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Prix du Pétrole et Spéculation

Prix du Pétrole et Spéculation

© Mondialisation.ca

22 mai 2008 . Sur lemonde.fr du 21 mai, une dépêche de l’AFP clignotait comme une machine à  sous en parturition de gros lot en annonçant le prix record de 130 dollars pour un baril de pétrole brut.

Selon les journaux à  grand tirage et les agences de presse, la flambée des prix du pétrole serait due à  des facteurs incontrôlables. Ces facteurs invoqués et inlassablement repassés de bouche en bouche sont l’accroissement de la demande des pays émergents, l’insuffisance de la production par rapport à  la demande et le refus de l’Arabie et de l’OPEP en général d’augmenter leur production, sans compter les catastrophes naturelles et l’hostilité de certains pays qui rendent les approvisionnements incertains. Dans un article du Monde du 20 mai dernier, un journaliste affirmait que « le pouvoir de marché a changé de camp » et que « l’évolution du baril se joue dans les couloirs du Kremlin et les méandres du pouvoir iranien, dans les mangroves nigérianes et sur les bords de l’Orénoque vénézuélien, dans les couloirs viennois de l’OPEP et les salles du New York Mercantile Exchange. Et surtout dans les palais saoudiens. »

Mis à  part le fait qu’on croirait entendre ici le refrain trop long d’une chanson écrite par un Henri Salvador ressuscité et lassé pour de bon de Syracuse, de l’àƒÅ½le de Pâques et de Kairouan, la question mérite d’être approfondie car nous ne pouvons nous contenter d’arguments insuffisamment développés qui ressemblent à  une liste de causes additionnées à  la va-vite dans un manuel d’Histoire destiné à  de futurs bacheliers.

En juin 2006, le sénat américain a publié un rapport intitulé Le rôle de la spéculation dans l’augmentation des prix du pétrole et du gaz . Résultat de cinq années de recherches, ce document a été conçu dans le but de fournir au gouvernement fédéral une vue d’ensemble des marchés sur lesquels sont définis les prix des hydrocarbures.

En novembre 2005 le sénat français a commandé la rédaction d’un rapport intitulé Rapport d’information fait au nom de la délégation du Sénat pour la planification sur les perspectives d’évolution du prix des hydrocarbures à  moyen et long termes . Il a été rédigé pour répondre à  trois objectifs : d’abord, prendre de la distance par rapport aux commentaires des media, jugés partisans, mal documentés et peu fiables, ensuite, élaborer des projections propres à  cette étude et, enfin, mesurer l’impact de la hausse des prix du pétrole sur l’économie mondiale.

Le rapport du sénat américain rejette d’emblée l’explication selon laquelle l’émergence de la Chine et de l’Inde, devenues de gros consommateurs de produits pétroliers, serait l’une des causes des augmentations de prix. En effet, au fur et à  mesure que la demande mondiale a augmenté, la production de pétrole et de gaz l’a devancée, ce qui a toujours eu pour effet de maintenir l’offre au-dessus de la demande. Des propos des hauts responsables pétroliers Lord Browne et Lee Raymond sont cités qui valident les conclusions du sénat. Quant au Département Américain de l’Énergie, il a établi des prévisions assurant que l’offre restera supérieure à  la demande au moins jusqu’à  2010. Les menaces sur l’approvisionnement ou les catastrophes naturelles sont aussi écartées à  l’heure d’expliquer la flambée incontrôlée des prix des hydrocarbures. Les vraies raisons se situent, comme nous allons le voir, au cœur du système, qui a offert, depuis peu, des facilités nouvelles à  ceux qui souhaitent tirer des bénéfices substantiels de l’achat et de la vente de matières premières.

Il existe plusieurs types de pétrole brut. Les deux principaux sont le West Texas Intermediate (WTI) américain caractérisé par sa légèreté et le North Sea Brent (désigné par le terme Brent), européen, qui sert de référence non seulement en Europe mais aussi en Asie et en Afrique. Ce dernier est plus lourd que le WTI.

Comme le rappelle le rapport du sénat français, le marché du pétrole est schématiquement composé du marché physique et du marché papier.

Le marché physique englobe deux types de marchés : le premier est le marché spot c’est-à -dire au comptant sur lequel ont lieu les transactions physiques à  livraison immédiate ou quasi immédiate. Sur ce marché opèrent les producteurs privés ou publics et les négociants. Le second est le marché à  terme (en anglais: forward). Sur ce dernier s’effectuent des transactions physiques à  livraison différée.

Le marché papier comprend deux marchés : le marché des futures et le marché des OTC (des gré à  gré, en anglais: Over The Counter). Sur ce marché « s’échangent des intentions d’achat ou de vente futures à  un prix immédiatement fixé « .

Le rapport du sénat français fait remarquer que « depuis quelques années la part respective des différents marché a considérablement évolué. Aujourd’hui , les transactions sur le marché physique représentent 165 millions de barils par jour; celles sur le marché des futures, 500 millions de barils par jour et celles sur le marché des OTC, 1 milliard de barils par jour. Les volumes d’échanges sur le marché papier sont désormais neuf fois plus importants que ceux sur le marché physique . »

Le rapport du sénat américain affirme quant à  lui que « depuis quelques années de grosses institutions financières, des hedge funds, des fonds de pensions et d’autres fonds d’investissement ont déversé des milliards de dollars dans les marchés des matières premières énergétiques .»

L’information commune aux deux documents est donc que depuis quelques années les marchés papiers, plus spéculatifs, ont pris du volume tant en valeur absolue qu’en valeur relative dans le cadre du commerce mondial de pétrole brut.

Aux Etats-Unis, le principal lieu d’achat vente de pétrole brut est l’immeuble du New York Mercantile Exchange (NYMEX) où les compagnies envoient leur propres courtiers. Une loi sur les matières premières désignée par le sigle CEA (Commodities Exchange Act) réglemente le commerce des contrats futures afin de protéger les acheteurs et les consommateurs des dérives et des emballements de la spéculation . Une instance appelée CFTC (Commodity Futures Trading Commission) a été désignée pour faire appliquer le règlement et surveille l’ensemble des transactions effectuées au NYMEX. Comme le rappelle le rapport américain, « l’une des principales responsabilités de la CFTC est d’assurer que les prix restent conformes à  la loi de l’offre et de la demande plutôt qu’à  des pratiques manipulatrices et à  un excès de spéculation. »

Jusqu’en 2006, les transactions sur le WTI avaient systématiquement lieu sur des places américaines et étaient donc systématiquement surveillées par la CFTC. En 2000, une demi douzaine de banques d’investissements et de compagnies pétrolières ont donné naissance à  l’Intercontinental Exchange (ICE). Basé à  Londres, il permet de pratiquer des échanges électroniques OTC. Selon le rapport du Sénat américain, les participants à  l’ICE sont les plus grosses sociétés mondiales ainsi que de grosses institutions financières. S’y retrouvent des producteurs et des raffineurs de pétrole et de gaz, des sociétés des secteurs de l’électricité, de la chimie et des transports, des banques et des hedge funds. Contrairement à  ce qui se passe pour les transactions futures effectuées par le NYMEX, celles qui sont réalisées par le biais de l’ICE ressemblent à  des futures mais n’en sont pas. On les connaît sous le nom de futures look alikes. À la différence des futures, elles ne sont pas surveillées et ne donnent lieu à  aucun rapport de la part des compagnies et de leurs courtiers auprès de la CFTC .

Or, en janvier 2006, l’ICE a commencé à  être le théâtre de transactions de WTI. En avril de la même année, L’ICE a informé la CFTC qu’elle autorisait les courtiers américains à  utiliser ses terminaux pour l’achat vente de WTI. D’importants flux de capitaux ont alors été détournés du NYMEX et ont privé la CFTC de sa capacité de contrôle et de supervision. Le rapport du sénat américain précise que la CFTC a perdu beaucoup de précision dans son appréciation de la situation et que les données qu’elle a continué de collecter étaient devenues inutiles.

Ce changement décisif n’est pas le fruit du hasard et répond à  une volonté manifeste des gros investisseurs d’échapper à  toute surveillance. La création de l’ICE est un acte lourd de signification. Grâce à  ce nouveau canal de transaction, les gros investisseurs ont les coudées franches et peuvent engranger des gains sans précédents. Le rapport américain insiste sur le fait que même s’il est difficile de quantifier les effets de ces gros apports de capitaux sur les prix des hydrocarbures, il est cependant irréfutable qu’il existe entre eux un rapport de cause à  effet. Selon ce même rapport, « plusieurs analystes ont estimé que les achats spéculatifs de pétrole brut ont ajouté de 20 à  25 dollars à  son prix normal, faisant monter de ce fait le prix du pétrole de 50 à  environ 70 dollars par baril . »

Même si aucun schéma explicatif parfaitement détaillé n’a vu le jour à  ce sujet, les auteurs du rapport américain pensent que l’augmentation des prix à  venir du pétrole a précipité les achats actuels par les raffineurs, qui, soucieux de prévenir l’inflation, ont grossi leurs stocks de façon considérable. Ceci signifie que la spéculation sur les contrat futures et OTC a provoqué une augmentation de la demande en temps réel, réduisant de ce fait la marge de production de sécurité que se donnent les pays producteurs de pétrole, ce qui par conséquent alimente l’inquiétude des marchés et accroît les prix. Alan Greenspan lui-même l’a expliqué devant le Congrès : « durant ces dernières années, nous avons assisté à  une augmentation importante du marché pétrolier des contrats futures et des OTC ». Cette « demande supplémentaire de la part de la communauté des investisseurs a provoqué une hausse anticipée des prix du pétrole . »

Le cas de T. Boone Pickens est plutôt révélateur du fonctionnement de la spéculation : T. Boone Pickens figure en première ligne du tableau des meilleurs courtiers 2005 à  la page 26 du rapport du sénat américain. En 2005 il totalisait un gain de 1,5 milliard de dollars et son fonds, BP Capital, gérait alors plus de 5 milliards de dollars. On comprend l’importance de la rumeur et des annonces venant de lui et T. Boone Pickens ne se prive pas de jouer les oiseaux de mauvais augure. On peut lire à  la page 25 du même rapport : « Monsieur Pickens parle régulièrement de la hausse des prix du pétrole brut et du gaz naturel sur les chaînes câblées financières. Les courtiers rapportent qu’à  chaque fois que ceci se produit, l’intérêt spéculatif augmente sur les marchés énergétiques de futures . » Or récemment, il a prévu un baril à  150 dollars avant la fin de 2008. Pour les analystes cités par le Oil and Gas Journal de telles déclarations « ressemblent plus à  des objectifs à  atteindre qu’à  des prévisions » . Monsieur T. Boone Pickens semble cultiver l’affolement calculé des marchés afin de faire fructifier ses placements. Il parie sur la hausse, donc il faut que ça monte. Conséquence selon William Engdahl : aujourd’hui, ce ne sont plus 20 ou 25% mais 60% du prix du baril qui sont dus aux manœuvres des spéculateurs . Nous assistons au développement d’une bulle spéculative.

Les responsables de cette bulle, que le rapport du sénat français qualifie de « troisième choc pétrolier » pourraient nous dire si William Engdahl se trompe de dizaine ou s’il a vu juste, mais ils ne le souhaitent pas. Leurs méthodes ne doivent pas faire l’objet de recherches ou d’enquêtes. Leurs mains sont en ce moment dans les poches de tout le monde mais aucune caméra bien pensante n’osera se braquer sur elles. Ces gens sont des pirates en smokings et ils naviguent sur des vaisseaux nommés Goldman & Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan, Citigroup, BP Capital, Amaranth Advisors, Centaurus Energy, Tudor Investment. Experts dans l’art de tirer profit de la misère qu’ils engendrent, ils sourient lorsqu’ils entendent parler des palais saoudiens, des couloirs du Kremlin, des méandres du pouvoir iranien, des mangroves nigérianes, des bords de l’Orénoque vénézuélien, des couloirs viennois de l’OPEP et même, comme nous venons de le voir, des salles du New York Mercantile Exchange (NYMEX).

Contrairement à  Martin Wolf qui écrivait en pleine crise des subprimes en mars 2008 que « le capitalisme mondial et libéral est mort » , nous avons des raisons de croire que tout n’est pas perdu pour nos pirates en smokings qui continuent de se gaver de dollars en plantant leurs griffes dans tous les porte-monnaie de la planète. Habiles à  privatiser les gains, à  nationaliser les pertes et à  semer à  tous vents l’ignorance par le truchement des hauts fourneaux de la presse à  grand tirage, ils rient aux éclats lorsqu’ils entendent le nouvel hymne à  la moralité financière chanté avec une voix de fausset par l’humaniste Jacques Delors.

Quant à  nous, bétail jamais assez flexible et toujours trop exigeant, nos revendications maladroites et crottées, lorsqu’elles arrivent aux oreilles de la presse, font le même effet que l’irruption d’un clochard traînant la savate dans les allées de gravier d’un jardin dessiné par Le Nôtre. Lorsqu’ils nous entendent frapper aux carreaux du château, les journalistes tournent aussitôt des regards de laquais effarés vers leurs maîtres qui les interrogent : « Mais qui est-ce? » Alors en étouffant un hoquet, ils prononcent le mot magique, l’incantation suprême qui résume tout et chasse la crainte par le mépris :

– C’est la grogne, Monseigneur.

– La grogne?

– Oui, Monseigneur, la grogne. »

Car, selon eux, nous grognons… comme des cochons!


Publié le 10 juin, 2008 dans Banksters, La Bourse & L'Economie.

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