? « C’est un grand dilemme », dit-il, admettant ne pas avoir de réponse.

Le président estonien, en poste depuis 2006, ne pense pas que la crise en Géorgie fasse peser des menaces concrètes sur les pays baltes. Depuis la restauration de leur indépendance, en 1991, il se trouve toujours des députés russes qui affirment, aujourd’hui encore, qu’un jour, les Etats baltes reviendront dans le giron russe. « Nous nous sentons sùrs en tant que membres de l’UE et de l’OTAN », constate simplement M. Ilves.

En Lettonie, l’ambassadeur russe, Alexander Veshnyakov, a tout de même averti le pays que son ingérence dans le conflit pourrait lui coùter cher à  long terme. En Lituanie, le ministère de la défense a appelé à  réviser le degré de préparation militaire du pays. M. Ilves lui-même pense plutôt que « l’OTAN doit revenir à  sa mission de base, qui est la défense de l’Europe ». Des manifestations ont été organisées dans les trois pays baltes, à  une échelle toutefois modeste, même si le sujet occupe tous les esprits, d’autant que les médias russes y sont largement diffusés.

Quand on lui demande s’il craint que la Russie prenne le prétexte de venir en aide à  l’importante minorité russophone qui vit en Estonie (environ un tiers de la population, comme dans la Lettonie voisine) pour interférer dans les affaires du pays, ainsi que l’a suggéré le député européen estonien Tunne Kelam, M. Ilves est tout aussi catégorique. « On ne fait rien aux Russes d’Estonie qui pourrait entraîner une telle réaction, répond-il. Et la dernière fois que cet argument a été utilisé, c’était par Milosevic, et avant par Hitler. Quand on évoque ce genre d’arguments, on ne parle pas de l’Europe civilisée. »

La principale erreur, selon lui, a été commise lors du sommet de l’OTAN à  Bucarest, en avril, quand la Géorgie et l’Ukraine se sont vu refuser l’accès au Plan d’action pour l’adhésion (MAP) à  l’OTAN, notamment sur le blocage de l’Allemagne et de la France. « Je crois qu’il est assez évident que ce refus a été interprété par la Russie comme un feu vert pour faire ce qu’elle voulait en Géorgie », dit-il.

Ce qui l’inquiète, aujourd’hui, c’est la réaction de certains hommes politiques européens qui disent craindre la formation d’une « coalition anti-Russie » au sein de l’UE. « Je dois dire que je suis plus inquiet de la formation d’une « coalition pro-Russie » qui place ses intérêts financiers au-dessus des valeurs fondamentales de l’Europe », conclut-il.

Olivier Truc


Publié le 28 août, 2008 dans Europe & UE.

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