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Quand l’hôpital se moque de la charité

Quand l’hôpital se moque de la charité

© Mondialisation.ca

JE NE PEUX dire que j’aie jamais eu de la sympathie pour Ehoud Olmert. Mais il me fait maintenant presque pitié.

Il est déplaisant de voir comment ils se jettent sur lui, comme des chacals et des hyènes qui se disputent un cadavre.

Et cela aussi soulève quelques questions.

OLMERT ÉTAIT-IL le seul être humain coupable dans ce paradis ? Pas du tout. Les histoires d’enveloppes bourrées de billets de banque, les cigares et les suites luxueuses dans les hôtels chics excitent l’imagination, mais l’hédonisme d’Olmert n’est en rien différent de celui de Benjamin Netanyahu ou de Ehoud Barak. Lorsque Barak accuse Olmert, c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Netanyahu vivait comme un roi dans des hôtels coùteux que lui payaient de gentils donateurs qui, naturellement, ne demandent rien en retour, dont le seul objectif dans la vie est de lui permettre de se prélasser dans le luxe. Quant à  Barak, après des dizaines d’années de service dans l’armée comme officier avec un salaire qui n’atteignait pas des sommets et quelques années comme ministre avec le même niveau de revenu, il a disparu aux yeux du public pendant une courte période pour réapparaître en homme riche. Il a acquis un appartement de luxe dans l’un des immeubles les plus coùteux de Tel Aviv, un lieu synonyme de richesse ostentatoire. Comment devient-on si riche en si peu de temps ? Serait-ce en se servant de relations nouées au service de l’État ?

Olmert a été un pionnier de cette méthode. Encore jeune politicien, à  peine terminées ses études de droit, il s’est enrichi grâce aux relations qu’il avait nouées, en sa qualité d’assistant parlementaire, avec des directeurs de cabinets ministériels. Plus les relations sont étroites entre le capital et le pouvoir, plus il y a de contacts entre les magnats locaux et étrangers d’un côté et les politiciens et les généraux de l’autre, plus la corruption fleurit sans limite. Il s’agit d’un processus presque automatique.

QU’EST-CE QUE cela veut dire s’agissant de nos hommes politiques? Simplement : qu’aucun d’eux n’est un dirigeant.

Un vrai dirigeant n’est pas simplement une personne ayant un objectif quelconque. Un dirigeant est quelqu’un qui a un seul objectif.

Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un objectif positif, auquel il consacre toute sa vie. Dans le pire des cas, c’est le pouvoir en lui-même qu’il convoite. Mais, dans tous les cas, un dirigeant véritable se consacre totalement à  l’objectif qu’il s’est fixé et n’en poursuit pas d’autre – ni l’argent, ni le plaisir, ni une vie de luxe.

C’était le cas de David Ben-Gourion et aussi de Menahem Begin. Ils n’avaient pas à  décider d’avoir « un train de vie modeste » ou de se passer de luxe – ils n’avaient tout simplement aucune préoccupation de luxe, d’argent ou de vie facile. Pour eux, ces choses là  étaient sans aucune importance. Dès le moment où ils ouvraient les yeux le matin jusqu’à  celui où ils les refermaient le soir, rien ne les intéressait en dehors de leur objectif. On peut ajouter Yitzhak Rabin à  la liste.

Les priorités de simples politiciens sont tout à  fait différentes : ils désirent le pouvoir pour jouir des agréments qu’il apporte. Le pouvoir en tant que moyen. Les agréments du pouvoir – l’argent, le luxe, les grands restaurants, les hôtels prestigieux – sont leur objectif.

Selon cette définition, toute la vague récente et actuelle d’hommes politiques – Moshe Dayan, Ezer Weitzman, Shimon Peres, les deux Ehoud et Netanyahu – ne sont que des politiciens ordinaires.

AVEC OLMERT le problème est particulièrement sérieux, en raison de son passé personnel.

Les gens se demandent : pourquoi avait-il besoin de cela ? N’a-t-il pas prévu qu’à  la fin tout cela serait connu du public, que ses amis et ses admirateurs le laisseraient tomber ? Cela valait-il la peine de compromettre tout son avenir pour des vacances en Italie, des cigares coùteux, des suites luxueuses dans des hôtels ?

Les conditions dans lesquelles il a vécu son enfance ont sans doute, dans une certaine mesure, influencé sa conduite d’adulte. Il a grandi dans les années 50 dans un environnement créé par le parti Herout pour d’anciens membres de l’Irgoun au village de Binyamina près de Haïfa. C’était un milieu pauvre, et les enfants de l’ancien village, qui appartenait au courant politique dominant, les regardaient de haut. Les enfants peuvent être cruels. à cette époque, le parti Herout (le Likoud actuel) était loin du pouvoir et d’un consensus national, ses membres étaient encore considérés comme des « outsiders » en mal d’intégration.

Lorsqu’un individu qui a un tel passé gravit les échelons d’une carrière politique, les possibilités qui s’ouvrent à  lui sont susceptibles de l’enivrer. Un monde de facilité et de flatterie est là  à  portée de main. Et quand un « Juif de l’exil » américain – un terme tout à  fait méprisant à  l’égard des Juifs de l’étranger – un mendiant professionnel, qui considère que c’est un grand honneur de lui apporter son soutien, arrive pour lui offrir toutes sortes de bonnes choses, la tentation est tout simplement trop forte.

L’histoire d’Olmert présente un aspect particulier. Peut-être parce qu’il a eu le sentiment dans son enfance d’avoir été tenu à  l’écart, il éprouve un besoin désespéré de « Haverim ». « Haver » est un mot hébreu caractéristique évoquant le camarade, l’ami, le pote, le copain de régiment. (On connaît les mots de la conclusion célèbre de l’éloge de Rabin par Bill Clinton : « Shalom Haver ! » Olmert a besoin de beaucoup d’Haverim, des Haverim tout le temps. Des Haverim qui l’adorent, en particulier des intellectuels et/ou des gens riches qui l’admirent et l’aiment.

Il aime gâter ses amis, les emmener avec lui lorsqu’il part en voyage ou en vacances. Il les inonde de cordialité et de gestes d’amitié, leur tape sur l’épaule, leur consacre du temps et de l’attention. Pour lui c’était aussi l’un des attraits du pouvoir.

L’un de ces amis, l’avocat Uri Messer, est mortifié. Non parce que Messer aurait violé la loi. Ni parce qu’il aurait violé les règles de la morale ou de la démocratie. Mais parce que Messer a « dénoncé » Olmert à  la police. (Messer lui-même a employé le mot « salaud », le synonyme israélien de dénonciateur.) Comme un écolier : on ne doit pas rapporter au maître. Il se met lui-même à  la torture. Comme le dit Messer lui-même, il n’est pas un « psycho » mais un homme qui se torture pour avoir trahi un Haver.

UN AUTRE ASPECT de la question : la relation entre Olmert et Morris Talansky, celui qui lui a remis pendant de nombreuses années des enveloppes bien garnies.

Talansky se comportait à  son égard comme un esclave envers son maître. Au bout d’un certain temps, Olmert s’est mis à  le traiter comme un serviteur. Je dirais presque : comme un maître colonial traite un indigène inférieur.

Ceci n’est pas inhabituel. Beaucoup d’Israéliens traitent les Juifs de la diaspora comme s’ils étaient des sujets colonisés, qui sont dans l’obligation de servir et de soutenir les aristocrates de la « mère » patrie. Quand ils pensent aux Juifs américains ou lorsqu’ils en parlent, ils répètent sans s’en rendre compte des stéréotypes antisémites. Talansky correspond parfaitement à  ce genre de stéréotype. Olmert le considérait comme cela et lui-même se voyait ainsi. Lorsque Olmert est venu en Amérique et qu’il l’a honoré de sa présence devant ses relations et ses voisins juifs, cela l’a valorisé, et il était disposé à  payer pour cela – et à  payer cher.

UNE QUESTION se pose : pourquoi ces scandales fatals éclatent-ils lorsqu’un dirigeant fait un pas vers la paix, ou tout au moins prétend faire un pas vers la paix ?

Je ne pense pas qu’il y ait une conspiration. En général, je ne suis pas porté à  croire aux conspirations, bien qu’il y en ait aussi.

Mais nous avons ici, je pense, un phénomène plus profond. Les principales tendances du pouvoir actuel vont dans le sens de l’occupation, de l’expansion et de la guerre. Par conséquent, lorsqu’un scandale de corruption concerne un dirigeant qui agit dans ce sens, le scandale est étouffé dès l’origine. Mais lorsque le scandale implique un dirigeant qui fait des gestes dans le sens de la paix, le scandale prend des proportions considérables.

C’est ce qui est arrivé à  Sharon à  la veille du démantèlement des colonies de la Bande de Gaza. Cela arrive maintenant à  Olmert lorsqu’il ose parler de paix avec la Syrie et de l’évacuation des colonies du Golan.

LORD ACTON est célèbre pour sa formule : Le pouvoir tend à  corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument. De la même façon, nous disons que l’occupation corrompt et que l’occupation totale corrompt totalement.

Ehoud Olmert est le produit caractéristique du cynisme et de l’anarchie qui a souillé ce pays pendant les 41 années d’occupation.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de corruption auparavant. Il y en avait certainement.

De mon point de vue, la corruption est née avec l’état, et ce n’est pas par hasard. On a beaucoup parlé de la Nakba à  l’occasion du 60e anniversaire d’Israël. Mais un phénomène qui a accompagné la Nakba est systématiquement passé sous silence : le pillage à  grande échelle des propriétés arabes abandonnées.

Au cours de la fuite et de l’expulsion de 1948, quelques 100 à  150.000 familles arabes ont abandonné leur foyer. Beaucoup d’entre elles vivaient dans des demeures simples, mais ils étaient nombreux aussi à  vivre dans des maisons cossues à  Jaffa, Jérusalem et Haïfa. Qu’est-il advenu de ce que contenaient ces maisons ? Qu’est-il advenu de dizaines de milliers de tapis de valeur, de fauteuils, de réfrigérateurs, de vêtements, de pianos ? Que sont devenus les stocks des boutiques et des magasins ?

Ils ont disparu.

Une partie d’entre eux s’est retrouvée dans des entrepôts du gouvernement et a été distribuée aux nouveaux immigrants. Je n’ai jamais vu de rapport sur la question. La grande majorité de ces biens a été tout simplement volée.

En général cela n’a pas été le fait des soldats qui ont conquis les lieux. Ils se sont battus et sont repartis. Mais après eux sont venus l’arrière garde, les unités de transport et d’intendance, les copains des gens au pouvoir, qui sont venus avec des camions pour faire main basse sur tout ce qui était à  leur portée.

Il n’y avait là  rien de secret. Nous étions au courant et nous en parlions à  l’époque. Pendant des années on a pu voir des canapés et des fauteuils revêtus de velours dans des salons privés et dans des bureaux. Ce phénomène n’a jamais fait l’objet d’enquêtes et, plus tard, cela a été étouffé et dissimulé.

J’ai soulevé cette question plusieurs fois à  la Knesset. J’ai évoqué l’histoire biblique d’Akan, le fils de Cami, qui, lors de la conquête de Jéricho, viola l’ordre de Dieu de ne pas se livrer au pillage. En punition, les israélites furent mis en déroute à  la bataille suivante. Israël a péché, il a violé l’alliance que je lui avais imposée. Oui ! On a pris ce qui était anathème, on l’a dérobé, on l’a dissimulé et on l’a mis dans ses bagages. (Josué 7, 11) Josué fit lapider à  mort Akan et toute sa famille. Il était partisan de l’extermination des cananéens mais opposé au pillage.

Le vol au grand jour de biens abandonnés par des gens était déjà  une violation de l’éthique admise avant la fondation de l’État. Sa négation et sa dissimulation aggravent la chose. Mais la corruption à  grande échelle, dont nous voyons maintenant les fruits amers dans toute leur laideur, a commencé en réalité avec l’occupation de 1967.

L’occupation est corrompue, et elle corrompt par sa nature même. Elle récuse tous les droits humains, y compris le droit de propriété. Elle développe dans les territoires occupés un climat d’anarchie. Elle enrichit l’occupant et tous ceux qui ont partie liée avec lui. Elle crée une ambiance de cynisme effronté, un environnement où « on peut faire n’importe quoi ». Une telle ambiance ne s’arrête pas à  la ligne verte. Elle imprègne l’État du conquérant.

C’est là  que commence la corruption.

Article en anglais, »When the Kettle Calls the Pot Black« , Gush Shalom, 31 mai 2008.


Publié le 13 juin, 2008 dans Sionisme & Israël.

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