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Tapie: Eva Joly accuse Sarkozy de privilégier l’intérêt de « ses amis »

Tapie: Eva Joly accuse Sarkozy de privilégier l’intérêt de « ses amis »

© AFP

eva joly

PARIS (AFP) €” L’ancienne magistrate Eva Joly a jugé vendredi « extravagante » la décision de l’Etat de choisir la voie de la justice arbitrale dans le contentieux l’opposant à  Bernard Tapie et accusé Nicolas Sarkozy de donner des instructions dans l’intérêt « de ses alliés politiques et amis ».

Dans un entretien accordé à  MédiaPart, Mme Joly met directement en cause M. Sarkozy, décrivant « dans cette histoire un président de la République qui donne des instructions dans l’intérêt non pas de l’Etat mais dans celui de ses alliés politiques ou de ses amis ».

« Le fait d’avoir recours à  la justice privée non transparente est tout à  fait extravagant quand les deniers publics sont en jeu », estime l’ancienne juge d’instruction.

Pour Mme Joly, qui a notamment instruit dans les années 90 l’affaire Elf, ainsi que plusieurs dossiers liés à  M. Tapie, dont les conditions de vente d’Adidas, le recours à  cette procédure arbitrale « est extravagant et exceptionnel ». « Il n’y a pas de précédent en France », ajoute-t-elle.

« Je pense que celui ou ceux qui ont donné l’instruction de faire ceci ont mis l’intérêt supérieur des amis au-dessus des intérêts supérieurs de l’Etat », déplore l’ancienne magistrate.

Mme Joly, qui a la double nationalité franco-norvégienne, vit depuis plusieurs années en Norvège, son pays d’origine, où elle est conseillère en matière de lutte contre la corruption et le blanchiment.

Selon elle, « on doit avoir beaucoup de respect pour l’argent public ». « Prendre le risque d’un arbitrage privé où il n’y a pas de contrôle, où ce n’est pas transparent, où les citoyens ne peuvent pas savoir, n’est pas une pratique démocratique », met en garde Mme Joly.

Mme Joly relève que « nous n’avons pas dans notre Constitution une procédure qui permette d’engager la responsabilité » du chef de l’Etat, qui jouit par ailleurs d’une immunité judiciaire durant la durée de son mandat.

« On voit là  qu’il y a un écart très grand entre l’apparence affichée par le président de la République, qui dit vouloir moderniser la vie publique en modernisant la Constitution, et la réalité de l’exercice du pouvoir, où jour après jour, il y a un abus de pouvoir », remarque-t-elle.


Publié le 28 juillet, 2008 dans France.

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